L'intelligence c'est la capacité de lier, de recueillir, ce que décline le verbe "legere", amasser, recueillir, mais aussi lire. Cueillir entre, lire entre, et lier ensemble. Capacité d'ouverture à la variété, à la diversité, à la multiplicité, capacité de créer des rapports entre des termes apparemment lointains et sans rapport. De ce point de vue l'intelligence serait le contraire parfait de la sottise, qui consiste à s'enfermer opiniâtrement dans un point de vue unique et exclusif, esprit de système, fermeture et monoidéisme. 

A voir les choses en grand il en résulte que la sottise "est la chose du monde la mieux partagée", pour citer Descartes en retournant sa formule. Car, entre dressage, élevage, contention et formatage, il reste peu de place à l'inventivité. Celle-ci existe pourtant, mais elle va toujours dans la même direction : pouvoir, lucre, domination, affirmation de la volonté de maîtrise. D'où le monde en son état actuel.

Le pire c'est la sottise armée, celle qui prétend régir, et qui n'hésite pas à contraindre, opprimer, supprimer. C'est là que sottise et folie se rejoignent, enfantant le monstrueux.

Il est heureusement une autre folie, plus douce, plus poétique, celle qui consiste à suspecter tous les pouvoirs, à rire des postures et des impostures, à dénoncer le ridicule partout où il se trouve, à dire et faire tant et si bien que nul pouvoir ne peut en venir à bout. C'est la pustule sur le visage du roi : grattez, elle revient toujours. C'est elle qui nous fait rire au milieu des larmes, qui nous rappelle heureusement à notre naturelle condition, qui est de naître inter feces et de finir en poussière.