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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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29 décembre 2021

REVERIES D'EXIL

 

Je suis parfois saisi d'une peur irrationnelle : et si demain une forme nouvelle de dictature s'abattait sur ce pays, que ferais-je ? Résister, oui bien sûr, mais supposant que toute résistance soit impossible, il ne reste, dans le meilleur des cas, que l'exil - avant que tout exil ne soit à son tour impossible. Mais alors, où aller ?

Je considère les pays environnants, leur attractivité, leur climat, leur système politique, leur régime de santé. L'Espagne a des atouts, il suffit de parcourir une centaine de kilomètres. Mais je ne parle pas la langue. J'y ai fait quelques rapides incursions mais je l'avoue j'ai du mal, c'est un pays que je "sens" pas, en raison notamment de son passé de fanatisme religieux, de son art ébouriffé. Il est vrai que ce pays a bien changé mais je ne suis pas sûr qu'il ait fait le procès de ses convulsiuons politiques.

J'aimerais bien vivre en Belgique : à chaque passage je me sentais correctement, voire amicalement accueilli. Leurs interminables querelles linguistiques, Flamands contre Wallons, ne me concernent en rien, et si je parle français, ce n'est pas à titre de provocation antiflamande, c'est qu'étant Français il m'est naturel de parler français. Le seul obstacle, et il est de taille, c'est qu'il règne là bas un climat épouvantable : vents, pluies, bourrasques, et quand vient l'automne vous savez que vous en avez pour six mois sans soleil !

J'ai voyagé plusieurs fois en Italie, Toscane, Venise, Ravenne, Rome ; c'est un pays que j'aime. Outre que la langue, quand elle est parlée avec grâce, est un enchantement : par excellence la langue de l'opéra, ce n'est certes pas un hasard. La mer est toujours proche, des deux côtés de la péninsule. Et puis il y a ce formidable héritage antique, classique, renaissant qui enchante les monuments, et qui fait oublier que les églises sont des églises en les métamorphosant en oeuvres d'art. L'Italie c'est Léonard, qui est partout sans être nulle part, insufflant sur toute chose la vivacité de son esprit. De ce que j'ai pu voir en Italie c'est la Toscane que je préfère, et dans certaines rêveries mélancoliques et délicieuses je me vois acheter une ancienne ferme que j'aménagerais très simplement, à flanc de côteau, et tout le labeur de ma journée consisterait à flâner et rêvasser sur ma chaise, le regard perdu au loin sur les collines délicatement embuées dans le sfumato. C'est, je crois, ce que fit Botticcelli à l'automne de sa vie, après tant d'années de lutte, de travail et d'incertitude.

Quand vient le soir il n'est plus l'heure de travailler.

Comme on voit mon humeur me pousse au sud, vers la lumière, la vraie déesse. La lumière sans chaleur excessive, sans moiteur tropicale. Je me suis si bien acclimaté en Béarn que j'imagine difficilement de retrouver les froidures du Nord ou d'être précipité dans quelque république équatoriale. Les hauts lieux de culture ont fleuri sous les latitudes tempérées.

Si par force je devais vivre en Allemagne je m'y ferais sans doute. Ce que j'ai connu dans mon enfance en Alsace y ressemble suffisamment pour que je puisse m'y adapter. Je connais assez bien la langue. Mais le climat est rude. Rien ne vaudra jamais la douceur des bords de mer, au sud, le petit café que l'on prend dans un joli bar inondé de soleil, à regarder le vol des goelands et la lente procession, tout au loin, des bateaux, voiles au vent, passant comme des songes.

Voilà. C'était ma petite heure de rêverie solitaire, souvent peuplée de voyages que je ne ferai plus jamais, d'escapades et de vaticinations féériques. J'ai négligé, dans cette page, de me souvenir de mes proches, alors que je sais très bien que je ne suis ni seul ni solitaire, et que toute décision d'aller ailleurs implique au moins le conjoint, si ce n'est la famille. Mais au total se rêver seul est encore un excellent remède contre les difficultés inévitables de la coexistence.

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Commentaires
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Ce n'est pas irrationnel c'est plutôt tendance. Nous y sommes en dictature, au commencement de la dictature mondialiste. L'avenir ? un mélange de soleil vert et de blade runner. L'ennemi ? l'Etat comme toujours. Déja Nietzsche en parlait...<br /> <br /> Moi je suis déja parti...<br /> <br /> <br /> <br /> Bonne année !
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A
J’aime bien votre rêve éveillé et très bien « exposé ». C’est aussi le mien et je pense que, peut-être, celle-ci de beaucoup des gens .<br /> <br /> Le monde est devenu presque inhabitable et on cherche un endroit qui’il ne le soit pas.<br /> <br /> Merci beaucoup de vos rêveries que aujourd’hui. France est mon plus grande rêve. Vous voyez? On veut parfois ce qu’on n’a pas.
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