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Corps-esprit
Unique danse,
Et si parfois courage manque
Et si le désespoir à l'occasion
Nous saisit et nous glace,
Si de sentir toute la douleur du monde
Nous étreint, nous écrase
Si d'instant en instant notre vie nous échappe,
Si nous glissons comme un navire démâté
Sur l'océan insensible du temps,
- Redresse-toi mon âme, souviens-toi
Que toute chose, belle ou laide, se décompose,
Souviens-toi que ce moment présent
Jamais ne reviendra,
Que la douleur autant que le plaisir
Passe comme passe le temps,
Aller-retour, aller-retour,
Du premier jusqu'au dernier jour.


Il n'est pas de hauts lieux fortifiés par les sages
De jardin préservé de la houle du temps.
Tout naît et tout s'en va, et tout n'est que passage
Emportant nos amours, notre bile et nos dents.

C'est en vain que l'esprit se rebiffe, et oppose
Sa vaine dignité à l'outrage du sort.
Lui aussi naît et meurt ainsi que font les roses
Rien n'échappe ici-bas à l'éternelle mort.

Si tel Enseignement généreux et sublime
Console quelque temps les hommes de leur sort,
Ce monde lui aussi périra sous la lime
Le temps, hélas, le temps est toujours le plus fort.

Allons ! Laissons l'espoir honteux, laissons le livre
Qui promet indûment ce qu'il ne peut tenir ;
C'est ici, en ce lieu passager qu'il faut vivre
Faire de l'incertain la loi de son désir.
.
Hé quoi ! plaisir revient autant que la souffrance
Tous deux inféodés aux caprices du temps.
Nous qui sommes d'un jour, cahotant dans l'errance,
Vivons, par Zeus, vivons le plaisir du présent !

Et si la volupté nous fuit, que nous importe !
Nous saurons, l'esprit clair, et fiers, en ce désir,
Supporter l'ouragan hurlant à notre porte
Concevant de nouveaux poêmes d'avenir !