Voici l'Epilogue des "Elégies Romaines" de Goethe, dans une traduction personnelle. On pourrait l'appeler la Statue de Priape, dieu mineur mais célèbre pour son infatigable puissance sexuelle. L'auteur imagine une sorte de renaissance, due à la dextérité pieuse du sculpteur et du poète. C'est Priape en personne qui, ici, se lamente sur l'abandon dont il souffre les outrages, et se réjouit de cette résurrection inattendue.

 

 

"Dans le recoin du jardin, j'étais là, le dernier des dieux,

Grossièrement formé ; le temps m'a gravement blessé.

Les vrilles grimpaient le long de mon tronc vieilli

Et déjà sous le poids des fruits craquait le membre.

Branchage sec à mes côtés, consacré à l'hiver

Que je hais, car il m'expédie des corbeaux sur la tête

Pour me souiller impudemment. L'été m'envoie les valets

Qui pour se soulager exhibent leur arrière-train agreste.

Immondices en haut et en bas ! Je craignais de finir

Immondice moi-même, ou champignon, pauvre bois pourri.

Maintenant, par ton effort, noble artiste, je gagne

La place auprès de dieux, qui me revient, comme à d'autres.

Qui donc a fortifié le trône de Jupiter, trône usurpé ?

Couleur et ivoire, marbre et bronze - et poème.

A présent les hommes avertis me regardent, et pensent

Que chacun se plaise à soi comme l'artiste l'a conçu.

Ni la jeune fille ne s'effraie à ma vue, ni la matrone ;

Haïssable je ne le suis plus, mais fort, immensément.

Que long d'un demi-pied ce somptueux estoc

De mon ventre surgisse si l'aimée le désire

Et que ce membre ne fatigue avant que d'avoir pratiqué

Figures par douzaines que Venus artistement conçut.(1)

 

  J'ai pris la liberté de remplacer "Philaenis" qui figure dans le texte par Venus, cette Philaenis n'évoqunt plus rien pour le lecteur moderne. C'était une hétaïre et poétesse du IV avant notre ère, auteure de poèmes érotiques. Il m'a semblé que cette référence était incompréhensible, alors que le nom de Venus a gardé toute sa saveur évocatrice, conforme à l'esprit du poème.