LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl

30 septembre 2016

De la VIE et de la CONSCIENCE : rêverie anthropologique

 

Il semblerait que les comètes, du moins certaines d'entre elles, seraient porteuses de germes de vie. On peut imaginer dès lors que telle ou telle se soit écrasée dans un océan de notre planète, et qu'à partir d'elle des formes de vie embryonnaire y ait trouvé un milieu favorable à la dissémination. On sait par ailleurs que la vie, à partir de l'eau, a gagné la terre et s'est développée, complexifiée et multipliée, jusqu'aux formes récentes, et s'est dotée par la suite de systèmes nerveux complexes, dont le cerveau humain semble la manifestation la plus stupéfiante. Si la vie vient d'ailleurs, par suite de circonstances aléatoires, rien n'empêche de penser que de telles occurrences aient pu se produire des milliers de fois, ailleurs, dans le vaste univers, à partir du moment où l'on tient pour acquise la multiplicité incalculable des planètes. Dèjà récemment on a trouvé une planète qui présente des caractéristiques assez similaires à la nôtre - distance par rapport à l'étoile, configuration du sol, présence d'élément liquide etc. Et ce n'est là qu'une malheureuse planète proche, alors qu'il existe tant d'autres galaxies, avec des miliards d'étoiles, et des milliers de milliards de planètes. Nous en sommes aux balbutiements d'une science du ciel, qui devrait nous enseigner encore bien des merveilles !

Le sceptique, mais l'homme du commun tout aussi bien, dira : "Que nous importe le ciel, nous sommes rivés sur cette misérable terre, ce "lopin" comme dirait Pascal, également incapables de sonder l'infiniment grand et l'infiniment petit, et réduits à végéter dans notre fange, entre les guerres interminables, les injustices, les maladies et le stupre ; nous ne savons toujours pas comment réduire les choquantes inégalités économiques, comment éviter le réchauffement et amener les Etats à réaliser une paix durable". Objection imparable. Moi-même je ne sais trop que penser de l'humanité, entre génie inventif et bassesse indécrottable. J'étudie l'histoire de l'homme, depuis les premières sociétés jusqu'à l'histoire récente, et je suis effaré par la disposition criminelle, la haine et l'envie qui habitent le coeur humain. Je me dis souvent qu'une telle espèce ne peut avoir d'avenir, qu'elle est mafifestement une erreur de la nature vouée à une proche disparition. Puis je me dis que la disparition est de toute façon programmée, comme pour toute forme de vie qui retourne inéluctablement à la mort : "tout ce qui est composé est condamné à se décomposer". Mais cela est vrai des chevaux, des insectes, des panètes, des étoiles, et sans doute de l'univers lui-même. Simple affaire de délai : délai long pour l'étoite, délai court pour l'humanité, et pour le cheval ou le chien ou la souris. Nos voyons sans émoi disparaître autour de nous, et par notre faute, des centaines d'espèces vivantes, sans songer, et c'est pourtant évident, que nous ne faisons là qu'anticiper notre propre extinction.

Il reste que cette même espèce a engendré des Mozart, des Anaximandre, des Epicure et des Bouddha. Ce n'est pas rien, c'est même la consolation de l'esprit chagrin qui doute des potentialités humaines. Il y a là quelque chose d'extraordinaire : la nature, qui à nos yeux distraits, semble répéter interminablement la même regaine (du moins dans le monde macroscopique où nous sommes), a su complexifier les structures de la vie d'une manière telle qu'elle sut engendrer la conscience, puis la connaissance réflexive, et enfin le génie inventif qui ouvre infiniment l'oeil de l'esprit pour sonder les mondes éloignés, plonger dans les arcanes de la psyché pour en décrire le fonctionnement, et de là bâtir une sagesse à la mesure de la réalité. Le drame est que ces esprits remarquables n'aient guère pu influencer les masses, ni même les dirigeants de notre monde, qui continuent imperturbablement leurs petites querelles de prestige et de pouvoir. On se querelle pour un lopin de terre alors que la planète brûle.

Peut-il en être autrement ? Je ne le pense pas. Parce que le cerveau humain est le résultat aléatoire d'un bricolage de l'évolution : une première zone (reptilienne), celle des besoins et des exignences vitales de la conservation et de la reproduction, est doublée d'une seconde (limbique), celle des affects, émotions et passions, laquelle à son tour est coiffée par le cortex, qui s'est développé de manière imprévue grâce aux conditions de la socialisation et du langage, mais qui est fort peu capable de gérer, réfréner les impulsions vitales et passionnelles. Cela se vérifie tous les jours, si bien que, malheureusement, le premier populiste venu pourra toujours éveiller et susciter les plus basses pulsions de haine et d'envie pour s'assurer le pouvoir. La multitude suivra, et l'intelligence sera bafouée - sauf si de solides intitutions politiques et judiciaires réfrènent et pénalisent la première apparition de paroles et de comportements de cette sorte. Quand la raison ne suffit pas il y faut la force légitime de l'Etat de droit. Concluons que l'équilibre est précaire, que la menace de régression est permanente, et que seule un impérieuse nécessité peut provoquer le changement planétaire..

 

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28 septembre 2016

L' UNIVERS et la NATURE : cosmos et phusis

 

Je lis dans un ouvrage de vulgarisation scientifique que le proton jouirait d'une durée de vie égale à 10 puissance 35 années, soit 1 suivi de 35 zéros ! Voilà qui fait un bail impressionnant, voisin de l'immortalité. Nous sommes au plus près de la théorie d'Epicure qui coyait les atomes éternels, ce qui est faux, si les atomes naissent dans la fusion nucléaire des étoiles et s'ils sont appelée à éclater. L'immortalité serait plutôt le fait de certaines réalités éminemment légères, telles que les photons et les neutrinos. On spécule aujourd'hui sur la fin de l'univers, du moins celui que nous pouvons observer, sans préjuger de l'existence d'autres univers dont nous ne pouvons rien savoir. Rien n'empêche en effet d'imaginer des infinités d'univers parallèles si nous posons le vide comme principe universel, vide qui n'est pas néant, mais milieu indifférencié susceptible, dans certaines conditions, de se mettre à bouillir, émettant dans des chaleurs inconcevables, la lumière, puis la matière disséminée dans des espaces inconcevables. La physique moderne, avec de tous autres moyens, rajeunit les intuitions des Anciens concepteurs de cosmologie, comme Empédocle, Héraclite Démocrite et Epicure. Il suffit pour cela de considérer que notre univers, dont on décrit la naissance et le développement, et dont on tente d'imaginer la fin, n'est qu'un cosmos, le seul connu, dans une myriades infini de cosmos, qui sont peut-être semblbles au nôtre, et peut-être tout différents, peut-être à jamais inconnaissables.

D'une manière ou une autre il est impossible de se représenter un bord de l'univers, l'espace-temps d'un univers particulier, sans poser immédiatement la question de ce qu'il pourrait bien y avoir au delà - comme Lucrèce l'avait établi : aucun mur ne se dresse devant l'archer qui, au bord du monde, décocherait sa flèche dans l'espace. L'espace est de nature telle que l'ouverture infinie lui appartient aussi nécessairement que l'écoulement du temps. Penser un temps fini est aussi impossible que de se représenter un espace fermé. Or nos astrophysiciens nous invitent à penser que l'espace s'étend à mesure que l'univers se dilate, et que l'univers est entraîné dans une dilatation, et un refroidissement continu, jusqu'à une possible dissémination, qui serait une forme de mort. Mais alors que devriendrait l'espace ? Ce serait en toute rigueur l'espace épicurien, puisqu'Epicure conçoit l'espace comme un vide homogène, sans qualité propre, ouvert infiniment dans toutes les directions. 

Quoi qu'il en soit de toutes ces spéculations, ce qui est neuf pour la conscience moderne c'est l'idée que l'univers, celui que nous pouvons observer, est historique, qu'il a un début et qu'il va sans doute vers son terme, dont nous ne verrons rien, puisque notre existence terrestre sera de longtemps annihilée.  Si tout est historique, l'univers, les étoiles, les planètes, les plantes, les animaux et les hommes, c'est que le fondement se dérobe à jamais, à moins de considérer que cet univers-ci n'est qu'un exemplaire parmi des milliers, et que si tel disparît et meurt, d'autres assureront la relève, et cela indéfiniment. C'est en quoi la position de Marcel Conche est particulièrement forte : il distingue soigneusement l'univers de la Nature. L'univers est historique, impermanent, la Nature est éternelle. Il retrouve le sens originel de la phusis des Grecs, celle qui comprend tout, englobe tout, ne naît ni ne meurt. Nos conceptions actuelles de l'univers (vide quantique, big bang, lumière, étoiles etc), qui sont sans doute opérationnelles à leur niveau, imposent à l'esprit la nécessité d'un dépassement, par exemple : l'avant big bang, l'origine du vide, l'au delà de la limite de l'espace et du temps, si bien que la pensée, si elle ne veut pas se fermer à elle-même et s'établir sur des absurdités, doit nécessairement poser un élément fondateur. Si l'on ne veut pas se réfugier en Dieu, "cet asile de l'ignorance" (Spinoza), il reste cette élégante et poétique solution de s'en référer à la Nature, qui n'est pas exactement un concept, mais la source et le contenant de tout concept possible.

Nature naturante, nature créatrice qui fait naître d'un côté et détruit de l'autre, invente sans fin de nouvelles possibités, de nouvelles formes, nature effroyablement violente (explosion d'étoiles, tsunamis, tornades et typhons) et parfois calme, paisible comme un lac en été. Liaisons et déliaisons, Philia et Neikos.

C'est de toujours l'intuition des poètes, eux qui ont en charge cette sensibilité particulière de tout rapporter, non aux causes locales et transitoires, mais à l'origine de toute vie, de toutes choses, lisant dans l'éphémère et le transitoire le chiffre de ce qui, passant, ne passe jamais.

26 septembre 2016

Des ARBRES et du JARDIN

 

Mon fils m'a offert un bel olivier qui trône sur mon balcon. Son feuillage se découpe en sombre sur le feuilage plus clair de l'allée. C'est le don que fit Athéna, jadis, aux mortels, pour leur garantir meilleure vie. Pour moi, homme du Septentrion neigeux, il n'est pas aisé de me familiariser avec ces arbres du sud, qui, spontanément, me semblent manquer d'ampleur, de solennité, de royauté. Il me faut former mon entendement, ma sensibilité à des formes différentes, plus modestes, plus convulsives. Reste ceci : mon olivier n'a que faire de ma sollicitude, tout ce qu'il demande c'est de la lumière et de l'eau, grâce à quoi il se développera de lui-même, "selon sa nature". Laissons-le faire et croître. La nature n'a que faire de nous, elle se passe de nous, et nous survivra quoi qu'il advienne. Dans un monde voué à l'impermanence, où nous-même nous glissons sur la pente sans retour, voilà de quoi se réconforter, quand on a l'âme poétique.

Pascal écrit à peu près ceci - je cite de mémoire - "tout le malheur du monde vient de ce que l'homme ne puisse rester seul dans sa chambre". Diable ! Que serait une société où les hommes restent seuls dans leur chambre ? Voilà qui n'arrangerait guère les commerçants, les publicistes et les entrepreneurs ! Il est vrai qu'une telle société serait fort pacifique, voire moribonde. Pourtant il y a du vrai dans l'idée de Pascal : qui est capable de supporter une solitude durante, de se supporter soi-même, sans aller courir le marché, les affaires, les conversations, la politique sur l'agora, tous les lieux de plaisir ou de débauche ? L'excellent Hume raconte dans son "Traité sur la nature humaine", qu'après quelque méditation philosophique un peu soutenue, il lui faut impérativement aller voir du monde, converser dans les salons, jouer au tric trac, s'esbaudir et s'alléger, faute de quoi il sombrerait dans une définitive mélancolie. Hé quoi, nous ne sommes pas tous des mathématiciens rivés à leur formules, des astrophysiciens ou des métaphysiciens qui se nourissent de spéculations hallucinatoires. Il y a dans le travail de l'esprit quelque chose d'essentiellement dangereux, qui est de s'envoler jusqu'à perdre pied, de se prendre pour un dieu dans la contemplation éthérée des sphères célestes. J'ai vite senti ce danger, et je m'en suis gardé scrupuleusement en revenant très vite aux activités physiques, heureux contrepoint à la rêverie. L'allemand possède un mot très expressif, que je ne puis rendre avec exactitude : Schwärmerei - réverie exaltée, chimérique, souvent utilisé avec une nuance minorante, dépréciative. Je me souviens d'un tableau présentant un poète misérable, couché sur un grabat, l'eau filtrant à travers le toit, dans une lamentable masure, mais lui, bravement, continue d'écrire sur ses tablettes, ignorant superbement le désastre de sa vie. Titre : le pauvre poète ! 

En m'observant avec attention je vois que sans être un hyperactif, tant s'en faut, il m'est difficile de rester inactif plus de quelques minutes : je me promène, je fais la sieste, je lis, j'écris, tout cela avec une certaine facilité, mais rester assis sans prendre un livre, sans noter quelques idées en fumant ma pipe, voilà qui m'est quasi imposssible. Je vois que ma pensée s'emballe, que je m'agite, que je cherche à fuir, que je m'angoisse. Je ne puis me calmer qu'en décidant, impérialement, de me mettre en relaxation, ce qui est fort agréable, mais représente aussi, sans doute, une manière de fuite. J'aimerais pouvoir ne rien faire, très simplement, sans souci d'aucune sorte, sans mauvaise conscience, comme font certains hommes vieux que l'on voit assis sur un banc, dans les allées et les parcs, et y rester très longtemps, parlant parfois, et se taisant plus encore, et l'on dirait presque à les voir immobiles qu'ils sont devenus eux-mêmes des arbres dans le jardin, impavides et heureux comme les dieux d'Epicure.

 

21 septembre 2016

PHILOSOPHIE du VENTRE

 

"Quelle joie, quel encouragement pour moi d'avoir appris d'Epicure à réjouir correctement mon ventre !" Voilà ce qu'écrit Metrodore au sujet de son maître et ami. Point d'étonnement, dès lors, si tous les idéalistes vertueux se sont précipités, "sus au baudet", pour déblatérer sur la voracité, la gloutonnerie, la goinfrerie, la lubricité supposée des "pourceaux d'Epicure" - au mépris de la vérité, car enfin c'est Epicure lui-même qui déclare : un peu d'eau, quelques olives, me voilà l'égal de Zeus. Au vrai, Epicure invente une nouvelle forme d'ascétisme philosophique, hors de tout souci religieux de l'immortalité de l'âme, hors de toute culpabilité, uniquement inspirée par le souci de la santé physique et mentale, ayant éventé le caractère illimité du désir qu'il importe dès lors de circonscrire dans les limites d'une juste tempérance.  De même pour les plaisirs sexuels. Mais venons-en plutôt à l'essentiel.

Placer le ventre au centre de la pensée philosophique, en faire la référence cardinale de la pratique, voilà un fait unique dans l'histoire de la pensée occidentale. En général on valorise la tête, et donc les fonctions cognitives, le jugement et la théorie. Platon - que Epicure connaissait à travers l'enseignement de Pamphile - avait exposé une théorie de la hiérachie des fonctions de l'âme : la tête (la raison, la sagesse) doit commander au thymos (le coeur, le sentiment, les passions) et au ventre, siège des besoins et des déirs. Le ventre est généralement décrié comme lieu de la sujétion aux besoins terrestres, aux appétits, à la physiologie, voire à l'animalité. S'occuper de son ventre c'est vivre en pourceau. A l'inverse avoir le souci de son âme c'est s'égaler aux dieux, vivre ici-bas dans l'attente du salut qui consacrera la vraie vie philosophique. "Philosopher c'est apprendre à mourir".

Est-il vrai que le ventre a des besoins illimités, qu'il inspire une quête insatiable de satisfactions ? Pas du tout. Observons les faits : quand le besoin est satisfait la douleur s'arrête, le corps se met au repos. C'est au contraire le fait d'un esprit insatiable, d'une pensée déréglée que de vouloir intensifier, prolonger le plaisir, tels ces convives qui se font vomir pour se remettre à manger. Rien de plus naturel, de plus facile que de satisfaire les besions physiologiques : un peu d'eau suffit, quelques légumes et quelques fruits. Certes on peut préférer une cruche de vin, mais cela convient plutôt aux festivités, à la conversation entre amis. La sobriété est la vertu du ventre. C'est l'esprit déréglé qui inspire la gloutonnerie, pas le ventre.

Il en va de même de la sexualité, dont les débordements, les passions déchaînées et les désordres relèvent de représentations creuses, telles que Lucrèce les dénonce brillamment dans le Natura rerum. Tout cela sans pudibonderie ni culpabilité. Faut-il rappeler que le Jardin abritait plusieurs hétaïres fameuses, femmes libres et cultivées qui pratiquaient la philosophie du même mouvement que l'érotique ? 

Mais laissons l'histoire. De nos jours on redécouvre l'importance du ventre pour l'équilibre général de la vie. On va même jusqu'à soutenir que le ventre serait un second cerveau, avec ses résaux de neurones entrelacés, ses centres de sensation, d'émotion et de décision, responsable de la gestion des besoins, ce qui est assez évident, mais plus encore de la thymie fondamentale, de la disposition de base de notre organisme physicopsychique, une sorte d'inconscient archaïque, lequel soutiendrait l'équilibre viscéral de notre être. Quoi qu'il en soit, cette idée conforte Epicure : il faut s'occuper de son ventre, mieux, "s'en réjouir correctement". Se réjouir, et non mépriser, dénigrer, maudire et expier. On peut aussi se référer à la pensée orientale, décrire le ventre à la chinoise comme premier réchauffeur, siège de l'énergie fondamentale, celle qu'il ne faut pas gaspiller parce qu'elle assure longue vie et santé florissante - à l'inverse de l'énergie superficielle, celle du coeur et des passions, qui s'épuise vite dans l'agitation et le remuement de la vie active. D'où la prudence taoïste, le non-agir, conçu non comme inactivité mais comme activité lente et fluide à l'image du Tao.

L'essentiel c'est de parvenir à traduire ces idées dans une pratique vitale. Pour la plupart des Occidentaux il n' y a aucun accès direct à la conscience du ventre ; ils sont hyperintellectualisés, pauvres diables sans corps, incapables de détente, de laisser-aller, de lâcher-prise. La méditation leur est tout simplement impossible. A défaut, au moins, pourraient-ils pratiquer une saine et douce relaxation, sans autre objet que de se laisser couler doucement dans la sensation abdominale.

Voici un exercice que je pratique souvent, facile et abordable par chacun, et qui met le sujet en relation avec la sensibilité ventrale. Allongez-vous au sol, les bras librement relâchés de chaque côté du corps. Après quelques instants de relâchement général vous pourrez ramener les pieds contre les fessiers, ouvrir les genoux en V, ne point cambrer inutilement, installer une respiration profonde en poussant légèrement le souffle loin vers le bas-ventre (sans forcer mais résolument) sur l'inspir, maintenir un moment la respiration en poumon plein, puis expirer profondément en laissant le ventre se dégonfler, laisser le poumon se vider, petit temps à poumon vide, puis recommencer le cycle. Au fil des cycles suivants réduire l'intentionalité, laisser venir un souffle de plus en plus doux, fluide, intérieur, tout en restant centrés sur le ventre. Poursuivre très lentement en laissant la respiration prendre la commande, se laisser bercer par le respir, observer passivement le lent mouvement alternatif, finir, et se remettre en détente. Encore quelques instants d'observation silencieuse avant de revenir à la conscience ordinaire.

Il n'y a pas de miracle, ça se saurait. Mais un pratique régulière, sans tension ni volonté expresse, peut amener des résultats appréciables. En tout cas la conscience du ventre se travaille et s'approndit au fil des séances. Outre le bénéfice pour la santé elle ouvre un espace remarquable, où la pensée à la fois perd de sa superbe et gagne en profondeur.

20 septembre 2016

SENTENCE de METRODORE

 

"Réponds à la beauté par la beauté ; car, en plongeant pour ainsi dire dans une communion d'affection, nous nous sommes libérés de la vie terre à terre pour nous élever jusqu'aux mystères d'Epicure  : une révélation véritablement divine". - De Métrodore, l'ami et disciple d'Epicure. (Les Epicuriens, Pleiade, p 147)

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19 septembre 2016

LETTRE a BERNADETTE CHARPENTIER

 

               Lettre à Bernadette Charpentier,

 

Chère amie,

 

C'est toujours un moment très émouvant que celui où un artiste parle de son travail, menant le néophyte dans les arcanes de la création, bousculant ce qu'il croyait savoir, qui n'était rien, lui faisant entrevoir un monde de complexité et de liberté, lui entrouvrant l'espace où il pourra faire quelques pas. J'ai aimé la matière de ton propos, et la manière, si claire et sensible, avec toi j'ai pu voyager dans ton monde, très imparfaitement certes - on n'est jamais à la hauteur d'un tel témoignage - mais suffisamment pour en tirer quelques lumières, réflexivement, sur mon propre travail.

Voici quelques bribes de ce que j'ai pu glaner au fil de ton discours : propos bien superficiels je le crains, mais qui ont le mérite de faire sens, au moins pour moi. N'ayant aucune capacité dans le domaine des arts picturaux, c'est en poète que je réagis, car pour moi le langage est cette matière première qui s'impose à moi dans sa dureté, son épaisseur, sa réalité incontournable. C'est avec des mots qu'on fait un poème : les mots sont la toile, le cadre, le pinceau, les formes, les couleurs, ils sont tout cela, et bien d'autres choses encore.

L'acte artistique consiste à se brancher sur un matériau, toile, papier, pierre, bois, métal, langage, qui fonctionne comme représentant de la nature totale : une partie pour le tout. De la sorte l'artiste peut travailler avec l'illusion féconde d'être en contact avec la totalité indivise, de retrouver l'atmosphère de la plénitude originelle. Peu importe dès lors que le matériau soit naturel ou artificiel, ce qui compte c'est ce branchement organique, sensible et émotionnel, sur un quelque chose qui est déjà là, qui préexiste et qui invite à un certain type de branchement : le chant du merle appelle un certain type de vers, le métal invite à des torsions fécondes et signifiantes, le papier suscite le froissement, le pli, le dépli et le repli, la toile est en mal d'amour, exige le trait de couleur pour atteindre à sa plénitude. C'est dire que la liberté de l'artiste est toujours conditionnelle, façonnée déjà par le matériau, même s'il reste en principe mille façons d'y répondre et de faire jouer le pinceau ou l'association des couleurs et des mots. Le matériau a ses exigences qu'il importe d'écouter, et c'est dans une sorte de dialogue d'amour que se fait le travail de composition.

Tu évoques un rapport secret avec la nature. Ce serait un contresens de ne voir dans nature que la nature naturelle, arbres, prairies, montagnes, mers, oiseaux etc, car la ville, l'autoroute, l'usine, le métal et la pierre polie fonctionnent tout aussi bien comme support, mieux, comme élément premier, comme appel à branchement, à contact, à com-position. La nature c'est tout ce qui, préexistant, peut entrer dans un rapport fécond de transformation, de va et vient, de fusion et défusion, de devenir silencieux, entre composition et décomposition, épousant le mouvement universel de la vie, entre naissance et mort, glissant d'un état transitoire dans un autre, virtuellement infini. Aussi ne faut-il pas s'hypnotiser sur l'oeuvre faite, fétichiser le résultat, car ce résultat n'est à son tour qu'un moment transitoire : l'oeuvre a sa durée propre, sa temporalité, son histoire, il faut donc la laisser être, devenir et se défaire comme font toutes les choses de la nature.

Je ne sais, chère Bernadette, si j'ai bien rendu compte de ta parole, mais enfin, c'est cela que j'ai cru comprendre. A défaut j'aurai mieux compris ce que je fais moi-même. Il me reste à te souhaiter bon voyage sur l'océan infini de la création, et de trouver de temps en temps une île de félicité, pour notre enchantement à tous.

Guy

 

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16 septembre 2016

Des EMOTIONS ESTHETIQUES

 

Il y a des émotions qui vous brisent. D'autres vous font planer. Je pense en particulier aux émotions esthétiques qui vous transportent dans un autre monde, qui vous arrachent des larmes de ravissement. Je ne puis écouter certains airs de Mozart, surtout les voix de femme, sans me sentir coupé en deux, comme si un subtil couteau effilé me passait par le corps, du haut jusques en bas. La musique est l'art le plus puissant, celui qui provoque les émois les plus violents. Elle résonne au dedans, elle se mêle à la chair sensible, aux nerfs, aux muscles, aux fibres et aux viscères, réalisant une totalité organique et harmonique où les distinctions ordinaires du dedans et du dehors sont suspendues : un seul monde, une seule réalité, un seul sujet, qui n'est plus le petit sujet distinct et individuel, mais un grand, un immense Sujet cosmique qui contient tout, qui est tout. L'individu se laisse absorber, tansir dans la réalité plus haute et plus sublime de la totalité retrouvée. C'est la dimension dionysiaque relevée par Nietzsche dans "La naissance de la tragédie".

C'est dire que l'émotion, dans certaines de ses formes, a le privilège de rompre les catégories de la pensée discriminante, de faire advenir des forces ordinairement contenues ou refoulées, et d'en favoriser l'expression. C'est pour moi une évidence que la subjectivité, l'existence séparée, individuée, s'accompagne d'une somme considérable de souffrance, et que dès lors la suppression momentanée de la séparation est une source de grande joie, comme nous pouvons l'expérimenter dans la volupté orgasmique, dans les fêtes et les concerts. Il semblerait que dans l'homme il y ait une double polarité : l'existence séparée, l'absorption dans le tout. Nous passons régulièrement de l'une à l'autre, ne serait-ce que dans l'alternance de la veille au sommeil. Mais dans l'état vigile aussi nous pouvons transiter, nous laisser emporter, nous offrir tous vifs à l'extase, et y goûter le charme indicible de la désubjectivation.

Classiquement la philosophie est une école de la raison : elle développe la conscience, elle pousse la séparation aussi loin qu'il est possible, créant un sujet de la pensée, autonome et qui s'autorise de soi-même. C'est indispensable et libérateur. Encore ne faudrait-il pas oublier cette deuxième tendance qui est en nous, sans doute en chacun de nous, et dans le philosophe aussi bien, qu'il en ait conscience ou pas, tendance orgasmique et dissolutive, qui le fait chercher les extases d'amour, les délices de la beauté et les affres jouissives de la musique. Platon avait vu juste lorsqu'il faisait dériver la philosophie du délire (mania) : délire mantique, délire prophétique, délire amoureux, délire poétique. A ne sacrifier qu'à la raison nous manquons une dimension essentielle de l'humain, qui est d'abord un être de la nature avant d'être un esprit. L'être qui s'est séparé de la nature universelle, qui se soutient de cette séparation, rien d'étonnant qu'en lui subsiste, comme un élan obscur, une obscure tendance à y faire retour.

15 septembre 2016

De l' EMOTION

 

La tradition philosophique se méfie de l'émotion, avec raison sans doute. Mais il faut éviter les jugements hâtifs et unidimensionnels. Dans l'émotion nous expérimentons notre présence au monde, bien plus, et plus intensément que dans les accalmies et les bonaces. L'habitude, la répétition, la sécurité, le bien-être nous amolissent, nous endorment. La conscience, goûtant le plaisir de la prévisibilité, se met béatement à somnoler, dans l'illusion que ce bien-être va durer toujours. Mais chacun sait bien, au fond de lui, que c'est là une de ces illusions que le premier accident va renverser : une mauvaise surprise, ou une trop bonne, qui modifie soudain l'ambiance du monde et nous précipite dans l'incertitude. Ce qu'on appelle l'émotion c'est l'effet du choc, cette suspension hors de soi, cette rupture d'équilibre, ce mouvement d'étrangéité qui initie un nouvel effort d'adaptation. Il y a le temps d'avant, puis le temps d'après, et entre les deux la crise émotionnelle, brève ou longue, intense ou modérée, plaisante ou déplaisante.

On peut en conclure que l'émotion modifie notre rapport au monde, dans un sens ou un autre, mais que toujours quelque chose a changé. Toute émotion débute par un temps de surprise : surgissement imprévu d'un danger (peur), réussite inespéré d'un examen (joie), annonce d'un décès (tristesse), humiliation subie, injustice (colère), sensation pénible d'un danger inconnu (angoisse). Nous réagissons, donc nous sommes à la merci d'un événement imprévisible qui nous prend de cours, qui nous met à la question, qui déjoue notre maîtrise, qui nous laisse momentanément désarmés. En ce sens précis il y a un surgissement de réel, entendons un quelque chose qui n'avait pas sa place, comme tel, dans l'organisation psychique, qui n'était pas pleinement symbolisé, et qui exige, si l'on veut continuer à gérer sa vie, une nouvelle symbolisation. L'émotion est donc une épreuve de vérité.

On peut toujours rêver d'organiser sa vie de manière à éviter toute émotion, fuyant l'agitation du monde, les troubles et les émeutes, planifiant ses journées, refusant les spectacles et les invitations, se gardant des avenues du désir et de l'amour. L'émotion viendra vous surpendre dans votre chambre, dans votre lit. Tel rêve vous tordra d'angoisse au milieu de la nuit. Il n'y a pas de parade définitive. Même le bon Kant fut détourné de sa promenade quotidienne par l'annonce de la Révolution française. Le bon sens commande que l'on accepte de se coltiner avec l'émotion.

Mais au fond, que craint-on ? D'être débousssolé, perdu, égaré dans un monde sans repères, débordé par les affects, humilié par cet "autre", qui semble venir du dehors, et qui, plus vraisemblablement, vient du dedans. Tout ce qu'on avait si soigneusement balisé, refoulé, clivé, forclos dans les profondeurs de l'inconscient, et qui, faisant retour, met le sujet à la torture, lui révèle la caducité, la faiblesse de ses mécanismes de défense, la vanité présompueuse de sa raison. "La folle du logis" se révolte, déchire son tablier, arrache ses gants de velours, vous crache au visage. Et c'est la débandade. 

Et c'est une occasion merveilleuse d'apprendre quelque chose sur soi, de se mettre à jour, d'écouter humblement une parole oubliée, de lui rendre droit de cité, de la faire parler. Non de se soumettre aveuglément aux transports émotionnels, mais d'en extraire la leçon et de réviser son jugement.

Que serait une raison qui ne veut rien savoir de l'émotion ? Ecartons le corps, écartons les émotions, la thymie, les sentiments, les images et les passions, et pourquoi pas le monde, la nature, et quoi encore ? Raison pure, raison folle, et d'autant plus folle qu'elle ne veut rien entendre de la folie qui l'habite !

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14 septembre 2016

DE L' HUMEUR

 

Penser à partir du corps. Mais qu'est ce qu'un corps, si par corps nous désignons commodément et superficiellement le conglomérat confus d'une multitudes de corps entassés les uns sur les autres, reliès à la petite semaine, emboîtés tant bien que mal, raccordés et ficelés de bric et de broc, tantôt joints et marchant du même mouvement, tantôt désunis, chacun s'échinant à suivre sa propre pente. C'est ce qui se passe dans la maladie : on sent l'ensemble se désaccorder, on s'obnubile sur l'organe récalcitrant, on le somme de se plier à la loi commune, on l'arraisonne à coups de médicaments, on le redresse, on le corrige - dans les deux sens du mot - et au lieu d'écouter sa douleur on le matraite plus encore. Etrange république corporelle, on ne sait qui commande au juste, les commandements se contestent les uns les autres, des séditions éclatent, des rivalités inapparentes se font jour, des conflits larvés, des orages et des tempêtes, des alliances soudaines et imprévisibles viennent dérégler les fonctions - par exemple la respiration, qui de souple et inaudible, soudain devient cracheteuse et caccochyme, sans qu'il soit possible d'y remédier par la conscience - ou la digestion qui grogne et rogne, alors que rien, a priori, ne justifie cette soudaine mutinuerie.

Affligé comme je suis d'une thymie capricieuse, versatile, indocile, je me demande souvent ce qui dans ce décours boîteux relève du psychisme - des affects, des images, des idées, des circonstances ordinaires et imprévues de la vie, bref de la représentation - et ce qui relève du corps, compris comme organisation hétéroclite des fonctions, et plus particulièrement du cerveau, car enfin le cerveau c'est du corps, matière blanche, matière grise, neurones, synapses, enchevêtrement inextricable de systèmes neuronaux : qu'est ce qui détermine l'humeur ? Il est fâcheux de voir qu'elle semble suive une logique indépendante des circonstances de la vie, que la joie légitime qu'on peut retirer d'activités sensés et intéressantes est sans effet contre la tristesse ou l'ennui. Que la joie apparaît quand tout est noir et la tristesse quand tout est rose. C'est évidemment absurde, surtout que la tristesse peut survenir tout au aussi bien quand tout est noir. On dirait une ligne autonome, qui se déroule hors de toute considération de réalité matérielle et psychique, autosuffisante, ne relevant que de soi, parfaitement indifférente aux événements. Et dès lors imprévisible, incompréhensible, ingérable, image parfaite de l'absurde.

C'est l'humeur qui fait la qualité, positive ou négative, de la vie. Certains croient que la richesse, ou l'amour, ou la gloire rendent heureux. Mais celui qui est affligé d'une thymie mélancolique expérimente la vanité de ces recettes. Je suis riche, tant mieux, mais cela ne changera rien à l'humeur. Certains, pauvres, défavorisés, scrofuleux et pituitiques, on les croit malheureux, on les plaint, on a tort : dans l'indigence même ils sont heureux. L'humeur est souveraine, et tout les reste vient après. Si l'on savait comment soigner l'humeur on ferait un pas décisif dans le sens du bonheur public. 

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13 septembre 2016

CONDITIONS CORPORELLES

 

L'éducation vise à doter le sujet d'une capacité de penser relativement autonome à l'égard des affects corporels et émotionnels. Je dis relativement car il est manifeste que cette autonomie est très partielle. Considérant ma propre idiosyncrasie je vois qu'il me faut une quantité impressionnnate de conditions favorables pour pouvoir exercer pleinement mes facultés créatrices : un bon sommeil, une bonne digestion, une aération préalable - je marche toujours un peu avant de m'installer à mon bureau - du silence, une ambiance paisible et détendue autour de moi, une température modérée - la chaleur m'oppresse et me stérilise - une pièce écartée, à l'abri des incommodités du monde, de l'agitation et des rumeurs, sans compter les conditions internes, un peu d'angoisse mais pas trop, de la stimulation intellectuelle mais pas trop, et de la liberté, encore de la liberté. Je n'écris pour personne et cela me serait un calvaire de devoir remplir un contrat, d'écrire sur commande par exemple, et je préfèrerais encore m'abstenir que de pondre à la semaine. Je ne puis écrire que "du jour à la journée", improvisant, baguenaudant et vaticinant, sans plan, sans projet, sans but, à la fortune du pot. A chaque jour sa potée, sa fricassée, sa poivronnade, sans souci du hier et du demain. Cela, ce m'est joie, et tout autre plan, foireux. J'ai renoncé à faire un livre, qui me demanderait un investissement de longue haleine, un souci de planification, une organisation temporelle, en un mot un "travail", tripalium, triple pal de fatigue, de souci et de forçage. De cela jamais plus. 

La vertu de la retraite c'est une belle et douce oisiveté. Tout autre projet est insensé. J'en vois qui courent à perdre haleine, croyant qu'il faille justifier à tout prix le temps dont ils disposent, qu'ils vont gâchant, gâtant et gauchissant à mille préoccupations "utiles" - ne vivant que de se soutenir du désir supposé d'un Autre, qui ne demande rien et qui se moque bien de leurs scrupules. Hé quoi, si l'on ne vit aujourd'hui quand donc vivra-t-on ?

Il est plus difficile qu'il n'y paraît de s'autoriser de soi-même, rien que de soi-même. Et chacun va cherchant des justifications, des causes à défendre, des oeuvres à accomplir, répandant autour de soi les miasmes morbides de la moraline.

Vivre, ne serait donc que peu de chose, la plus pitoyable entreprise, la plus fumeuse et la plus dérisoire, qu'il faille à tout prix la rehausser de quelque Idéal plus noble, plus désintéressé, plus sublime ?  Craignons que le sublime ne nous ramène vertement aux conditions de la réalité la plus prosaïque. Qui monte trop haut tombe d'autant plus bas.

Je m'essaie à cohabiter plus humblement avec mon corps, mieux, je m'essaie à penser à partir de mes états intérieurs, méfiant à l'égard de tout ce qui plane et flotte dans l'espace désincarné de la théorie. Les théories sont belles peut-être, mais de pouvoir s'en passer, après s'en être servi le temps qu'il fallait, voilà vraisemblablement le gage de la liberté conquise.