Si vite

    L'éclair sabre le ciel qu'à peine

    On voit des étincelles éparpillées

    Sitôt éteintes dans le noir.

    Le mont là haut

    Tremble sur ses assises, et la pluie

    Mêle le ciel à la terre. Sombre

    Catafalque. L'orage

    Est le maître du temps,

    Juste mesure du feu où le dieu

    Et l'homme se séparent.

    Le tonnerre roule au loin

    Comme une armée en marche

    Tambours et canons, et l'éclair

    Encore en corps d'artillerie fusille

    La face obscure de la nuit.

    Quelques nuages traînent comme des linceuls

    Flottants, comme en attente

    Du sacrifice ultime et sombre

    Qui prononce l'universel ennuitement

    Dans le chaos.

 

   Te plaçant à la fin, tout à la fin,

   Tu jugeras plus justement des choses

   Voyant l'égalité partout dans la nature.

   Le laboureur autant que le riche et le prince,

   Et les masures autant que les empires,

   Et les étoiles millénaires, par milliards,

   Et notre monde autant que les milliards de galaxies,

   Tous ils retournent au néant d'où ils ont surgi,

   Et d'autres, ailleurs, en d'autres temps

   Fleuriront dans l'espace infini.

   Ainsi tout naît, tout meurt, tout se transforme,

   Et nos amours de même

   Ne sont que d'humbles fleurs évanescentes

   Que nous choyons de notre soin et de nos pleurs ...

 

  Seule demeure, égale à l'infini,

  La Rose impérissable de la vérité.

 

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(Ce poème est relassé dans le Chant des Origines en Chant Premier, 3)