Il est en grec un verbe merveilleux, qui se réfracte, qui résonne comme du cristal : poikillein : représenter avec art, varier les couleurs, orner. Poikilos : brodé de couleur variées, changeant, miroitant.

Sappho invoquant Aphrodite la dépeint "poikilothrôna" : au trône richement orné, miroitant. Je propose :

      "Eternelle Aphrodite au trône miroitant"

Considérant la nature du plaisir Epicure note qu'il ne peut excéder certaines limites déterminées par la physiologie et qu'il ne peut que varier - poikillein. Variété et variations des objets, des intensités et des dispositions qui renouvellent et colorent l'expérience. Vision apollinienne : la beauté s'expérimente dans le jeu de la lumière à la surface des choses, le phénomène étant essentiellement ce qui apparaît, se laisse voir ou toucher, révélant sans fard l'évidence sensible de son apparition. De phaos, la lumière, nous avons phanesthai, paraître, phantasia, l'image, phainomenon, l'apparaissant : lumineuse déclinaison d'une unique source, la lumière.

La lumière miroite à la surface des eaux, sur la surface plane du miroir, dans les pupilles de l'aimée, sur le grain mat de la pierre, du marbre des divinités, de la peau dénudée - et pour la conscience, enfin, autre miroir qui recueille la diversité, le miroitement des choses.

Que voit Narcisse penché sur le calme des eaux ? Un autre sûrement, plus beau, plus jeune, adorable, puisqu'il l'adore et s'y perd. Sa seule faute est d'avoir voulu le saisir, le toucher, l'étreindre, cet autre qui n'est pas lui, d'abolir, d'un geste fou, la distance salutaire. 

La thèse apollinienne c'est : ne t'approche pas de trop près, garde la distance, cultive l'écart. C'est ainsi que le regard peut apprécier. Que le miroitement peut perdurer. Que la beauté peut rayonner. Quand on saisit un corps, qu'on le pénètre, la lumière s'éteint. Alors commence une autre histoire.