Voici un beau texte de Nietzsche qui vient clore avec bonheur une suite de réflexions récentes sur ce blog :

"L'épicurien se sert de sa grande culture pour se rendre indépendant des opinions régnantes ; il s'élève au dessus de celles-ci, tandis que le cynique se cantonne dans la négation. Il se promène comme par des allées de douce pénombre, bien protégées à l'abri des souffles, tandis que sur sa tête mugissent dans le vent les cimes des arbres, qui lui trahissent de quelle violence le monde est agité au dehors. Le cynique, au contraire, s'en va pour ainsi dire nu au dehors, de ci de-là dans les rafales, et s'y endurcit jusqu'à perdre le sentiment". (Choses humaines, bien trop humaines, 275).

Comment ne pas entendre ici un écho du "Suave mari magno, turbantibus aequora ventis" ? - d'autant que Nietzsche est alors à Sorrente, au bord de la Méditerrannée, avec des amis, rêvant de créer une sorte de commnauté épicurienne, qui ne verra jamais le jour. Epoque bénie dans la longue errance tragique du philosophe qui aura trouvé là, pour quelques semaines, une accalmie salvatrice et stimulante.