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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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2 juillet 2026

DES TROIS REVOLUTIONS MENTALES : spiritualisation

Dans le cheminement de spiritualisation je vois trois moments essentiels, trois crises, trois étapes d'une révolution mentale intégrale.

Le premier est de désapprendre tout ce qui a été assimilé dans le processus de socialisation, non pas que ces enseignements soient nécessairement faux, mais ils sont intégrés sans vérification. C'est ainsi que Descartes, par exemple, se propose de remettre en doute les leçons de l'Ecole, les théories des philosophes, les opinions communes, et même les préceptes de la foi. Dans cet esprit il préfère ouvrir le "livre du monde", partir en voyage pour étudier les moeurs étrangères, rencontrer les chercheurs de toute l'Europe, et surtout examiner par lui-même tous les fondements du savoir. De son côté Bouddha mettait en garde contre l'adhésion, invitant chacun à expérimenter par lui-même pour trouver la vérité. On pourrait multiplier les exemples, mais l'idée est assez claire : je dois me dégager des autorités, des opinions, des savoirs, et "ne rien admettrre que je ne l'eusse connu comme vrai et indubitable". On ne peut accéder à la liberté intérieure sans vivre cette épreuve de mise en doute : moment sceptique universel, prélude obligatoire à toute évolution psychique et intellectuelle.

On aurait tort de considérer ce premier moment comme facile et allant de soi. Intellectuellement, tout le monde, ou presque, s'en réclamera, mais dans les faits cette exigence fera une première sélection. Souvenons-nous  de la phrase de Pyrrhon: "Il est bien difficile de dépouiller l'homme" - de ses certitudes !

"Certitudes, servitudes".

La seconde révolution consistera, pour un Occidental du moins, à se dégager du désir de l'autre (ou de l'Autre) pour accéder à la conscience de son propre désir. Descartes encore :" Quod vitae sectabor iter?" Quel chemin suivrai je en la vie?"  Avouons que nous passons beaucoup de temps, l'enfance, l'adolescence, l'âge dit mûr assez souvent, à chercher notre route, faute de savoir ce que nous désirons vraiment, prisonniers de l'ornière du désir des autres, à vouloir "bien faire", être respectable, reconnu, bon fils, bon père, bon employé, bon citoyen etc. Nous croyons qu'il faut passer par l'autre, et sa reconnaissance, pour exister : "le désir est le désir de l'autre" (Lacan). Si cela était vrai il n'y aurait aucun moyen d'accéder à une quelconque autonomie. Cela est vrai tant que nous le croyons. Mais il faut bien un jour cesser de se fier, de se confier, de s'en remettre à cet autre à qui nous donnons tout pouvoir sur nous, et de vie et de mort ! Affaire de croyance : le névrosé est celui qui croit à la névrose, qui s'en fait un "faire valoir", une pièce d'identité, un refuge et une justification. C'est la seconde sélection, plus difficile encore que la première : Révolution éthique.

On pourrait penser qu'ici s'achève le chemin de spiritualisation. Après tout, pourquoi ne pas s'établir ici, dans le savoir de sa singularité désirante ? Mais l'expérience, à nouveau, vient bousculer cette certitude si chèrement acquise. C'est que notre désir, s'il peut faire loi pour nous, ne fait pas loi pour les autres. Comment cohabiter avec des gens qui nous tirent à hue et à dia, nous contestent dans notre légitimité, s'autorisant d'une légitimité égale en droit à la nôtre ? C'est qu'il faut une Loi régulatrice, au delà de toute singularité. Et puis il y a la réalité, ses contraintes, et nous revoilà limités de tous les côtés ! Le sujet devra construire sa demeure instable entre plage et orage, sous l'aplomd de la Nécessité. En un mot comme en mille : le désir bute sur le Réel.

Il ne faut pas en conclure à l'effacement de la singularité. Mais le sujet est sujet parmi d'autres sujets, tous référés en principe à la Loi commune, tous, consciemment ou non, en dépendance du réel. Comment désigner ce moment, sinon comme déprise subjective, renoncement à la toute puissance - humilité ? Troisième moment, métaphysique : "je suis, j'existe"(Descartes) - mais je ne suis, dans le monde qui est flux et passage, qu'une singularité qui passe comme tout le reste, entre naissance et décomposition, ou pour le dire comme Homère :

"Telle la nature des feuilles, telle la nature des hommes".

Pour ma part je me réjouis fort de partager la nature des feuilles, feuille de printemps naissant, feuille d'été verdoyante, feuille d'automne rougie, feuille d'hiver! L'immanence universelle n'est un scandale que si nous nous attribuons quelque fallacieuse supériorité sur-naturelle.

 

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Commentaires
G
Oui, j'ai besoin de reposer ma tête durant le WE! Pour la vieillesse il faut éviter le discours misérabiliste aussi bien qu'un excès d'optimisme. Ce qui fait mal c'est le regret du passé (vous dites que vous souffrez de l'image qui était la vôtre et qui n'est plus). C'est la nostalgie qui est souffrance plus que l'état actuel, où l'on peut trouver d'autres joies, à condition d'y être disposé.
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G
Si l'enseignement paraît douteux c'est le moment de s'en détacher, comme de l'enseignant. Cela ne va pas de soi, mais l'effort en vaut la peine. Aucun maître n'est satisfaisant à long terme, et c'est en fait une chance que de découvrir ses imperfections. Il ne s'agit pas de coller à un enseignement mais de s'en servir pour quitter les fausses certitudes antérieures jusqu'au moment où cet enseignement lui-même devient caduc. Alors s'ouvre le champ infini de la liberté.
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J
De plus, si l'enseignement est vrai, c'est que le maître est vrai. Si l'enseignement est faux, c'est que le maître est faux.<br /> Or, si on tient pour vrai un enseignement dont on n'arrive pas à vérifier qu'il l'est, mais que l'on n'ose pas remettre en cause cet enseignement, alors les conditions pour l'obsession ou pour un doute lancinant sont réunies. <br /> L'enseignement et son supposé auteur viennent et<br /> reviennent et nous hantent interminablement.
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A
apparemment,mon cher philosophe sacrifie à la pratique universelle du veek end et peut etre a celle du "petit bal du samedi soir "(air connu);je suis donc reduite a la portion congrue qui consite a pecher dans les cours de philo precedents matiere a une reflexion masochiste arretons de gemir sur la vieillesse écriviez vous(permettez moi d abord de vous suggerer d utiliser le verbe cesser plus approprié ici que le verbe arreter); Comment voulez vous que l on ne gemisse pas sur sa propre vieillesse quand on s 'est connue<br /> <br /> jolie et desirable,et desiree et que l on n ose plus se regarder dans une glace tellement on se trouve mocheettellement on a du mal à conduire sa voiture quand il fait nuit? Je sais bien que tout cela est très prosaique mais reste neanmoins l essentiel;et je forme des voeux pour que cesse <br /> l antagonisme entre la matiere et l esprit,et pour qu'en perdant son corps on perde en meme temps son esprit,afin de ne pas avoir conscience de sa decrepitude.<br /> <br /> "
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G
La seconde référence à Descartes ne vaut pas comme approbation. Son "je suis " est cité, mais comme illusion subjective. Peut-être n' ai je pas été suffisamment clair.
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