LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl

28 juin 2017

Le CHANT des ORIGINES : Chant Quatrième, 1



CHANT QUATRIEME

1

Salut à toi, pur génie de la Grèce
Toi le premier qui sut par delà les abîmes
Sur les blanches ailes d'un esprit souverain
Parcourir les immenses territoires du monde
Explorant les terres hellènes aux beaux chevaux
Et traversant les mers, les dunes jaunes des déserts
Du haut des cimes visiter les gouffres amers
Que l'imagination peuplait de monstres, de Titans
Hideux, polymorphes et terrifiants.
Tu as su, suivant le bel exemple d'Héraklès
Purger les écuries de l'âme, dissiper les frayeurs
En toutes choses révéler le seul principe naturel
Qui peut tout, qui fait tout, et de qui tout provient.
Tantôt la nature paraît s'imiter elle-même
Reproduisant la cause et l'effet nécessaire
Suivant le sillon tracé comme fait la rivière ;
Mais jusque dans le même, parfois
Une subtile différence
Un écart minimal
Ouvre soudain la brèche,
Et, jeune et belle, imprévisible
Surgit la nouveauté, radieuse fleur d'Aphrodite.
Ainsi, à la bordure du grand fleuve,
Qui draine ses eaux depuis l'éternité,
Suivant le même cours entre ses rives,
Par une brèche infime du rocher
Un mince filet d'eau, ludion capricieux,
Infiltre ses eaux argentées
S'écoule allègrement par la pente
S'élance, de plus en plus robuste
De piere à pierre, de roc à roc
Se glisse, se faufile, se renforce, s'affirme
Jeune dieu sans pudeur,
Et bientôt le voilà qui dévale la plaine
Il entraîne dans son cours feuilles et branches
Gagne la plaine, et plus vaste, plus ferme
Et le voici rivière, et bientôt
Fleuve puissant, dieu des campagnes et des villes,
Qui nourrit de ses eaux les pâturages
Les bêtes et les hommes.

Petit écart, immense trajectoire !
La nature est poète, et si tantôt
Elle répète, n'y voyez nulle paresse
Ou manque de génie, car au détour
Imprévu d'une strophe, elle fait sourdre
Voix nouvelle, nouvel accord
Polyphonie régnante qu'aucun mortel
N'entendit jamais ! Le poète de même
Semble parfois somnoler dans ses vers
Mais tout au fond de lui, du fond du songe
L'éclair
Trace un sillon invisible, et soudain
Jaillit, déchire la nuit !
Aphrodite à nouveau ruisselle par le monde !


Le CHANT des ORIGINES : Chant troisième , 5

 

"Eli, eli, lama sabactani"
Père, père, pourquoi m'as tu abandonné?
Le Fils, du haut de sa croix patibulaire
Implore. Et les soldats

Assis au pied du gibet, à boire et à manger,
Ricanent : "Le voilà qui appelle Elie le prophète !
Il est beau, notre roi des cieux,
Avec sa couronne d'épines !".
La chaleur fait fondre les pierres, le ciel
Fermé, semble de plomb. Tout s'arrête.
Le moribond gémit, tête penchée sur la poitrine.
Un soldat plonge sa lance dans un chiffon
Imbibé de vinaigre, qu'il tend au malheureux.
Le temps passe, immobile. Et dans un dernier spasme
Le Crucifié trépasse.
A quelque temps de là on le décroche
On l'étend sur la pierre chauffée à blanc.
Voilà l'homme, gisant, tout nu comme au jour de naissance,
On voit les os à travers la peau meurtrie,
Le sang coule encore de sa tête couronnée
Sur le front, dans les yeux ;
Le flanc percé, plaie purulente,
Exhibe la douleur muette de la chair.
C'est un homme très ordinaire
Pareil à tant de suppliciés ordinaires
Il avait cru que le Père céleste l'appelait à la vie immortelle
Il avait enseigné l'accès à la vie immortelle,
Et maintenant...
Mon royaume n'est pas de ce monde, disait-il.
Est-il un autre monde ?

Sur la colline déserte, brûlée de ciel,
Quelques genêts solitaires
Bercent leur tige dans la brise
Ici vécurent des rois, des princes, des laboureurs
Ici se dressaient des remparts, des temples, des théâtres,
Les foulent venaient de loin applaudir les poètes
Des fontaines jasaient comme des filles
Parlant d'amour, de séduction, de volupté
Et les garçons faisaient les fiers ;
Ici la vie tourbillonnait,
Joyeuse et magnifique.
Il n'en reste plus rien.

Le genêt, sur le flanc de la colline,
Berce sa tige en soupirant.
Lui seul a survécu à tant d'orages
Aux massacres, aux pillages,
Rien ne demeure, rien ne dure
Sous le ciel, sur la terre,
Que l'éternelle, insensible nature.

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27 juin 2017

Le CHANT des ORIGINES : Chant troisième, 4

 

                        4

 

Certains, glissant dans le coma
Descendant doucement dans les marais du songe
S'engouffrent dans les arcanes d'un long tunnel

Au bout duquel, brillante et douce, une lumière
Semble les appeler ; ils vont, irrésistiblement
De l'avant, happés par le sublime ;
Ce qu'ils désiraient de toujours, cet ardent,
Ce poignant désir de savoir, n'était-il pas
Soudain réalisé,
Il suffisait de marcher quelques pas de plus
Et tout était...Mais soudain une voix
S'élève, on dirait de quelqu'un de connu, un ami,
Un parent, grave, impérieuse : "Arrête-toi !
L'heure n'est pas venue. Retourne-toi,
Retourne auprès des tiens, rejoins sans tarder
La longue cohorte des vivants" - L'homme hésite.
La lumière est si belle. Faut-il, si près du but,
Revenir en arrière ? - Un instinct, peut-être,
Un génie lui fait signe. Il retourne, il revient.

Dès lors, le souvenir habite son coeur.
Comme une île enchantée;
Il va clamant qu'il a franchi la ligne,
Et tel Ulysse au Royaume des Ombres
Mort et vif, mortel et immortel
Sondé le grand mystère de la mort.
Hé quoi, ce ne sont là que des chimères,
Productions d'un cerveau bien vivant,
Fantaisies plaisantes qui ne disent
Que le délire du désir !
Non, la mort n'est pas une terre d'asile,
Une île de beauté souveraine où l'on aborde
Pour y goûter, tels des dieux d'Homère
L'éternelle félicité.
La mort, c'est la rupture
Brutale. C'est l'Autre inconnaissable
Le Tout Autre.
Quand il est, rien n'est plus.

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26 juin 2017

LE CHANT des ORIGINES : Chant troisième, 3

 

                                            3

 

 

Non le mourir n'est pas si redoutable. C'est un instant si bref
Que nul ne peut le percevoir. Je revois
Dans sa chambre de souffrance le vieil homme
Gisant sur son lit de malade, les yeux
Fixant les carreaux de la fenêtre, comme si
Son âme toute voulait s'affranchir, partir
Et s'élever, loin des affaires des hommes, dans le grand ciel
Ouvert, et flotter, libre, insoucieuse, dans l'infini.
Souffre-t-il ? Je ne sais. Il semble serein, mais je ne sais quelle angoisse

Passe dans son regard comme une ombre striée de noir

Entre les paupières mi-closes. Soudain
Il se tourne vers nous : "J'ai mal au dos", et l'infirmière
S'avance pour le soulever, un peu, par les épaules.
Il se contracte, et dans un souffle :"Je tombe"
Il tombe.
Il est mort.
Une homme était là, souffrant, mais vivant. Et maintenant
Personne. Un corps sans vie. Un cadavre.
La mort, la faucheuse est passée. Si vite
Que nul n'a pu la voir. Avant, après - entre les deux
La coupe. Réel pur, inexprimable.
Un minimum, qui change tout.
A jamais en dehors, hors de prise, hors langage
Plus vrai que toute vérité qui se dise.

 

Naissance et mort sont les deux bornes
Entre lesquelles nous flottons, nous voguons
Incertains du rivage et du port.
Mais le port, à la fin, jamais ne manque
Egalisant toutes les conditions.
A regarder les choses en arrière, depuis la fin
On se prend d'une immense pitié pour les mortels
Tous les êtres sensibles, hommes et bêtes, voués au trépas ;
Si futile, si vaine alors nous apparaît la vie,
Cet effort, cette fureur, ces transports
Et cette frénésie sans terme ni repos.
Alors, brisant le cercle du vouloir,
L'âme se détache, se distancie, s'exile, se retire
Du combat insensé, perdu d'avance,
- Morte au vouloir. Laissant là les héros,
Les dieux sanglants de la fortune et du pouvoir
Elle prend refuge sur ces hauteurs de la sagesse
Où poètes et penseurs ont défriché la terre,
Les vallons abondants où coulent les rivières,
Et dans un joli bocage ont érigé pour les hommes
De tous les temps, de toutes conditions,
Ce jardin temporel, parmi les roses
Les fontaines jasantes, les nymphes, les roseaux
Cet oasis de la sagesse et de la volupté

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Le CHANT des ORIGINES : Chant troisième (2)

 

Certains meurent trop tôt

D’autres meurent trop tard.

Terrible est le lot de ces jeunes trop tôt

Emportés par la mort. Ils n’ont connu

Que l’affliction du corps, l’angoisse et le désespoir,

A moins qu’un ange bienveillant les ait tôt libérés

Des souffrances communes. Mais pire encore

Le lot du vieillard qui se survit à lui-même

Claquemuré dans l’agonie interminable

Entre lit de douleur et chaise de douleur

Dans le triste hôpital, sous les fenêtres grises

Suppliant qu’on achève une vie sans plaisir

Qu’on en finisse de ce corps, de cette âme souffrante

Bourrelée, torturée, épuisée de chagrin

Lasse de tout, lasse de soi, et que nul

N’a le courage de soulager. Et lui-même

S’imaginant une improbable guérison

Repoussait chaque jour de mettre fin lui-même

A l’horreur de sa vie. Et maintenant il n’a plus la force

Ni l’occasion. Il gît

Dépendant d’un bon vouloir qui ne viendra jamais.

Ah puissions-nous, sentant les forces nous quitter

Nous-mêmes, par nous-mêmes, quitter à temps

L’enfer.

 

Mais ils ne l’osent pas, ils croient

Que l’âme, dans l’Hadès expiera ses péchés,

Que l’enfer c’est là-bas, et perclus d’angoisse

Ils retardent tant qu’ils peuvent le mourir.

D’autres craignent le jugement des hommes

Ils ont souci de ce qu’un vain peuple pense

Ou le conjoint, ou les enfants. Ils espèrent laisser

La belle image qu’ils ont d’eux-mêmes, hélas,

De longtemps gangrenée.

Hélas, ne vivons-nous que dans l’esprit des autres ?

N’avons-nous par nous-mêmes ni vie, ni souffle ni courage ?

Ne sommes- nous que l’ombre d’une ombre

Inconsistante, molle,

Labile  et volatile comme un nuage ?

Si de naître ne dépend nullement de nous

Que le vivre du moins,

Et le mourir encore, soient notre œuvre

Unique, précieuse, irremplaçable et belle !

 

 

 

 

 

 

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25 juin 2017

Le CHANT des ORIGINES : Chant troisième (1)

 

 

                          1

 

Qu’il serait doux, quand s’apaise la souffrance de la vie

De mourir tout doucement de sa mort belle,

Ni trop tôt, ni trop tard, quand sonne l’heure,

De glisser sans remords,

Sans haine et sans regret, sans crainte et sans envie,

Serein, joyeux au souvenir des heures fastueuses

Du désir fécondant les vallées de la terre,

Des entretiens nombreux au bocage de l’amitié

De l’allègre, la folle, l’acide volupté,

De la danse d’un esprit libre au-dessus de l’abîme

De l’extase à se perdre étonné au milieu des étoiles.

Puissé-je ainsi comme un vieil Indien des plaines

Sentant venir l’heure dernière,

Laisser femme et enfants, prendre congé, se détourner

Sans un regard en arrière, gravir la colline sacrée

Ramasser des brindilles, de l’herbe sèche

Danser autour du feu en invoquant l’esprit des morts,

Longuement, gravement ;

Puis il se couche sur la terre, et dans le ciel

Dans les circonvolutions des nuages

Il contemple sa vie passée, les chasses innombrables

Il revoit l‘Ours, le ténébreux, qu’il a tué jadis

Les bisons par milliers déferlant par la plaine,

Les graves palabres des chefs de guerre dans le tipi,

Et son cœur se réjouit,

Peu à peu son souffle s’affaiblit, son cœur bat moins vite,

Sa conscience s’endort

Son âme s’affranchit de toutes les entraves

Libre, elle se fond dans la nature immense.

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24 juin 2017

Le CHANT DES ORIGINES : Chant second (3)

                       3

 

 

Mais encore une fois son beau visage

Tendrement m’apparaît dans la buée du songe

Elle marche au soleil, ses cheveux

Flottent, belle oriflamme de jais, devant mes yeux,

Elle se tourne vers moi, ses yeux noirs me sourient

Je flotte dans le ciel azuré

Je ne sais ce qui m’assaille, me renverse,

Dans ce sourire je crois perdre mon âme

Elle s’envole dans les nimbes dorés

Et nous partons tous deux dans le ciel infini

Au milieu de nuages vermeils à franges pourpres

Et nous flottons unis dans une unique étreinte

Nous traversons les mers, les continents immenses

Nous regardons passer les nuages comme des visages d’enfants

Heureux, avec des yeux-pépites qui scintillent

Le temps n’existe plus pour nous

Nous sommes libres, heureux et fous

Insoucieux, dégagés, embarqués – aériens

Rien ne saurait nous tenir, nous retenir

L’immensité du ciel, les mondes, les étoiles

Tout nous parle de nous, rien que de nous

Nous sommes le monde, nous sommes l’univers

Tout l’univers vient danser dans le feu de nos yeux

Et l’immortalité, la joie des dieux, leur rire inextinguible

Et l’amour infini, et la totalité

Tout est à nous, tout est nous !

 

 

Le rêve, hélas, ne dure qu’un instant

Je suis assis à ma table de travail

Parfois mon daïmon me visite et me dicte des vers

Parfois, très longuement, il fait silence

Alors je me dessèche comme poisson sur la plage

Je m’étiole et me meurs. Mais toujours

Il revient, ami fidèle, et me libère

De mes angoisses. Je reprends mon poème,

J’écoute la voix qui parle au fond de moi

Les souvenirs reviennent, s’installent comme des amis

Autour de la table, et nous buvons du vin de Samos,

Nous devisons, nous chantons, nous nous esclaffons

Amour, humour, tout est bon

Et nous rions et nous philosophons !

Eh ! qu’importent les amours perdues, les regrets, les déboires

Le mal de vivre, et cette langueur dans le cœur

Quand des amis très chers vous écoutent, vous parlent

Que vous les écoutez, les consolez, les rabrouez

Que le vin comme nectar coule dans votre gorge

Que l’ambroisie et le plaisir chassent tous les nuages !

 

 

O mes amis, que l’amitié guérisse de l’amour !

Que le présent éponge le passé !

Non, ce n’est pas la perte qui fait mal

C’est le retour, tantôt, de l’image ancienne,

Celle qui vit en nous comme un corps étranger

Qui se nourrit de nous, séductrice insondable,

Mystérieusement accolée à notre être,

Eponge molle et polymorphe qui boit le sang,

Hydre fatale, et si l’on coupe une tête

Voici qu’une autre repousse encore et encore,

Et l’on dirait que cet enfer n’a pas de fin.

Point n’est besoin de convoquer le samsâra bouddhique

La roue des renaissances interminables

Le châtiment, les douleurs de l’enfer post mortem,

C’est ici, dans ce corps pitoyable

Dans cette âme livrée aux supplices du désir

Dans les fastes mortifères de la mémoire

C’est ici qu’est la souffrance, la cause et l’origine,

Et c’est ici, et nulle part ailleurs

Qu’il faut chercher la délivrance.

 

 

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23 juin 2017

Le CHANT des ORIGINES : Chant second (2)

 

                 2

 

Les morts

Laisse-les mourir,

Les morts

Laisse-les pourrir, déchet de corps dans le corps

De la terre, ou partir en fumée

Dans le ciel qui s’indiffère.

De vouloir les garder, voilà le mal, la gangrène de l’âme.

Ce corps de volupté qui embrassait ton corps

Ce doux visage où tu lisais cette infinie tendresse

Où tu t’enveloppais de la tendre assurance

D’un futur de félicité – désormais

Ce n’est plus qu’une image où tu puises à longs traits

La nostalgie amère, et la douleur, et les larmes.

Perte cruelle, hélas, d’une beauté rayonnant de jeunesse !

Et maintenant ? Tu dis : elle est partie. Hélas

A-t-elle jamais été à toi ? Elle était là, tout près de toi,

Et tu croyais bientôt qu’elle fût toi, une partie de toi,

La plus exquise, la plus chère. Et même tu ne savais plus

Qui était toi, qui était elle, les deux fondus en même argile,

Même délicatesse. – Et puis, soudain…

Ce corps nu, ce corps sans vie, qui se change lentement

En cadavre, en dépouille, que l’on va visiter

Comme une curiosité, parlant bas, marchant à petits pas.

Ah qu’ils sont insupportables ces visiteurs de la mort !

Et toi, par cette hideuse trouée dans le ventre

Tu voudrais t’écouler tout entier !

 

Plus tard vient le temps de la tristesse

Tu apprends à vivre contre le sort, contre toi-même ;

Tu es le même, et tu n’es plus le même ;

Quelque chose est changé à jamais

Tu es une mouture autour d’un trou

Pièce rapportée, mal invitée au banquet de la vie,

Tu n’as plus goût aux plaisirs de la vie

Pourtant

Une frêle pousse se glisse par le trou, veut grandir

Pousse et pousse de jour en jour.

Parfois tu éprouves de la honte

Tu te crois coupable d’oublier.

Certain matin un sourire apparaît sur ton visage

Tu penses à la morte, encore, tu souffres, tu gémis

Tu revis des instants délicieux

Mais lentement son visage se défait dans le souvenir

Comme un miroir qui s’ébrèche

Tu n’as plus envie de recoller les morceaux

Et les morceaux s’en vont par petits bouts…

Tout à la fin

Il reste un quelque chose d’indéfinissable

Une grande douceur amère et tendre,

Une tristesse longue et lente, mais sereine,

Elle colore étrangement la vie

La vie de l’âme, la vie du monde

Du sentiment de la caducité,

Et de la grâce : cela que tu as vécu

Cette joie, cet amour, ce don des dieux

Nul ne peut te le reprendre, et tel,

En dépit de la perte

Il restera ton bien le plus précieux.

 

 

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22 juin 2017

Le CHANT DES ORIGINES : Chant second (1)

 

 

Je poursuis mon entreprise, me fiant à mon daïmon, qui mieux que moi, sait ce qu'il en est de moi et des choses alentour.

 

 

 

                   CHANT SECOND

 

                          1

 

Mon désir, mon grand, mon seul authentique désir

Est de prendre mon rang dans la Grande Lignée

De ces immenses penseurs et poètes

Qui font la lumière de l’humanité, depuis

Les temps antiques, où la mer et le soleil

Venaient briller aux beaux rivages hellènes,

Et dans l’Inde peuplée de dieux, qu’un génie plus qu’humain

Sut tirer de sa somnolence, appelant

Tout ce qui vit à la pleine conscience.

Mais de tous c’est le beau génie que je préfère

Celui qui sut, chassant les dieux dans les lointains

De l’espace galactique, nous appeler,

Hommes, simplement hommes, et sans crainte

Sans espoir frelaté, sans illusions voraces,

A la vie bienheureuse. Lui-même,

Rejetant les faveurs de la foule, la gloire et le pouvoir,

Dans le Jardin adonné à la douce amitié

Cultivait la volupté de la sagesse,

Non point celle des rites, des adorations et des prières,

Mais la noble sagesse de l’esprit dans le corps,

De l’esprit libre qui, en toutes chose,

Observe simplement l’action de la nature.

Le premier il comprit la source des douleurs,

En physiologue, en médecin, en thérapeute

Il décida de soigner l’âme malade, cherchant les causes,

Prescrivant le remède.

 

Nous venons tous au monde inachevés

Immatures, incapables de vivre par nous-mêmes,

Et si les animaux suivent  passivement l’instinct

Nous sommes ceux, les seuls de par le vaste monde,

Où le manque d’instinct a creusé son sillon fatal,

Et nous cherchons de tous côtés une aide ou un recours

Pour nous assurer d’être. Et chacun sait

La béance,  éternelle, du berceau à la tombe.

Les uns cherchent des dieux pour suturer la faille

Se garantir d’un sens dans le chaos du monde ;

D’autres se dissipent dans les voluptés, croyant

A chaque fois saisir ce qui s’échappe. D’autres

Inapaisés, anxieux courent  au Tribunal,

A l’Assemblée, à la guerre, et dans la mort

Oui, dans la mort même espèrent une réponse.

Ainsi chacun s’affaire, et aucun n’est content.

Le vase, notre vase, celui que la nature

A forgé, insoucieuse de nous, est un vase percé

Qui jamais ne retient les grâces de la vie.

Tout coule, et roule, à travers nous

Et nous mourons tout aussi nus qu’au premier jour.

 

 

… Du berceau à la tombe

Même statut, même visage, même douleur.

Pourquoi courir, mon âme, les spectres, les fantômes

Illusions d’un jour qui reviennent toujours,

Pauvres hochets aux mains de ces pauvres enfants

Que nous étions, que nous sommes toujours ?

Et cela continue, continue

A moins qu’un jour,

Considérant sans complaisance le manège

L’homme s’arrête

Fait face

Décide

De ne plus tourner dans le carrousel

De ne plus tourner comme un rat dans la roue

De s’extraire

De faire diversion, disruption

D’être en dehors, exilé volontaire

Solitaire

De s’asseoir paisiblement

Dans l’herbe du jardin

De regarder couler la rivière

Sans rien faire

Libre, indifférent comme un dieu,

 

D’être heureux.

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21 juin 2017

LE CHANT DES ORIGINES : Chant Premier

 

 

 

                    CHANT PREMIER

 

 

 

  Au début n'était pas le Verbe, ce bavard intempestif

  Ni l'action, n'en déplaise au poète,

  Car il n'y eut jamais de début dans la nature

  Qui de toujours et pour toujours jette les dix mille êtres

  Au risque de naître, de vivre et de périr,

  Sans se lasser jamais de faire et de défaire,

  Sans intention, si ce n'est de produire

  Et de détruire cela qu'elle a jeté dans l'existence.

  Immense et insondable elle est

  Ce qui fut, ce qui est et sera, de toute éternité.

  Elle remplit l'esprit de terreur infinie

  Elle qui détruit tout, et de joie infinie

  Au spectacle de sa puissance inconcevable.

  S'il est un dieu, si vraiment tu veux garder ce terme

  Impropre, c'est lui, le génie inconscient de soi, qui crée

  Sans intention, sans but, sans cause et sans regret

  Tout ce qui est dans le monde, tout ce qui vit

  Jusqu'à la moelle interne du vouloir. Il est en moi

  Il est en tout. Seul il existe, infiniment réel.

 

  S'il n'est point de début ni de fin

  Il est une origine, à chaque instant

  Lorsque paraît chose nouvelle ou nouvelle pensée,

  Qui jaillit du chaos, de l'informe, du pas encore déterminé,

  De ce bouillon amorphe d'où procède

  La Forme.

  A l'origine était Chaos, disait Hésiode

  Et c'est de lui que naît la Nuit féconde et bien plus tard

  Le Jour. Alors la lumière divine se répand sur le monde

  Et naissent les principes éternels de la Forme-matière

  Dont la combinaison, la fusion, le mélange

  Agités dans l'espace infini, brouillés et torsadés

  Par les véloces tourbillons en tous sens

  Entrelacés, entrechoqués de toute éternité

  Produisent ces mélanges instables, enfants d'un jour,

  Que nous appelont corps, improprement,

  Car un corps, s'il apparaît parfois stable au regard

  N'est rien qu'un processus de processus

  Temporellement liés par une force d'attraction.

  Les corps passent et se remplacent, seul demeure

  L'immense force qui les brasse à l'infini dans le vide.

  Ainsi, à chaque instant

  L'origine se laisse entrevoir

  Si tel un serpent dissulé dans les herbes

  Guettant la proie

  Tu te tiens à l'origine, toi-même,

  Toutes affaires cessantes pour n'être que regard.

  Et c'est ainsi qu'à tout instant

  Coïncidant avec l'éternelle naissance

  Toi-même tu te tiens à l'origine des choses.

  Tel est l'action spécifique du sage

  Qui ne fait rien, pour qui

  Toutes choses se font à tout instant dans le silence.

 

  Attentif, silencieux, léger comme un roseau

  La brise et le courant des eaux qui passent

  Tu les laisses passer par ton corps sensitif

  Sans rien penser, sans rien vouloir ni désirer,

  La lumière joue folâtre à l'orée du paraître

  Rien ne compte plus désormais

  Que cette effloraison des choses dans ton âme

  La musique éternelle de l'eau et du roseau.

 

  

 

  

  

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