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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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14 janvier 2026

DE LA LEGERETE : contre l'esprit de lourdeur.

La légèreté est chose difficile et délicate. Tout nous tire du côté de la lourdeur, et les actualités, et les nouvelles quotidiennes, et la pesanteur politique, et les perspectives d'avenir. Le ciel est irrévocablement gris. Il faut une sorte d'héroïsme pour se détacher, s'élever dans les airs. Même les rêves nocturnes témoignent d'une sorte de langueur préapocalyptique. Et l'effroi aux ailes de titan déchu vient nous frôler la nuit, et nous arrache des grincements. Mais ce n'est pas nouveau. A tout prendre l'histoire n'est que la macabre et lancinante plainte des Enfers sur la terre. Rien sous le soleil qui n'ait déjà retenti mille fois, les horreurs et le désespoir, les attentes déçues et les révolutions manquées. Et pourtant tout continue, tout refleurit chaque matin. L'histoire est l'éternelle grimace d'un devenir fou, d'un dément agonisant, éternellement rajeuni, ragaillardi à chaque matin du monde. La leçon de l'histoire c'est qu'il n'y a pas de leçon de l'histoire. (Hegel)

Aussi, n'est ce pas de l'histoire que nous attendrons le salut. D'ailleurs il n'est aucun salut pour les enfants des hommes. Il y faudrait une toute autre idiosyncrasie, d'autres émotions et d'autres désirs. Tels qu'ils sont, et qu'ils semblent être à jamais, les hommes n'ont aucun espoir de se transformer, et de transformer leur monde. Les modifications vont toujours dans le même sens, à croire que le malheur est notre intention secrète et invincible, notre indépassable perspective. Le bonheur nous ennuie, la satisfaction nous pèse. Toujours l'aiguillon se réveille et nous pique au talon. Certains y voient la condition de ce qu'ils appellent le progrès. A mes yeux, le seul progrès que l'humanité ait fait en dix mille ans c'est de rendre l'individu possible, je veux dire une conscience individuelle capable de se détacher des impératifs du groupe et de regarder le monde tel qu'il est. Lumière philosophique, libre lumière qui dissipe les ténèbres de la servitude. C'est là le seul axe d'une évolution possible. A cela nous pouvons et devons travailler.

Légèreté de la pensée poétique, légèreté de l'attention détournée, de l'oeuvre artiste. Légèreté d'une déclinaison joyeuse, d'un écart salvateur. Quand tout se met à couler parallèlement vers le bas comme une morne pluie d'atomes, il suffit du plus petit clinamen, de la plus petite dérivation pour que les atomes se mettent à danser, entraînant une cascade d'atomes dans la danse. Cela ne tombe plus, cela s'échappe, cela dérive, cela tourbillonne, cela valse en tous sens, cela détricote et dévergonde, cela biaise et baise, diva voluptas, vulgivaga venus, et vénus vagabonde, pour d'autres étreintes inengendrées, inouïes, turbulentes ! C'est le grand secret des Atomistes : la danse des étoiles, des corpuscules, des dieux et des corps à la Surface, étalant surface à l'infini, créant et propulsant surface ! Car  ni l'espace, ni la surface ne préexistent à ce mouvement d'expatriement, de dissémination, d'éparpillement créateur. Les corps créent l'espace, leur expansion ouvre l'espace et le distribue par continents centrifuges. La valse des étoiles, à l'infini, dilate l'univers, et du même coup notre pensée. Extrême vitesse de propagation stellaire, extrême vitesse de la  dilatation spatiale, extrême vitesse de la pensée. C'est ainsi que Lucrèce a pu dire que la pensée d'Epicure fait trembler les murailles du monde en ouvrant l'infini dans tous les sens. (Spatialement, quantitativement, inventivement en multipliant les mondes dans une orgie dionysiaque : le Tout donne indéfiniment à penser, parce que le Tout est infini, et par le nombre des atomes, et par l'extension indéfinie du vide, et par l'Aïon qui n'a ni début ni fin, et par l'infinité des combinaisons corporelles. Le tourbillon démocritéen (la "dinè") ici réalise sa pleine signification cosmique dans l'illimité.

"Turbantibus aequora ventis" - les vents tourbillonnants qui soulèvent les flots"  - ici ce sont les vents de l'ouverture, de l'aventure, de la démesure - de l'Immense ! Gravité de notre crainte des dieux et de la mort, gravité de la souffrance et du remords, pesanteur putride de nos représentations, mais légèreté renversante, libérante et dansante de la pensée affranchie des mythes et de la nécessité ! L'histoire humaine est une sornette de mauvais esprits frappeurs, seul compte l'univers ! Et si l'histoire nous rattrape, ce qu'elle fait toujours, ne bravachons pas, ne nous plaignons pas, ne récriminons pas. La pensée nous délivre pour longtemps, et quand elle nous lâche il nous reste la mort.

"je n'étais point, je fus, je ne suis plus, que m'importe". Que sommes nous si ce n'est un bref éclair dans l'univers éternel ?

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