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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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10 décembre 2025

L'ESPRIT d' AMOUR

"L'esprit de l'amour est la volonté de voir l'aimé trouver sa prope vérité et y demeurer fermement" (Heidegger, commentant le poème "Souvenir" de Hölderlin, p 160, dans "Approche de Hölderlin", Galimard, Tel).

Que nous voilà loin des conceptions ordinaires marquées par l'esprit de possession, et la jalousie qui le manifeste. A vrai dire c'est plutôt le règne du non-esprit, de l'appétit sauvage et des passions tristes. Aussi l'amour est-il à peu près inexistant en ce monde, alors même qu'on lui voue un culte passionné. Mais il en va de l'amour comme des autres belles choses, toutes profanées par le lucre, l'envie, le rapacité, l'égoïsme. On veut, dit-on, le bien de l'autre, eh bien on le prend ! On ne sortira de cette contradiction qu'en abandonnant toute idée de bien, ou donné ou reçu. Heidegger dit : volonté de voir l'aimé trouver sa vérité. Je ne puis agir dans ce sens que si moi-même je suis en route vers ma propre vérité, considérant que ce qui vaut pour moi - l'amour du vrai - vaut pour l'aimé. Ainsi, chacun des deux est en route vers sa vérité propre, et ce qui s'échange ainsi ce n'est pas un bien, mais le commun souci de cheminer, chacun selon la propre vérité de son être. J'aime l'aimé non pour ce qu'il a (que je ne puis avoir) ou ce qu'il est (que je ne connais pas) mais pour ce que je devine en lui d'exigence inconditionnelle du vrai. C'est le principe du vrai dialogue d'amour.

Epicure, plutôt que d'amour, parle de l'amitié des amis du vrai : philia, philo-sophia, qui s'accomplit dans le sum-philosophein, "philosopher ensemble", philosopher l'un avec l'autre dans un commun amour de la vérité, dont la philosophie est l'image. Ce qu'il en est de l'affect, de l'intérêt personnel, du souci de la sécurité et de la liberté - qui sont bien au principe sensible de l'amitié - tout cela est transcendé par une volonté plus haute, dépassé dans la commune intelligence du vrai, qui seule peut fonder une existence philosophique, à la fois singulière et partagée. Ce qui à son tour repose sur un pari : à savoir que la singularité, bien qu'irréductible, n'est pas un obstacle à la mise en commun de l'élément commun, et que les diverses subjectivités se retrouvent sur un plan d'universalité qui est précisément le vrai : la nature universelle comme fondement ultime et contenant de toutes les différences.

En dernier ressort ce qui fait communauté c'est l'universelle appartenance au Tout. Mais de cela, qui en est clairement conscient, si chacun est prisonnier de sa bulle subjective, victime de l'aveuglement général? La force de l'épicurisme, contre toutes les autres écoles de pensée, est de rappeler sans cesse le fondement, la puissance de la phusis, et d'y asseoir tout ce que nous sommes, au lieu et place de ce que nous croyons être. C'est là ce que nous avons en propre, que nous le sachions ou non, et ce propre est, du même mouvement, ce qui nous unit. La juste philosophie ne consiste qu'en une seule chose : nous ramener imperturbablement, inlassablement à l'évidence du fondement.

D'où la "philanthropie" si particulière de l'épicurisme : aimer les hommes, oui, mais sans faiblesse ni sentimentalisme, ni dolorisme, et à ce titre ne pas craindre d'administrer la "potion amère de la vérité" (Lucrèce). Aider sans porter, consoler ou s'apitoyer. Diogène d'Oenanda :" Vu que, comme en temps de peste, la plupart (des hommes) sont malades en commun de fausses opinions sur les choses et qu'ils deviennent de plus en plus nombreux ...et vu qu'il est le propre d'un philanthrope de venir en aide aux étrangers qui vivent chez nous ... j'ai voulu en utiilisant ce portique mettre en public les remèdes de salut que nous avons entièrement expérimentés".

Le grec dit : "philia", rendu en français, selon les cas, par "amour" ou "amitié". On pourrait dire plus proprement, en toute simplicité : "aimer". Aimer selon l'esprit c'est s'aimer et prendre soin de soi-même dans le cheminement exigeant vers le vrai, et aimer l'aimé en tant qu'il est, lui aussi, en route sur le chemin exigeant du vrai  : ainsi, dans la différence clairement assumée, chacun voyageant selon sa propre nature vers sa propre nature, ce qui nous rassemble c'est la commune exigence, différentielle et partagée, de la vérité.

 

 

 

                    

 

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Commentaires
G
J'ai déjà traité de cette question dans plusieurs articles. Je vous propose de consulter la rubrique "réel" dans la fenêtre "rechercher".
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M
Votre texte mentionne le "vrai" et la "vérité".<br /> <br /> Comment réagissez-vous à la proposition : "La vérité, c'est la réalité" ?<br /> <br /> Cordialement
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Z
Deux présupposés : que la splendeur est déjà vôtre à distribuer, et que la liberté vous est une vieille connaissance.<br /> <br /> <br /> <br /> Or l'amour, ce modeste entre tous, ne montre pas, il fusionne en toute gratitude.
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K
Aimer , c'est montrer à l'autre sa splendeur et lui rendre sa liberté .<br /> <br /> <br /> <br /> in :" le maître de la laque " ARIANE BUISSET
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