Sabre haut

           De la terre jusqu'au ciel

           Sculpte l'homme.

 

- En Aragon, mai 2016,

Faute de sabre je me suis jeté sur le manche d'un parapluie, que j'ai, depuis les pieds bien ancrés, par le ventre déployé, élevé vers le ciel. C'était une urgence. Me connecter aux deux extrémités, jeter un pont vertical, relier terre et ciel.

Dans la tradition chinoise l'homme est cette droite érigée entre le bas et le haut, le fond obscur et la clarté d'en haut. Fils du Ciel. Non point le ciel des mythes, mais le ciel bien réel de la lumière, du vent et des nuages, donnateur de pluie et d'orages, maître du temps.

Nulle violence dans ce geste. On ne rêve ni de gloire ni de victoires. On ne fracassera aucun crâne, nulle armure. Il ne s'agit que de ceci : s'affirmer vivant dans un corps, dans un coeur d'homme, entre deux abîmes.

 

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Les bouddhistes diraient plutôt : épée de la discrimination. Séparer l'essentiel de l'accessoire, le vivant du mort, la vérité de l'opinion, l'excellence de la médiocrité. L'épée discrimine, c'est à dire, choisit, trie, élimine. Vertu de l'intelligence, clarté du jugement.

Plus essentiellement il s'agit de couper la souffrance à sa racine : vision pénétrante.

Quand l'épée de la discrimination a réalisé son oeuvre il ne reste plus qu'à s'asseoir dans la paix et à regarder la lumière, entre terre et ciel.