Comme placé aux bords de la mort éternelle

 Demande-toi chaque soir ce qu'est ta vie.

 Si tu n'existais plus comment serait le monde ?

 Les fleuves continuent de couler, les montagnes

 Dressent toujours leur cimes altières vers le ciel.

 Non, rien ne serait changé : le monde

 Demain comme aujourd'hui poursuit son cours.

 Toi tu ne seras plus. Toi seul pour toi.

 Tu auras passé comme passent les roses

 Et nul ne se souvient plus de toi. A peine

 Laisses-tu un nom à tes enfants

 Qui passera de même. 

 Et ce monde lui-même, lui qui semble si stable

 Si ferme dans ses fondements, un jour viendra

 Inexorable, qui marquera son déclin, puis sa fin.

 Calciné par les rayons brûlants du soleil

 Il s'effondera dans l'immense brasier,

 Il se consumera inexorablement.

 La vaste nuit de l'univers

 Etendra sur le monde un linceul de ténèbres,

 Comme si jamais la vie n'avait fleuri

 Aux rivages souriants de la lumière.

 Ailleurs peut-être, en des temps incertains

 La lumière à nouveau jaillira,

 D'autres hommes, une autre Athènes...Mais quoi

 Ce n'est qu'un rêve, et pour nous

 L'aventure, depuis longtemps, s'est arrêtée...

 

 Quand le cercle du temps sur soi se referme

 Bouclant comme une nasse ce qui fut

 Comme de petits chatons qu'on va noyer dans l'étang

 Et qui à peine nés sont déjà morts,

 Alors - qu'importe le passé ?

 Beaucoup de temps, très peu de temps, cela revient au même

 Si toute chose tôt ou tard

 Se dissout dans l'inexistence.

 Seul le présent, si bref soit-il, est bien réel

 Puisqu'au présent succède le présent,

 Que le présent ne fait jamais défaut,

 Et que le fleuve enfin coule toujours

 Charriant à l'infini des eaux toujours nouvelles.

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Ce poème est reclassé dans Le chant des origines, Chant III, 6