04 septembre 2018

Du DOUTE et de la SUPPRESSION : l' épochè sceptique

  D'un point de vue pyrrhonien, le doute n'est pas suffisant : douter c'est examiner une thèse en suspendant l'adhésion. D'où la formule canonique du scepticisme : suspendre son jugement, éviter d'affirmer et de nier. Mais si l'on procède ainsi on laisse les jugements en l'état, on ne se délivre pas des contenus de pensée, des idées et des dogmes. On se contente de se positionner à côté, en laisssant les thèses opposées se contester à l'infini. En quoi Pyrrhon est-il bien différent, et supérieur ? Il ne doute pas, il supprime,... [Lire la suite]

03 septembre 2018

ADELON : critique de l'invisible

  Dêlos : Ile qui vit naître Apollon et Artémis. dêlos : visible, apparent, clair, évident, manifeste. adêlos : invisible, obscur, incompréhensible.   "Le pyrrhonien, déclare Sextus Empiricus dans ses "Esquisses pyrhoniennes" (livre I, 7), ne donne son assentiment à aucune des choses obscures (adêlon)". Ces "choses obscures" désignent ce qui échappe à notre capacité de compréhension, toujours relative à notre état, à notre position, aux apparences, comme par exemple de saisir la nature intime d'un phénomène. Je ne sais... [Lire la suite]
25 juin 2018

De l'ETRE, du NON-ETRE et du PASSAGE : Pyrrhon avec Héraclite

  La puissance propre de la pensée pyrrhonienne - que Montaigne a bien saisie - est de nous contraindre par un forçage scandaleux et fécond, à nous extraire des catégories ordinaires de la pensée, nous jetant tous nus dans l'effroi de l'irreprésentable. Sur quoi repose notre conception du monde ? Sur le principe de tiers exclu, qu'Aristote avait sacralisé comme fondement de la logique. Entre A et non-A il n' y a pas de tierce possibilité. Ce qui donne, pour notre problème : entre l'être et le non-être il n'y a pas de tierce... [Lire la suite]
22 juin 2018

PYRRHON EST-IL SCEPTIQUE ?

    On présente en général Pyrrhon comme l'initiateur du scepticisme. Mais que faut-il entendre par scepticisme ? C'est une certaine attitude de suspension, de mise en doute, qui se rencontre volontiers, jusque dans des têtes par ailleurs peu philosophiques. On distinguera un scepticisme mou, vague, sans principe et sans méthode, d'un scepticisme résolu qui ne recule pas devant les difficultés, qui dissout les fausses certitudes et ne rechigne pas à en considérer les conséquences. Le scepticisme antique estime que l'on ne... [Lire la suite]
11 juin 2018

"L'affaire suit son cours" - fantaisie

  Quand on me demande comment ça va, je réponds volontiers, avec un brin d'ironie : "L'affaire suit son cours". Admirable formule, qui ne disant rien, se prète à toutes les interprétations. L'amusant est que l'interlocuteur se satisfait fort bien de la réponse, avec en plus, un brin de malice dans les yeux, comme si nous avions tous deux échangé quelque heureuse nouvelle, à la barbe du destin ! Personne ne se demande, à cette occurrence, quelle est cette "affaire", en quoi elle consiste, et encore moins quel est le cours : elle... [Lire la suite]
07 mai 2018

DE l'INSUBSTANTIALITE : les quatre modes

    De la substantialité, et de son opposé, on peut décrire quatre modes : Pour le premier, les objets du monde et le moi lui-même sont substantiels. C'est la position spontanée de l'Occidental, renforcée par les traditions religieuses qui ne mettent pas en doute la réalité objective (matérielle) du monde physique, pas plus que la réalité du moi, ou de l'âme, conçues comme substance immatérielle certes, mais personnelle, constante et éternelle. La philosophie dominante insiste sur l'autonomie du sujet : "je suis,... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 12:01 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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25 avril 2018

LA CONNAISSANCE DE SOI, un leurre ? - PYRRHON

  Reprenant la formule delphique: "connais-toi toi même et tu connaîtras l'univers et les dieux" je me propose de la soumettre à ce qui pourrait-être une exploration pyrrhonienne. On ne sait pas, malheureusement, ce que Pyrrhon a pu penser de cette injonction, à supposer qu'ii s'y soit attardé, ce qui est loin d'être sûr. De son maître Démocrite il a pu retenir la formule "je sais que ne sais rien" (qui n'est pas une exclusivité socratique), et ce savoir paradoxal qu'il n'existe pas de savoir en vérité. De là découle... [Lire la suite]
12 avril 2018

De la FOLIE ORDINAIRE : PYRRHON

  Suspension de toutes les croyances, que voilà un beau programme ! Un psychologue dirait : retrait de l'investissement pulsionnel et mental. C'est exactement l'inverse du discours en vogue et de la pratique courante : dépassionnement et dépréoccupation. Vers le tard, après avoir considéré les effets dévastateurs de la mégalomanie d'Alexandre, puis tenté en vain d'enseigner sa propre philosophie à Elis, sa ville natale, Pyrrhon se retire volontiers dans la forêt pour y mener une existence érémitique. "Il s'isolait et vivait dans... [Lire la suite]
11 avril 2018

"CE QUE SONT LES CHOSES" : radicalité pyrrhonienne

  On pourrait croire, à relire la phrase canonique : "les choses, il (Pyrrhon) les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables", que l'énoncé porte sur les choses - ce qui est grammaticalement exact - mais en toute rigueur cette phrase ne dit absolument rien des choses, mais exprime le statut du discours. C'est le discours - le langage - qui ne dit rien qui ne soit immédiatement disqualifié  : "égal, in-différent, im-maîtrisable et indécidable". Entre le réel (les choses) et la langue s'ouvre le gouffre... [Lire la suite]
10 avril 2018

De l'INCONNAISSANCE et du REEL : PYRRHON

  Pourquoi ne peut-on vraiment connaître la réalité ? La réponse traditionnelle est d'invoquer les faiblesses constitutives de notre nature. La réponse de Pyrrhon est autrement radicale, sans pour autant exclure la première. Il pose tranquillement cette thèse étonnante que les choses échappent de nature à toute prise : "il les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables. C'est pourquoi ni nos sensations, ni nos jugements ne peuvent ni dire vrai ni se tromper". Cette dernière phrase est quand même... [Lire la suite]