LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl

12 août 2017

LE DESIR ECARLATE : poésie

Recueil poétique (Guy Karl) : sur commande chez l'éditeur

 

                                                                                                

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10 août 2017

PUBLICATION PERSONNELLE : LE SYNDROME D'OSIRIS

L'HARMATTAN a mis en vente mon dernier ouvrage qui est dorénavant disponible chez les libraires de la ville ou par commande directe chez  L'Harmattan

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"LETTRES A MON ANALYSTE SUR LA DEPRESSION ET LA FIN D'ANALYSE : LE SYNDROME D'OSIRIS"

Comme le titre le dit clairement c'est un  ouvrage psychanalytique qui présente des lettres reéllement envoyées à mon analyste pendant deux ans environ au plus fort d'une exploration méthodique de la structure inconsciente archaïque. En cela je crois qu'il se différencie nettement d'autres travaux plus anciens qui donnaient des aperçus biographiques sur une tranche d'analyse. En effet, d'après ce que j'ai pu lire dans le domaine, et qui est assez considérable, les auteurs de tels écrits présentent généralement des témoignages portant sur ce que j'appelerai le niveau superficiel de l'analyse, celui des contenus névrotiques, génitaux et oedipiens, disons pour simplifier, le niveau freudo-lacanien, où domine l'analyse du signifiant, du symbolique et du fantasme (encore que ce dernier point ne soit pas souvent franchement abordé de front, en raison de sa charge explosive).  Les lecteurs de mon précédent ouvrage "lA PASSION   DU VIDE" édité en 2005 chez L'Harmattan, et plus encore de "PHILOSOPHIE DU BORDERLINE" édité ici dans le blog savent l'aventure psychique qui m'est arrivée dans les dernières années, et comprennent certainement la nature du déchirement qui m' a obligé à une autre approche analytique, infiniment plus profonde et dangereuse, dans ce que j'appelle l'inconscient archaïque, où dominent les angoisses schizoparanoïdes, les clivages et les contenus prépoedipiens.

Je dois à la vérité de dire que les analyses classiques (freudo-lacaniennes) ne m'ont en rien apporté de vrai soulagement psychique. Bien au contraire cette interminable cure s'est bel et bien "terminée", mais dans un effondrement dépressif. Je n'entends plus évoquer cette triste époque, dont les dernières vapeurs  intérieures ne sont pas encore totalement évaporées. C'est donc bien la nécessité pure qui m'a contraint à cette autre tranche, dont le plus évident résultat fut de me rendre à la vie, non sans difficulté, comme on verra, mais au moins de manière tangible. C'est déjà beaucoup quand on voit tant de déprimés se traîner dans une langueur mortelle, alors que j'arrive à nouveau à lire, écrire, communiquer, dormir, certes très imparfaitement encore, mais qu'importe : je suis vivant.

Ces lettres sont à lire pour ce qu'elles sont. Non pas un exercice littéraire ou savant, non pas comme un traité philosophique, ni un compendium de psychiatrie, mais comme un témoignage absolument sincère et authentique sur une exploration rare et peu communicable. Mais j'ai précisément fait le pari de la communication, me souvenant qu'en son temps Groddeck, dans " Le livre du ça", avait repoussé avec brio les limites jugées intangibles du langage pour faire sentir, voire, toucher les énigmes fondamentales de l'inconscient. Je me réclame de cet exemple, non pour imiter car ici l'imitation serait trahison du vrai, mais pour justifier a posteriori une entreprise dont le sens pourrait être faussé par les péréjugés et les curiosités perverses. Ici rien qui ne soit senti, vu, éprouvé, et dont l'effort linguistique, à la limite du vertige, tente de rendre fidèlement les aléas, les affres et les victoires.

C'était tout simplement pour moi une absolue nécessité d'écrire, de poursuivre dans le silence du bureau l'effort symbolique de la cure, surtout en des périodes où le langage même semblait devoir m'abandonner, au risque de l'aphasie et de l' asymbolie. C'est là que j'ai mesuré les limites d'une analyse du signifiant , précisément quand le signifiant se dérobe ou fait vacance, plongeant le sujet dans les affres absolus d'une angoisse inexprimable. Alors tout devient possible, et la révolution mentale, et l'effondrement définitif. C'est alors que le rôle du thérapeute est déterminant : ou il laisse le sujet patauger dans le marasme d'un silence et d'un délaissement sans recours, par son propre silence considéré comme une norme infrangible, ou bien il se risque dans une parole inventive, sans garantie, poétique, fantaisiste et créative (ce que André Green appelle très justement les processus tertiaires) pour donner au patient les mots et les symboles auxquels il pourra racrocher son indicible expérience, lui fournissanrt de la sorte une sorte de pont, de passerelle pour franchir l'angoisse, la terreur absolue, et ainsi articuler enfin quelques mots nouveaux, qui ne soient pas du semblant, du conventionnel et du social, mais qui relient dans la souffrance et la joie l'expérience indicible à quelques bribes fondamentales, qui feront bientôt des phrases. A partir de là on peut avancer, et reconstruire.

C'est dire enfin à quel risque extrême se heurte l'analyste qui accompagne une telle démarche, à quel courage surhumain, à quel esprit de libre recherche et d'ouverture il est requis. Il est si commode d'invoquer la sacrosainte règle de neutralité bienveillante. Ici elle n'est plus de mise, allons plus loin, elle risque fort d'être criminelle.

Vous pouvez commander cet ouvrage directement à L'Harmattan 16 rue des écoles Paris 75005

tel 01 40 46 79 20. Pour tout renseignement concernant L'Harmattan cliquez sur LIENS vous y avez directement accès. La commande peut se faire par mail.  Il existe également à Lille une librairie L'Harmattan, 35 rue Basse tel : 03 28 14 08 67  email : harmattan.lille@orange.fr.

Bonne lecture GK

06 août 2017

LA PASSION DU VIDE : chez L'HARMATTAN

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Ce livre est construit comme une pyramide à trois niveaux:

Premier niveau: Analyse très précise de la dépression vécue de l'intérieur. Par delà les symptômes, il s'agit de décrire aussi précisément que possible le vécu existentiel, le vivre quotidien, les sensations et sentiments de celui qui sombre peu à peu dans une sorte de blanc psychique. Et ce blanc est parcoru de fulgurances et de visions inaccessibles à l'état ordinaire de conscience. Il m'aura fallu toutes les ressources de la langue, notamment poétique, pour ce travail de perlaboration, à la limite de l'indicible.

Deuxième niveau: La question de la psychanalyse supposée traiter la dépression est ici examinée avec la plus grande précision, à partir de l'expérience analytique et du vécu existentiel. Je ne suis pas tendre pour la psychanalyse classique freudo-lacanienne, largement responsable, à mes yeux, de ce désastre. Encore faut-il chercher à comprendre pourquoi. Plusieurs pistes sont évoquées, qui devraient interpeller l'analyste et le patient. Si la pratique de la cure est de plus en plus inadaptée aux pathologies contemporaines il y va évidemment de graves erreurs théoriques, notamment dans l'approche des cas-limites narcissiques, et de manière plus générale dans la mécompréhension de l'inconscient archaïque.

Troisième niveau: L'auteur, en tant que philosophe est évidemment interrogé dans la conception même de la philosophie, notamment cartésienne, qui sous-estime totalement la dimension corporelle de l'être humain et ses conditionnements cérébraux et environnementaux. L'idéalisme classique a vécu. Mais le matérialisme lui aussi. L'auteur développe une vaste théorie d'inspiration pyrrhonienne sur l'immanence radicale de l'humain dans le cosmos, sur notre impuissance à penser le réel, sur l'indépassable de notre condition. L'enthousiasme, parfois, soulève la pensée comme une tornade. Le texte, jusque dans ses pages les plus graves est d'une implacable lucidité, allègre dans la désespérance, cruel dans la plus haute joie.
Ce texte est lisible par toute personne frottée d'un peu de culture, et ne présente pas d'obscurité particulière. J'ai pu mesurer dans la réaction de tel ou tel lecteur à quel point l'oeuvre touchait la sensibilité et faisait penser.  Guy Karl

J'ai présenté le livre dans trois lieux très différents :
- A la librairie "Le tour du monde" , salle pleine, échange vivant et intelligent avec le public, grâce à la collaboration de Patrice Eckert dans le rôle de lecteur, modérateur
- Au café-philo "Saint-Epvre" , mêmes remarques.
- Au Château de Brabois, grâce à l'invitation de France dépression Lorraine, devant plus de cent vingt personnes attentives et interrogatives. GK

Le livre peut se commander chez le libraire de votre choix, ou être directement commandé à L'Harmattan, 16 rue des écoles 75005 Paris (prix 23 euros)

04 août 2017

AUTOPORTRAIT : poésie 10 (nouvelle version)

 

 

                           AUTOPORTRAIT

 

                                                      Poésie 10

 

 

 

 

                      PRELUDE     

 

 

     Il fut le premier, le dieu

     A me déchirer les entrailles, quand vint

     L'heure de la parturition.

 

 

     Et depuis lors, de jour en jour,

     Se creuse la fêlure

     Que rien ne cicatrise, et que nul

     Savoir ne peut résoudre.

 

 

                   

              ESQUISSES d'AUTOPORTRAIT

 

Portrait du poète sur pied : il se tient debout, légèrement voûté, le regard à demi, tantôt errant à l’entour, sans rien fixer de particulier, tantôt comme replié, retourné vers l’intérieur, à se perdre dans l’illimité. Ici, il est d’ailleurs, jamais tout à fait ici, absenté peut-être, en quelque arrière-pays de mousse et de collines, à suivre le vol d’un vautour, ou à caresser du regard la courbe onduleuse d’un nuage. On le dit rêveur, mais il est pleinement celui qu’il est, quand le rêve lui-même est encore une occasion, une tentation de poétiser.             

Jusque dans le rêve la musique des mots le hante. Pour un peu, comme Schumann excédé par la mélodie qui le poursuit, il se jetterait quelque jour dans le Rhin, mais comment savoir ? Les eaux du fleuve aussi ont leur musique, insistante, imparable… Non, il n’est pas d’échappatoire possible, il faut cohabiter avec le démon, l’apprivoiser si possible, jouer avec lui, comme fit Héraclite, aux osselets,  à la porte du temple.

Le poète est un fou du langage, comme d’autres sont fous de Dieu, ou de la forme, ou du marbre. Folie de la beauté, sublime, éreintante folie.

Mais je veux le voir dans son ordinaire : rien ne le distingue des autres hommes, ni vêture, ni allure, pas même son parler. Le plus célèbre d’entre eux vécut trente-six ans dans une tour, presque sans sortir. Parfois, pour honorer un visiteur, ou pour s’en débarrasser à peu de frais, il griffonnait un rapide poème sur un bout de papier, qu’il signait d’un nom de fantaisie. Même le nom propre finit par se dissoudre sous le feu du langage. A la fin, tout à la fin, le poète n’est plus que poème. Et le reste perd alors toute importance.

                   

 

                             1

 

      Soixante-douze ans, déjà

      Les ans ont passé si vite, si vite

      C’est comme un rêve, intense dans le rêve,

      Et qui n’est plus qu’une ombre indistincte au réveil.

 

      Soixante-douze ans, déjà

      Et fou toujours, instinctuel et pulsionnel,

      A chercher le milieu extatique

      Cime des cimes, la sublime

      Combustion des contraires

      Eau et feu, ciel et terre !

 

     Très tôt

     Je fus happé

     Terres lointaines, îles inaccessibles

     Hélios est mon dieu personnel

     Dieu d’avant tous les dieux

     Bien réel

     Fou cosmique qui soulève la terre

     Dans son étreinte hyperbolique !

 

     J’ai quitté le nord pour le sud

     Au sud je suis homme du nord.

     Mais le centre est toujours ailleurs :

     Intérieur-extérieur

     En vain je le poursuis :

     C’est très simple : il est là où je suis.

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AUTOPORTRAIT II (de 2 à 6)

     
                              2

 

        Ingrate, fâcheuse vieillesse

        Qui de ses griffes d'hydre acerbe nous laboure !

        Si en petits morceaux le corps retourne à la poussière

        Puisse, d'élan viril, l'esprit qui piaffe et se rebiffe

        Tenir un temps le signe haut contre la mort

        Dire le vrai, l'impermanent, le nécessaire

        Avant de consentir à la rigueur du sort.

 

                               3

 

         La flèche de la vie court à la cible

         Manquer la mort est impossible

 

                                 4

 

J’abordais les eaux troubles de la quarantaine.

Ce jour-là, en marche vers le parc de la Pépinière, sans prévenir, ce fut un coup, un de ces coups qui vous hachent, un instant, si bref, une suspension, comme un hiatus dans la continuité du temps, éclair zébrant.

 

    Je me vis comme je ne m’étais jamais vu, mais était-ce encore moi, cette béance, pure béance, en négatif, comme un trou dans la rugosité de l’être.

        

                      

 

       En cet instant précis

       Je me vois très exactement

       Tel que je suis

 

        Tout nu

       Tout cru

       Sans fard, sans maquillage

       Sans miroir

       Sans image, ni de moi, ni d’un autre

       Sans nul qui me regarde ou admire ou désire

       Sans idée, sans désir, sans personne

       Sans passé ni futur,

       Sans rien. Il ne reste exactement

       - Plus rien.

 

       C’est une étrange chose

       Que de se surprendre soi-même en deçà du décor

       Coquille vide, absence inexprimable,

       Par où s’écoulent toutes les images,

       Ne reste alors

       Que la forme vide, la violence

       Du Temps.

       

         

 

                         5

 

         

 

          Rapidité

          Tout est dans la rapidité

          Quelques coups de crayon

          Et voici un arbre doré de fin d’été

          Un écureuil

          Un merle et sa merlesse,

          Rouges fleurs et buis d’ivoire

          L’éclat du jet d’eau coupant le ciel

          Des filles qui rient dans la lumière

 

 

                      Je me lave

                      Je me lave les yeux du coeur

                      Au ruisseau bleu du petit jour.

                    

 

                     

                             6

   

 

         Elle insiste, elle est chère

         Cette voix qui m’intime

         De chanter l’éphémère

  

 

        De chanter la splendeur

        La lumière égéenne

        l’ivresse et la couleur.

  

 

        Blanche la voile glisse

        La mer céruléenne

        Est l’épouse d’Ulysse.

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AUTOPORTRAIT III (7 à 15)

 

                        7

 

       Poète, où donc est ta mémoire ?

  

       Sur les charniers poussent des fleurs

        Nos souvenirs, et les pleurs de notre âme

       Arrosent doucement la terre,

      

       Et tout passe, tout passe, et même la souffrance,

       Mais il faut beaucoup de temps,

       Pour vivre de patience

 

 

                    8

 

 

       J’ai un trou dans la poitrine.

       Quand je me regarde dans le miroir je ne me reconnais pas. Ce que je vois ce n’est pas moi. Je vois une vieille chose toute étonnée, comme déchirée entre ce qui est et ce qui n’est pas.

       Deux moments vides, qui ne se rejoignent pas.

     Les choses ne sont pas à leur place. Les mots ne disent pas les choses. Tout passé dégorgé, tout avenir déqualifié. Le temps n’est plus que temps.

  

 

                         9

  

 

       Tout coule et glisse, et je suis là

       Je coule et je suis là

       Je n’y suis pas

       Je ne suis nulle part

       Pourtant je vis bien quelque part

       Dans un lieu qui n’existe pas

       Qui jamais n’exista.

  

 

                            10

  

 

        Jusqu’à l’extrême du plaisir  

        J’ai la pensée lucide et froide

        Acérée comme un couteau de chasse

        De l’inutilité

        De la précarité

        De la vanité, de la futilité

        De l’insondable inanité

        De l’incongruité de toute chose au monde

        Comme un rire qui me déchire

        Et me cadavérise.

  

 

                      11

    

 

        Une sourde mélancolie

        Envers nocturne, trou noir, abîme,

        Je suis habité de la tragique évidence

        Que le bonheur est un rêve d’eunuque

         Le savoir un cache-misère

         L’amour un dé pipé 

         La beauté, grain de peau, un appeau ;

         Mais le plus étrange

         C’est qu’avec tout cela il est possible de vivre

         Et ni mieux ni plus mal

         Comme vivent les sansonnets

         Avec un petit quelque chose en plus

         Sel de mer, sel de larmes

         Poinçon d’acidité.

  

 

                           12

 

 

        Détrempée, vert-anglais

        Fouaillée de soleil

        Oasis de lumière liquide

        La prairie s’ouvre comme une amante.

        Un peuple de moineaux

        Bivouaque et chante.

        Hélas, aimer la vie facile

        Les gens légers, la musique, le vent dans les cheveux !

        Qu’est-ce donc qui m’arrache à la vie

        Me tire obscurément dans l’entre-deux

        D’un temps qui monte et qui descend

        Et se déchire et se reprend ?

 

 

                         13

  

           Ce que nous sommes un dieu le sait peut-être

         Mais nous, de notre maigre savoir

         Nous faisons des palais de cristal, quand l’orage

         Arrache la toiture et les murs, et nous jette

         Au tourbillon poussiéreux des hasards.

                         

                         

                       14

 

  

          J’ai oublié ma langue maternelle

          Je suis né d’aujourd’hui

          Chaque matin je me réveille neuf,

          Et vierge, et disponible, et désireux,

          J’ouvre la porte au petit jour

          Je ne me souviens de rien

          Les mots me prennent par la main

          Je danse d’allégresse

          Je me ris du destin

  

 

                            15

 

         Je vois le monde dans la fumée de ma pipe

         Cela fait de belles volutes bleues et mordorées

         Il me semble que mon âme se colore de rose

         Les arbres de bleu clair

         Cela donne un petit air de Méditerranée

         Allègre, vif, matutinal

         J’hallucine les blanches voiles sur la mer ;

         Blanche et bleue, elle m’accueille, me sourit

         La patrie immortelle du cœur !

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AUTOPORTRAIT IV (16 à fin)

 

                                 16

  

 

        Je voudrais inventer des mots nouveaux

        Légers, comme des pas de danse

        Des mots, comme des roses

        A déposer sur le front de l’aimée

        Doux comme des baisers

        Des mots qui disent l’aventure

        Des mots comme des gouttes lisses

        Comme la gaze douce

        Comme l’embrun, la bruine et le parfum,

        O doux arôme, o l’insensible

        Ecoulement du temps, comme un nuage délicat

        Qui mauve dans le ciel s’évapore !

  

 

                                      17

        

 

       Le poème c’est du rythme

       Rien que du rythme

       Et ça danse, et ça tangue et ça claque

       Sur un pied, sur trois pieds, mille pieds !

 

 

       L’air est vif, le soleil batifole entre les arbres

       J’ai l’esprit clair, le corps sensitif

       Je feuillette quelques amis poètes

       Je grappille comme un merle

       Je ne réfléchis pas

       Je laisse venir à moi les mots et les images,

       Je fais un bouquet de tendres pensées,

       Et le coeur apaisé

       Je l’offre à toutes les déités

       De la mer, de l’air et de la terre !

 

                  

                   18        

  

         Nous dansons sur l’abîme…

 

          Ils sont à la périphérie du monde,

          Exilés, relégués, les dieux,

          Et sans pouvoir.

          Ils contemplent la sphère dévastée

          Où les hommes s’efforcent,

          En vain, de maintenir la vie.

 

 

       L’esprit, le beau, le vivifiant

       S’est retourné sur soi-même

       Et soudain,

       Le temps, lui qui allait paisiblement son cours,

       Se met à tourner sur lui-même, hystérique,

       Toupie affolée, frénétique,

       Et, pris, emporté dans le vortex

       Vertigineusement,

       Glisse par le goulot,

       Dans le Chaos.

     

                   

                       19

 

 

La Joie, c’est tout autre chose que le plaisir. La Joie c’est ce qui survient quand tout est perdu, consumé, quand le deuil a brûlé toutes nos attaches, nous laissant nu sur le seuil.

Maison vide, le vent a tout emporté.

Tout est parti. Alors se révèle l’essentiel, qui demeure dans le dénuement, qui traverse l’épreuve, qui revient toujours, à la même place.

Place vide.

Etonnement de chaque matin, toujours neuf, premier matin : j’y suis, et tout y est, soleil et vent, marée du jour.

 

                                                   GK, Août 2017 - Tous droits réservés, propriété intellectuelle de l'auteur.

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31 juillet 2017

De l'ENTHOUSIASME : nature et poésie

 

Petite méditation sur le poème de Hölderlin "Comme au jour de fête"

     

 

      Mais elle, elle même, qui est plus ancienne que les temps,

      Qui est au delà des dieux du soir et d'Orient,

      La nature maintenant est éveillée aux bruits des armes,

      Et du haut de l'Ether jusque dans l'abîme

      Selon loi ferme, comme jadis, née du saint Chaos,

      S'éprouve neuve l'inspiration

      Qui crée toutes choses à nouveau".

 

L'"inspiration" traduit à peu près "Begeisterung" - où l'on entend "Geist", l'esprit. On peut hésiter entre inspiration (qui contient "spiritus" l'esprit) et enthousiasme, qui signifie la présence en nous (en) du dieu (Theos, thou). Les deux acceptions sont valables, car le poème décline la présence du divin comme force omnicréatrice de la Nature. Elle est dite "au delà des dieux du soir et d'Orient", "plus ancienne que les temps". Le poète qualifie la nature comme force-présence qui contient tout, engendre tout, englobant à jamais la totalité du réel ("all-erschaffende"). On croit lire un passage d'Héraclite, dont la lecture avait passionné le jeune homme épris de philosophie grecque, et qui reprenait volontiers à son compte la formule de l'Un-tout (hen kai pan), qui se manifeste ne se défférenciant tout en conservant sa parfaite unité et unicité.

C'est de cette puissance et présence que veut témoigner le poète :" ce que j'ai vu, le Saint, soit ma parole " - avec la difficulté supplémentaire de rendre correctement en français le "Heilig" - saint, sacré, vénérable, mais aussi ce qui apporte le Heil, le salut, la guérison, le bien. Le terme "sauf" conviendrait assez bien, mais sa signification originelle est inintelligible dans ce contexte. La poésie se doit de rendre compte, dans le chant, de la  présence de ce sacré, de ce sauf, de ce salvifique, l'enthousiasme agissant à la fois dans la nature universelle et dans l'âme réceptive, ébranlée par le "feu du ciel" et les "orages de Dieu".

Etrangement, ce poème magnifique n'a jamais pu être achevé. Lisant attentivement le texte, on s'aperçoit que l'auteur bute sur une difficulté majeure, qui ne tient pas à la forme du poème, mais à tout autre chose : il vient de dire que le poète se doit de recueillir le feu du divin, et de le transmettre aux hommes, contenu dans le chant. C'est donc bien l'illustration  poétique d'un thème très cher : quitter le familier de la maison maternelle pour s'exposer au risque de l'étranger, en l'occurrence ce "feu du ciel" qui fondait l'originalité du génie grec. Mais, entraîné par le mouvement même de cette déterritorialisation il évoque l'épisode mythologique bien connu où Sémélé, l'amante de Zeus, d'avoir voulu voir le dieu en majesté, se voit carbonisée par la foudre divine. Il est vrai que de cette mésaventure naquit Dionysos, mais comment ne pas être paralysé à l'évocation de ce désastre : la présence immédiate du dieu est mortelle.

On songe à cette parole du poète revenant de Bordeaux : "je crois bien qu'Apollon m'a frappé" - d'avoir reçu plus qu'il ne pouvait supporter.

Le poème, repris une seconde fois, restera inachevé. La vraie conclusion se trouvera dans les derniers hymnes où Hölderlin dira son renoncement à se tenir à une trop grande proximité, pour enseigner la juste distance (la sobriété junonienne). Il ne faut pas, comme Sémélé, vouloir contempler le dieu à nu, on s'y brûle la vue et la raison, il faut se munir d'une médiation salvatrice. "Car les poètes aussi sont de ce monde".

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INGRATE VIEILLESSE : poème.

 

 

                 Ingrate, fâcheuse vieillesse

        Qui de ses griffes d'hydre acerbe nous laboure !

        Si en petits morceaux le corps retourne à la poussière

        Puisse, d'élan viril, l'esprit qui piaffe et se rebiffe

        Tenir un temps le signe haut contre la mort

        Dire le vrai, l'impermanent, le nécessaire

        Avant de consentir à la rigueur du sort.

        

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28 juillet 2017

Du JAILLISSEMENT PUR

 

 

Vigny notait dans son Journal, en 1843 : "Tous les grands problèmes de l'humanité peuvent être traités sous forme de vers". C'est ce qu'il fait lui-même dans la série des "Poèmes philosophiques". C'est ce qu'ont fait Parménide, Empédocle, Lucrèce, Ronsard, Lamartine, Hölderlin, et bien d'autres, avec un bonheur très inégal. Car la chose est extrêmement difficile. 

Je me situe de plus en plus résolument à la confluence de la poésie et de la philosophie, en ce lieu inapparent et énigmatique où la pensée, et le sentiment, prennent leur source, avant de se déverser dans les plaines, au risque d'y perdre leur pureté originelle. En ce lieu indescriptible, tout près de l'origine, où le langage prend naissance, dans le tremblement, mal assuré de soi, et tout vibrant encore de la blessure originelle. Ce que le grec nomme " phuein, phusis" : le surgissement hors de l'informe, vers la lumière, ou, en latin, nascor, natura, naissance, nature. Naître, apparaître "ad luminis oras", aux rivages de la lumière. Car c'est la lumière qui attend le nouveau-né, le poème naissant, émergeant à sa nature. Naître, c'est surgir pour la lumière, en désir de lumière.

Et la lumière à son tour va se baigner dans la nuit féconde, l'"étonnante" (die staunende Nacht), comme Osiris qui du levant au couchant parcourt la moitié de sa course avant de parcourir, chez les morts, l'autre moitié, du couchant au levant. Cycle intégral, sphère unitive de jour-nuit, unité des contraires.

Le poète est l'homme de l'ombre qui aspire à la lumière et qui de la lumière vient se baigner dans l'océan de la nuit. Voyageur de l'Un-Tout, il se nourrit du Tout, en proclamant l'Un du Tout : présence multiple, inépuisable.

Méditant sur la naissance et le parcours du Rhin, assimilé comme chez Homère à un demi-dieu, Hölderlin s'étonne de la singularité inexprimable du "naître", qu'il interroge dans une formule étonnante, au plus proche de l'étonnement originel :

   "Ein Räthsel ist Reinentsprungenes. Auch

   Der Gesang kaum darf es enthüllen"

"Une énigme est ce qui jaillit pur./Aussi le chant à peine ose-t-il le révéler". Notons que l'allemend peut jouer ici sur le signifiant : rein (pur) et Rhein (Rhin). Le Rhin est le pur-jailli. Mais jailli d'où ? Des entrailles de la terre, ou de la Nuit. Il jaillit, pur d'être ce qu'il est de par sa naissance, il gronde, il se débat entre ses langes de montagnes et de forêts, il trace sa route, demi-dieu véloce et véhément, et tel Héraklès il tempête et rugit, emportant bientôt tout obstacle dans sa course emportée. Tel est le poème, qui "à peine" peut nommer et révéler ce qui ainsi jaillit pur, mais qui coincide, dans les moments de kairos, avec le mouvement pur.

Telle est l'essence de la poésie, sa noble tâche. Que maint philosophe, de même, se tienne dans ce moment fécond, nul n'en doute. Mais peut-être est-il plus difficile au philosophe d'en rendre compte, vue la discursivité aplatissante de la prose. Aussi n'est ce nullement un hasard si, en tels moments, le philosophe abandonne l'exposition de prose, pour se mettre à cadencer, et, s'il est poète, à danser.