LE JARDIN PHILOSOPHE

Recherche et pratique de la philosophie comme thérapie existentielle et de la poésie comme création dans l'ordre du langage

23 juin 2007

CORPS-UNIVERS

Argument

Formes dissoutes,images disloquées

Dans la déroute du corps-arbre, du corps-maison, de l'architecture ordinaire qui magnifie l'unité et le sens, je ne vois nulle tristesse, mais l'aube d'une nouvelle histoire qui porterait dans l'ordre humain les brillantes révolutions de l'astrophysique, parachevant la décentration initiée par la science.

Dissous dans l'univers, mêlé aux milliards de courants de la matière inventive et féconde, le corps-esprit retrouve sa patrie. Je suis, sans frontière ni centre, à l' équicentre de tout, universellement dispersé, et, de manière toute impersonnelle, immergé à perpétuité dans l'indicible présence.

1

Je me rince l'oeil

Petit garçon au regard épaissi

Calfeutré d'idées fausses

D'interdits

De péché, de dénature et de peur

Que ne pouvais-je voir, coeur battu, coeur battant

Par la serrure entrouverte le trou

Sublime

Ouvert sur tant de profondeurs humides

Tropicales et douces et fleurant bon

La caresse à distance

Comme de petits chats qu'on lèche du regard

Avec de tendres jappements goulus

Ah la première faim, l'inapaisable

Délicieuse insuffisance qui laisse ouverte

Au flanc de l'être la plaie suave du plaisir!

2

je vois partout de la beauté

(je suis en Toscane au bord de la mer et je me promets de délicieuses visites à Florence, Pise, Sienne, et mille rencontres de hasard...)

Ah quel plaisir

La sieste sous les pins

Quelques beaux livres d'art du monde entier

Et Valéry Larbaud, Cendrars, et quelques autres

Et tout autour

La merveilleuse langue italienne

Cet opéra perpétuel

Gina, Giuliana, Giuletta, Francesca

Et cela chante, roucoule

Et berce et pleure et console et bénit

Douce voix de l'enfance immortelle

Baisers muillés, voluptueuses larmes

Le regard embué de la vierge au rocher

Enveloppe l'enfant dans un nuage rose

Des filles jouent à la marelle

Leurs cris font palpiter l'ombre des pins

La lumière s'incurve et s'adoucit

Tous les instants miment l'éternité

Et toute chose fait retour à l'origine...

3

Le destin

C'est le traçage des routes

Routes du sang

Lignes

Articulations

Fuite du plaisir lent par les feuilles de l'âme

Frayages de douleur

Excitations

Eboulements

Toute une cartographie sensitive et lascive

Turbulences, dérives, feuillaisons

Villages de moiteur sous les collines

Hanches qui portent des enfants nus

Tahitiennes éberluées, Gaughin partout où chante la couleur

L'Egypte toujours, dans le coeur et ailleurs

Chevelures, cascades - ô chevelures

O combien je vous aime

Constellations fileuses, neigeuses, cascadeuses

Ah le corps est un monde inexploré

Tous les médicastres n'y connaissent rien

La surface est une immense profondeur

Mille abîmes dans un grain de peau

Mille cavernes multicolores et sonores

Avec des centaines de tortues bleues qui passent comme des rêves

Hiératiques

Je voudrais parcourir les fleuves lents du corps

Remonter les courants souterrains

Jusqu'à la source obscure, inexplorée

Le Nil y prend son départ pour la mer à travers les déserts

Le malheur agonise

Les dieux nous guident, ces pensifs méridiens de libido itérative

Rien ne résiste

Le bonheur

C'est l'esquif invisible, invincible

Qui trace à la surface bleue ces rayons chatoyants

Jusqu'à l'extrême où se dissout le corps.

4

Le corps-esprit est une nébuleuse

Un éparpillement

Comme un poème

Eclaté, dispersé, disloqué

Chaque mot est un centre

Chaque syllabe.

Il n' a pas d'origine, pas de fin.

Toujours ouvert

Nappe de sable et vent de mer.

Posté par GUY KARL à 17:52 - POESIE 3 : CORPS UNIVERS - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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