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MONTAGNE VIDE

 

Retirez-vous, disent-ils, sur la montagne vide
Couchez-vous dans l'herbe tendre
Près d'un ruisseau de mousse
Roseaux jasants,
Contemplez sans penser les nuages
Autour de la lune jolie, la captieuse, la silencieuse,
Et vous serez comme des dieux parmi les hommes !

Hélas, je cherche en vain la montagne vide
Elle est toute encombrée, saturée
Des gens y piaillent comme des pies
Le tumulte comme l'orage
Vous agresse, vous décourage.

Vous dites : Erreur, la vraie montagne vide
C'est le silence du coeur . Mais qui,
En ce siècle excité,
Connait le silence du coeur ? Chacun,
Comme un furet
D'objet en objet
Court et se précipite, et le bonheur fuit comme un songe.
On prise le savoir, on le prise - on le méprise
Car nul ne s'y arrête pour penser,
Pour mesurer l'écart, le contempler
Y asseoir la vérité !
Songes et mensonges ! Quittez !
Quittez cette illusion de monde, traversez
La rive, laissez vous glisser !
Le temps vous portera paisiblement sur ses eaux !
Montagne ou fleuve, que nous importe !
Ce ne sont que des images, elles amusent le sot
Mais ne sauraient tromper
L'amant de vérité !

Pourtant c'est vrai, il faut se retirer
Etre en silence au milieu des tempêtes
Laver son coeur des fumées de ce monde
Cultiver cet écart intérieur
Qui fait qu'on est toujours ailleurs
En ce lieu sans partage
Désert et silencieux
Qu'aucun humain ne saurait aborder
Séjour des dieux absents
Séjour d'un soleil invisible
Qui ne s'éteint jamais.