LE JARDIN PHILOSOPHE

Recherche et pratique de la philosophie comme thérapie existentielle et de la poésie comme création dans l'ordre du langage

13 novembre 2009

MYTHOS : du sens originaire de la Vérité

On aurait grand tort de négliger le MYTHOS, cette forme dite archaïque de pensée, telle qu'elle nous est accessible dans les textes d'Homère, d'Hésiode ou de Sappho, chez qui résonne encore la voix des anciennes paroles divines, et dans la tragédie, toute pétrie de récits mythiques. Il est trop facile de sourire de ces constructions mentales irrationnelles, embrouillées et répétitives en quoi se délectaient les hommes de l'âge de bronze. La tradition philosophique oppose résolument LOGOS à MYTHOS, et prétend de Logos seul tirer l'essence de la philosophie naissante. C'est un discours convenu et facile qui fait démarrer la pensée proprement dite avec Thalès et Anaximandre, rejetant toutes les conceptions antérieures dans les ténèbres du Tartare philosophique. On dirait, à suivre cette tradition universitaire unaniment consacrée, que la philosophie tombe pour ainsi dire du ciel, à moins qu'elle ne se soit extraite, comme Athéna florissante de force et de beauté, de la cuisse ou de la tête de Zeus! Processus éminemment idéaliste, qui fait sans vergogne l'impasse sur le fond(s) originel et originaire de la culture grecque, laquelle s'exprime  avec une vigueur troublante dans le foisonnement du mythe.

C'est oublier surtout qu'avant de désigner ce que nous appelons avec une certaine condescendance le "mythe" et la "mythologie" ce terme de MYTHOS signifie originellement : parole, discours, récit. Aucun doute que pour les poètes qui le nomment et le fixent dans leurs récits, MYTHOS est l'expression de la Vérité : ALETHEIA. La fonction du poète est fondatrice, c'est lui qui connaît la geste divine, les origines et les tables de transmission, c'est lui qui nomme, et en nommant il confère à nouveau l'existence, la présentifie et la justifie à l'infini. Nommer c'est recréer, faire voir, assigner souverainement les places et les fonctions, les rôles et les lots, comme fit Zeus jadis, en ces temps fabuleux de la constitution d'un Kosmos ordonné. Le poète est le gardien de la vérité, le maître de vérité. Ce qu'il dit fait autorité, fonde et refonde sans trêve l'ordre sensé du monde, le catalogue des dieux et des monstres, des génies et des héros. En lui la culture se régénère à l'infini, comme nous ponvons l'induire de la transmission séculaire et fidèle des récits fondateurs. A l'époque classique encore, il faut le rappeler avec force, tout jeune Grec est initié à la parole d'Homère, connaît les exploits d'Achille "aux pieds légers", les ruses d'Ulysse l'industrieux, les charmes irrésistibles d'Aphrodite et le pouvoir olympien des dieux. Cet univers n'est nullement détruit dans les spéculations philosophiques des Héraclite, Empédocle, Pindare, Pythagore ; et chez Platon encore nous sentons vibrer la corde traditionnelle, jusque dans les théorisations les plus "rationnelles". J'estime qu'on ne peut rien saisir de l'esprit de la Grèce si l'on se cantonne dans les écrits tardifs des philosophes. Ce serait là une plante sans racine. La racine, l'inépuisable, la nécessaire, la fécondante est dans MYTHOS.

Ce que je retiens, quant à moi, de mes lectures, fort incomplètes par ailleurs, des anciens poètes et sages de la Grèce archaïque c'est le sens extrêmement aigu du tragique. La belle culture classique plus tardive s'édifie en fait sur un fond de terreur, d'épouvante et de démesure dont les accents les plus cuisants sont perceptibles à chaque page d'Hésiode. A vrai dire, chez Homère, malgré la sauvagerie et la cruauté invraisemblable des affrontements guerriers, on sent poindre une sorte de pacification : les dieux sont capricieux, volages, adultères, jaloux et querelleurs à l'envi ; les hommes se comportent presque tous comme des sauvages, mais de-ci de-là apparaît une douceur, une harmonie, une sorte de trêve printanière, et partout la grâce de l'inspiration, l'extrême délicatesse de l'expression et du rythme. Ces belles pages d'humanité font entrevoir une beauté et un équilibre merveilleux. Déjà Homère, et surtout celui de l'Odyssée, se range sous les auspices du dieu Apollon, qui d'un Archer mortifère et frénétique se mue progressivement en dieu de la Musique. Le doux chant des Muses ne se cantonne pas seulement à évoquer la gloire immortelle des Héros, mais aussi la douceur du foyer, l'amour de l'épouse pour Hector qui va mourir au combat, le deuil d'un vieux père privé de son fils, et partout la belle nature, le caractère "divin" des éléments, le foisonnement de la vie animale et instinctive sous le regard de l'"Aurore aiux doigts de rose". Et quelle beauté dans l'évocation du royaume paisible d'Alkinoos, de la jouvence enamourée de Naisicâa, et dans les amours turbulentes des dieux et des déesses! Hölderlin avait raison : l'art d'Homère n'est plus exclusivement "oriental" et "aorgique" : le fond primitif s'estompe progressivement, se sublime dans l'art de la "présentation appolinienne". D'une certaine manière, et contre l'évidence historique, Homère est philosophiquement et poétiquement plus tardif qu'Hésiode.

Pour saisir, tenter de saisir la vérité du Mythos fondamental c'est Hésiode qu'il faut lire. Et c'est très difficile tant nous sommes, nous modernes, conditionnés par les exigences d'une logique binaire, d'une rationalité "cartésienne", au point de méconnaître et de rater l'essentiel. En fait c'est en poète plus qu'en philosophe qu'il faut lire Hésiode. Et retrouver dans notre propre inconscient les traces d'un âge qui fut, et qui, pour chaque homme venant au jour, ne cesse de refleurir dans les limbes convulsives de sa psyché.

C'est l'Erèbe, la Ténèbre première qui fonde le monde. Toute culture s'édifie, et dans le monde grec c'est d'une évidence aveuglante, sur les glacis de la Grande Nuit, s'extirpe laborieusement de la béance première, de la barbarie et de la violence pour s'édifier pierre à pierre dans le temple des dieux et dans le Dict du poète. De Mythos c'est cela qu'il faut tenter de comprendre.

11 novembre 2009

De la PUISSANCE d' APHRODITE : lecture d' HESIODE

Aphrodite a décidé de connaître le désir et l'amour d'un mortel (Anchise). Elle se prépare au grand jeu de la séduction. Voici le texte des Hymnes homériques, attribué à Hésiode. (vers 56 à 74, Traduction de  Jean Louis Backès légèrement modifiée, Folio). Joli morceau d'anthologie païenne:

"Un désir effroyable la saisit au plus profond

Elle alla à Chypre, elle entra dans son temple où brûlent les parfums,

A Paphos (elle y a un autel parfumé, un lieu fermé).

Elle ferma les portes qui brillent et les Grâces la baignèrent

La frottèrent d'une huile divine, l'huile des dieux immortels

Huile douce, huile d'ambroisie, huile parfumée.

Elle revêtit son corps de tous les beaux habits qu'il faut,

Elle mit des parures d'or, l'Aphrodite au sourire,

Et, délaissant Chypre la parfumée, elle vola vers Troie

Passant à toute allure là-haut au milieu des nuages."

      Et puis voici la suite, qui nous éclaire sur la puissance sempiternelle de la déesse :

"Elle parvint à l'Ida, mère des bêtes, où jaillissent les sources

Elle traversa les montagnes pour aller à l'étable. Avec elle

Se frottant à elle, marchaient des loups gris, des lions aux yeux clairs

Des ours, des panthères agiles, qui dévorent les chevreuils.

Elle les regardait, son coeur était plein de joie.

Elle jetait en eux le désir, et tous, deux par deux

Allaient faire l'amour dans les ravines pleines d'ombres."

     C'est Aphrodite qui introduit un ordre dans le chaos universel, unissant les êtres par couple de même espèce. Cette donnée est essentielle : un principe de reconnaissance du semblable/dissemblable de même espèce commande le jeu de l'amour et de la reproduction, évitant à la nature de s'égarer dans une effroyable orgie, source de monstruosité génétique, et surtout, de reproduire l'âge funeste  de la confusion universelle, évoqué dans les mythes d'origine, aux premiers temps de la Théogonie (et de la Cosmologie). Aphorodite est le principe régulateur de la génération, première loi "scientifique" qui ordonne le monde des vivants, et qui s'appliquera aux hommes comme aux animaux.

  Deux réserves sont à considérer : si le texte semble poser l'hétérosexualité comme une norme biologique nous savons aussi (Sappho, Platon et bien d'autres) qu'Aphrodite inspire tout aussi bien des amours "homosexuelles". Peut être ce mot ne convient-il pas très bien pour qualifier cet aspect bien connu-méconnu de l'Eros grec. Aphrodite fascine, sans distinction de genre, inspire les poètes et les amants - songeons ici au Phèdre de Platon - dans une "mania", une sorte de délire apparenté au délire prophétique, initiatique, dionysiaque et poétique. Le désir culbute la distinction des genres, mais non des espèces. En fait c'est la convention sociale qui règlera le jeu de l'amour, autorisant les relations érotiques les plus diverses,(homophilie, pédérastie, prostitution profane et sacrée, orgies dionysiaques etc) mais se révélant intraitable quant à la transmission du patrimoine dans le mariage. L'usage du sexe ne fait scandale que dans la mesure où il compromet la transmisssion des biens : enfants, domaine, pouvoir, fonctions sociales. Il en résultait une libéralité sexuelle que nous avons peine à concevoir, mêlée à un respect de la limite matrimoniale tout aussi difficile à concevoir. Le foyer est sacré, mais la plus grande tolérance s'observe par ailleurs, il est vrai surtout pour les hommes, là où les épouses sont relativement cloîtrées dans le gynécée.

Deuxième problème : comment expliquer ces fréquents rapports sexuels entre dieux et mortelles (Zeus est un sacré coureur!) mais aussi, comme ici, entre une déesse et un mortel? Clal semble en contradiction flagrante avec ce "partage" interminablment martelé qui sépare les deux catégories, et interdit expressément aux Mortels de rivaliser avec les Immortels - voir le destin funeste de Prométhée, Icare etc ?  Aphrodite elle-même brouille les cartes, mais recommandera fermement à son amant d'un soir, dans la fin du poème,  à taire à jamais cette aventure. Les dieux peuvent se permettre ce qui est interdit aux humains, et d'ailleurs ne s'en privent pas! Mais on peut conjecturer une autre explication : selon Pindare, s'il est bien entendu que les Mortels et les Immortels ne sont pas sur le même plan, à jamais inégaux, ils "sont nés de la même mère". Relation inégalitaire et asymétrique, mais relation dans un même Kosmos. Jeu de miroir infiniment subtil où les uns renvoient aux autres une image à la fois semblable et inversée.

Les poèmes homériques ne cessent de clamer la puissance d'Aphrodite:

"Voici quelle est, depuis toujours, la part qui lui revient

Son lot chez les hommes et les Immortels :

Les voix chuchotées des filles, le sourire et et les mensonges,

Et la très douce volupté, et les amours et les délices".

   Même puissance, et sur les dieux et sur les hommes. Les dieux sont infiniment vulnérables aux blessures du désir. Et Quand Eros apparaît dès le début, au vers 120 de la Théogonie, il est dit ceci :

"Et voici Eros le plus beau des dieux immortels

Il brise le coeur de tous les dieux, de tous les hommes

Il est plus fort que la pensée du coeur, que la sagesse des desseins".

    Comment être plus clair? Dans l'image d'Aphrodite les Grecs ont scupté plus qu'une simple déesse parmi d'autres. Ils ont saisi l'essence du Désir, dans la sexualité, la libido, l'amour et la Philia, et le Vouloir-Vivre universel,  l'éternisant dans la fulguration indicible de la Beauté.

    

Douce

09 novembre 2009

De la NAISSANCE d'APHRODITE , d'après HESIODE

Aphrodite vient de "aphros" l'écume. Et de fait, selon Hésiode, dans la Théogonie, Aphrodite est bien née de l'écume, ou mieux encore, du sperme blanc-écumeux de son père, selon une alchimie plutôt barbare qui peut nous laisser songeurs.

Lassée de l'interminable coït que lui impose Ouranos (Ciel), Gaîa(Terre) fomente une ruse macabre avec son fils, le divin Kronos, lui remet entre les mains "la serpe aux crocs durs" pour castrer le père, et jeter les testicules "dans la mer aux fortes vagues".  Voici la suite : (Vers 190 à 206, avec une légère suppression)

"La mer les transporta longtemps et une écume

Blanche se répandit de cette chair immortelle.

Une fille en naquit, et tout d'abord vers Cythère l'inspirée

Elle vogua. Puis elle aborda à Chypre qu'entourent les flots.

Elle sortit de l'eau, belle et pudique déesse, et l'herbe

Poussait sous ses pieds délicats. On l'appelle Aphrodite

Déesse de l'écume, Cythérée joliment couronnée.

Aphrodite, chez les dieux et les hommes, née de l'écume.

Eros fut son compagnon et le beau désir la suivit

Dés sa naissance et quand elle monta chez les dieux.

De toujours voici son lot, et chez les hommes

Et les dieux immortels : les voix chuchotées

Sourires et mensonges des filles, et la très douce

Volupté, et les amours et les délices".

     Aphrodite est fille de l'écume '"aphros" - directement si l'on peut dire, sans passer par le ventre de la femme, du sperme répandu, volé par la castration. Ecumeuse Aphrodite, et si belle, si fraîche, si "pudique"! eE le gazon fleurit à son approche, et le printemps naît enfin de la sombre terre! N'est-elle pas la joie des dieux immortels, et des hommes, ces mortels que guette l'implacable destin! "Volupté, amours, délices, mais aussi ruses, mensonges et faux sourires "sont le partage de la déesse, et de ses infatigables amants.

    Comment ne pas songer à la duplicité que Sappho attribue à la déesse, l'immortelle beauté et félicité, mais aussi la cruelle, fourbisseuse de ruses toujours nouvelles, et à ce diable d'Eros, dia-bolon et daïmon tout ensemble, son égrillard et facétieux compagnon de toujours? Sappho ne se lassera pas de nous conter, tout en souffrant mille voluptés et mille morts, les heurs et malheurs de son "coeur" harcelé d'un désir sans cesse renaissant!

    Botticelli célèbrera dans la splendeur absolue la naissance de Vénus, érigée, superbe et nue, dans une coquille marine. L'écume est en quelque sorte réléguée dans les profondeurs, et comment faire autrement au siècle de la souveraineté papale? Mais le symbolisme demeure intact. Et le visage gracieux et joliment nostalgique de cette Parthénos, et sa chevelure répandue ne cesseront jamais de hanter notre imaginaire. On peut préférer cette Aphrodite un peu mélancolique à Mona Lisa. Quant à moi je partage l'engouement de la jeune fille grecque, se mirant en rajustant  sa robe aux regards de son amant embué de plaisir, et se disant en toute inoccence : "Je suis Aphrodite". Pour ses amantes, et pour elle-même possédée d'amour Sappho devait se dire : ' "Tu es Aphrodite, je suis Aphrodite, nous nous aimons en Aphrodite!".

     Rêvons un peu. Dans le Jardin des Amis philosophes, mais des poètes tout aussi bien, pourquoi, au centre de la place ombragée de pommiers et de figuiers, sous le soleil d'Apollon, ne pas aménager un espace de joli gazon, avec autour quelques roses? Gageons que la déesse, invisible mais présente, et jouant dans la lumière, nous inspire de sublimes odes, et d'autes jeux encore qui ne sauraient se parfaire qu'à l'ombre des pommiers en fleur!

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PS : Quelques remarques : d'abord la filiation directement paternelle, et d'un père "primitif" pour parler comme Freud! Plus encore, une origine explicitement spermatique, sans aucun mélange, ni participation d'une quelconque ovulation et nidification maternelles. Aphrodite est marquée du sceau indéniable du Phallus. Un phallus imaginaire, suis-je tenté de dire. Fille-phallus, mais déesse éminemment féminine dans son aspect, sa stature, sa forme, sa splendeur, son regard, et dans les séductions et les captations de sa conduite ( ruses, sourires, mais aussi malignité et caprice de déssse, de "star" si l'on veut. Une longue lignée de figures féminines s'en suivra, de Lucrèce, Ronsard, Nerval jusqu'au cinéma moderne. Liaison quasi nécésaiire du narcissisme et du phallus inconscient, et variation jungienne sur le thème de l'Anima, fantasmée par les hommes bien sûr, mais par les femmes tout aussi bien.

Autre point : le mythe désigne clairement l'origine marine de la sexualité. Ecume de la surface, mais aussi profondeurs insondables des abysses. On sait que le psychanalyste Ferenczi écrira une "Thalassa" (la mer en grec) sur les origines phylogénétiques de la sexualité animale, et sur ses avatars dans l'humanité. Pour un Français la mer est immédiatement la mère. On peut donc penser aussi que la vraie mère d'Aphrodite soit cette "Thalassa" qui la porta quelque temps, mais en pure surface, selon un mécanisme typique de dénégation du féminin et du maternel. Rappelons en outre que Zeus concevra également des déesses en les extirpant de sa cuisse ("la cuisse de Jupiter") ou plus expéditivement encore de son crâne, comme Athéna!

Quoi qu'il en soit Aphrodite symbolisera à jamais le désir, l'essence sexuelle du désir, conjugués à la Beauté, selon une nécessité logique indépassable.

Si, à en croire Lacan, "La Femme" n'existe pas, il ne fait aucun doute qu'Aphrodite existe, et qu'elle est l'Immortelle.

05 novembre 2009

ALETHEIA : de la VERITE

Heidegger interprète ALETHEIA comme dévoilement. Oubli de l'Etre, et pressentiment de l'Etre à travers les voiles de l'étant. Je dirais plutôt : oubli du Chaos, dans nos confortables représentations, nos images, nos conventions et nos "soucis". A-lètheia c'est la fulguration, dans l'expérience de la brèche, d'une non-représentativité de fonds, d'une énigme impensable. L'Apeiron à l'arriére-plan, qui soudain fait irruption dans l'intuition que toute présence se donne à voir et à penser sur fond de chaos.

Cette intuition est commune à bien des penseurs qui la nomment comme ils peuvent, mais ont l'intelligence de ne pas s'illusionner sur la valeur de cette dénomination. Ainsi Schopenhauer qui nomme le VOULOIR-VIVRE, mais reconnaît dans le même temps que la nature de cette énergie lui reste impénétrable. Montaigne faisait remarquer plaisamment qu'il est fort douteux que Platon ait cru à ses Idées, Pythagore à ses Nombres et Démocrite à ses Atomes. Ce ne sont là que nobles farcissures nominales, qui ne renvoient en somme qu'à notre inaptitude à la connaissance vraie. Reste que l'évidence vécue du non-savoir fondamental est une expérience décisive, et fondatrice. Selon moi, c'est à cela que se reconnaît le philosophe, et le poète.

Marcel Conche dit plus simplement : "il y a". Quoi que l'on puisse sentir et penser, et dans le doute radical, et dans la présence incertaine des choses, quoi que l'on fasse : il y a. Il y a des arbres et des rivières, et que l'on croit ou non en l'existence réelle de ces choses, que les arbres ne sont peut-être que des images ou des illusions, peu importe : il y a. Je ne peux dire ce qu'il y a, je ne sais rien de la nature des choses, mais il y a. C'est le fonds obcur, insondable, l'inépuisable donation, que je l'appelle comme on voudra. Le plus simple, encore, est de faire comme les Grecs, et de dire : physis, "ce qui naît et croît, et meurt et se renouvelle interminablement." A condition de ne pas recommencer le travail de reconceptualisation, de réification intellectuelle, et de s'imaginer que nos savoirs rendent compte le moins du monde de la cette "physis". Pour notre intellect Physis reste, et doit rester, le Chaos, non comme "désordre" mais comme fonds originaire, source absolue.

En quoi le vers 116 de la Théogonie d'Hésiode est indépassable : "Or donc à l'origine exista Chaos" - et de là tous les éléments, et tous les dieux. Mais en toute rigueur le poème pourrait s'arrêter à l'évocation de l'indéfinisabble Chaos.

A-LETHEIA c'est le dévoilement, dans la limite assumée de toute parole, de ce que "il y a", réel pur. Le reste est littérature.

03 novembre 2009

TABEAU des ACTIVITES PHILOSOPHIQUES de novembre

mardi 3 nov : Cours à l'UTLA, Amphi 2 de Lettres, 15h30

jeudi 5 nov : ATELIER PHILO du LAU : cafeteria, 18h30

jeudi 12 nov : CAFE PHILO du Grand ZINC : 18h45

mardi 17 nov : Cours  à l'UTLA , Amphi 2 de Lettres, 15h30

Voir les précisions et les explications plus loin.

COURS a l'UTLA : GRANDES FIGURES de la SAGESSE ANTIQUE

Démarrage du COURS BIMENSUEL à l'Universite du Temps Libre des Pays de l'Adour (UTLA) : deux mardi par mois de 15h30à 17 h. Amphi 2 de lettres, Université de Pau

Première séance le mardi  3 novembre : Thème : Introduction Générale : Sagesse et philosophie dans la  Grèce antique.

Deuxième séance mardi 17 novembre. THEME directeur : Le fond mythique : MYTHOS et LOGOS

Séances suivantes du premier trimestre : 8 dec, 15 dec, 5 jan et 12 janvier

Ces cours-ateliers sont ouverts à tous.  Il faut avoir réglé la cotisation pour l'année, qui donne droit à toutes les activités de l'Université du Temps Libre.

Je précise que ce cours n'exige aucune formation particulière. Je veux donner le goût de la libre philosophie plutôt que de mettre l'accent sur un savoir universitaire. Mais la connaissance donne des modèles et des outils de réflexion précieux. Faire découvrir ou redécouvrir ces génies de la pensée est une entreprise hardie, difficile mais exaltante. Je compte sur la noble disposition des auditeurs, qui seront rapidement, je l'espère, des participants actifs, et, peut-être, d'authentiques philosophes.

Mon projet est de faire un parcours, forcément sélectif et incomplet, dans la philosophie naissante, pour éclairer les commencements et tracer quelques chemins de pensée. Le programme n'est pas fixé en toute rigueur, pour le moment. Je veux sentir le public, ses attentes et ses motivations profondes pour préciser ma démarche, qui est celle, également, des personnes présentes.

LES JEUDI PHILO de PAU : novembre

ATELIER PHILO   : Premier jeudi du mois - 5 novembre - à la MJC du LAU, 81 avenue du Loup, cafétéria, de 18h30 à 20h30.

     Cycle de l'année : " Philosophie de la vie psychique"

     Thème de la séance : " L'inconscient nous parle-t-il?"

      Activité gratuite, mais l'inscription à la MJC (8 euros pour l'année) est demandée.

      Une séance d'essai est offerte sans condition.

CAFE PHILO : Deuxième jeudi du mois: 12 novembre, Au GRAND ZINC, caveau, 20 rue Marca à 18h45, précises

      Sujet proposé et voté par les participants.

      Sujet de la séance dernière : " Comment sauvegarder notre intimité menacée?".

Ce rythme de deux séances, la première pour l'atelier, la seconde pour le café, est en principe valable pour l'année scolaire entière.

31 octobre 2009

ETHIQUE de la BRECHE : du nomadisme existentiel

Comment vivre dans la brèche?

Cette expérience-là est decisive. Pas moyen de revenir en arrière, sauf à se déjuger de tout. A se mépriser. A se haïr définitivement. Posture solaire. Et solitude sans consolation.

La brèche, c'est ce savoir irréfutable, irrévocable qu'il n'est aucun remède. Savoir tragique.

Comment le dire, le signifier sans grandiloquence, sans apprêt, en toute simplicité? Les dieux sont morts, la connaissance est impossible, l'espoir fallacieux, l'illusion funeste. A-lètheia : dévoilement de la caducité, de la non-réconciliation, du délaissement, de la vacuité.

Contrairement à ce qui se dit même la mort n'est pas un retour. Dispersion plutôt. Ulysse ne rentre pas à Ithaque.

La religion offre trop tard ses fastes. L'idéologie est croupissante et nauséeuse. De toute part le réel échappe à la prise.

Soleil de midi, mais dans l'extrême angoisse : angoisse féconde et inféconde, à la fois. Féconde dans le sens où les psychiatres parlent de "moment fécond" au départ de la psychose. Et de fait, homis le suicide, la psychose est LA réponse, souvent définitive, dans l'obturation sans appel de la question.

Seconde réponse possible, fort banale au demeurant : le cortège plus ou moins pitoyable des symptômes dans la consumation névrotique. Recouvrement pathologique par accumulation et répétition, colmatage ordinaire de l'angoisse. Cela n'empêche pas d'exister, comme le remarque Freud, mais dans une certaine dénégation, confortable en somme, mais si difficile à éviter!

Reste la position borderline, ce frôlement périlleux de la limite, en deux variantes possibles : pathologique, et libertaire. Soyons, à notre manière, un borderline-philosophe! Nous passerons pour fous chez quelques autres (et encore, certains y verront je ne sais quel charme sulfureux!) mais tout à fait sensés pour nous mêmes, d'un sens il est vrai fort peu conventionnel.

Il est vain, et dangereux, de cultiver l'angoisse. Mais il faut y passer. Dans le meilleur des cas, noius épargnant les fausses assignations de la névrose, elle nous ouvrira à la pleine vision de la vacuité. Se tenir sous ce soleil-là requiert beaucoup de courage et de constance. C'est le sens trop galvaudé et obscurci de ce que les Grecs appelaient la Sophia, et que j'hésite, à juste titre, à rendre par "sagesse".

30 octobre 2009

ECLAIRCIE : poèmes orphiques

                I

A nous de nous tenir dans l'éclaircie

Du vide. Apre vertu

Vertu du coeur.

                    II

Très loin de quelque dieu qui nous fourbît

Armes et parangons, tenons fière stature

De n'être que nous-mêmes. Nous saurons

Vivre de rien et mourir insoumis.

                      III

Les hommes sont comme feuilles

Le temps immense fait la roue

Il faut vivre debout!

29 octobre 2009

De l'ANGOISSEMENT, et de la LIBERTE PSYCHIQUE

Le symptôme, c'est ce qui protège de l'angoisse. Vient un moment, parfois, où les enbesognements du symptôme cédent, et c'est le hiatus. Par cette brêche l'angoisse fait retour. Mais j'aimerais, quant à moi, commettre un néologisme, plus expressif de l'expérience psychique : angoissement, plutôt qu'angoisse, signalant par là le mouvement d'envahissement, l'irréfutable montée des eaux dans une âme déboussolée.

D'aucuns déclarent que dans la psyché seule l'angoisse est expérience de vérité, moment de révélation trouble de la subjectivité, ordinairement occupée à tous les jeux du semblant et du paraître, y compris du paraître-pour soi, dans l'ordinaire mauvaise foi de ce qu'il est convenu d'appeler la vie. Mais quelle est donc le sens de cette "révélation", vécue comme malheur, voire comme honte dans celui qui en est saisi, rapté à son corps défendant?

On dit quelquefois que l'angoisse est la douleur du manque. Je ne le crois pas. Le manque est privation, éventuellemnt frustration. Du manque nous parvenons assez bien à nous accommoder, puisqu'aussi bien il est une constante indépassable de la vie psychique. Et la richesse, et l'abondance des biens de toute nature n' y changent rien de fondamental. Insatisfaction, si l'on veut, envie et jalousie, ressentiment et hargne soit, mais pas l'angoisse.

L'angoisse est ce signe qui marque la proximité extrême de l'objet du désir inconscient, le frôlement démonique du fantasme, pour une âme déboussolée. C'est de cela qu'à l'ordinaire nous ne voulons rien savoir. Ne pas voir, ne pas voir ça, ne pas savoir. Hé quoi, quel est donc ce terrible, cet effrayant démon? Et comment pourrions-nous le nommer, le signifier, lui dont nous ne savons que trop que nous ne voulons rien savoir?

Etrange savoir, en vérité, qui ne se constitue que de se nier, de s'effacer dans les ténèbres de la benoîte méconnaissance! In-su qui se sait en quelque sorte su de se refuser comme su. Simple dénégation chez les uns, déni massif chez les autres. Mais le déni a cet avantage exorbitant qu'il oblitère toute l'opération et enfonce ce su-nonsu dans les marécages de la forclusion. La paix psychique, et la mort du désir sont à ce prix.

Pourquoi l'extrême proximité de l'objet fait-elle vaciller le sujet? Crainte du "débordement pulsionnel" , voire de l'effondrement. Je ne parle pas des mille et un petits objets de nos ordinaires souhaits. Je parle du désir inconscient. Celui-là est bien incommode, dans ce registre du présent-absent, de l"innommé, de l'éternel renaissant.

Hypothèse : l' objet, insaisisabble jusque dans son flamboiement même, ne serait-il, en dernière analyse, que le trompe-l'oeil, le mirage, le masque bigarré d'un irréductible non-objet, d'une faille indépassable dans l'ordre du discours, d'une brêche structurelle, d'un manque si l'on veut, mais infiniment plus radical que tout manque assignable, "défaut" originaire du symbolique et du langage? De cela certains font Dieu, ou le Grand Autre, expectant quelque réconciliation ou réunification terminales, ici-bas ou ailleurs, religions, mythologies, idéologies, dans une concaténation signifiante qui abolirait et le désir et la mort?

Un soupçon : ce que nous appelons Dieu ne serait-ce qu'une diablerie du langage renvoyé à son essentielle et indépassable caducité? Hölderlin disait : "C'est le défaut de Dieu qui sauve". Le prix de cette liberté c'est l'angoisse du désir. Statut de l'"a-theos".

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