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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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10 juillet 2025

JALOUSIE : un poème de SAPPHO

 

 

Il me paraît tout à fait égal aux dieux

   Cet étranger, tout là bas, qui te fait face

      Assis tout près de toi, à boire ta voix

         Si douce, si suave

 

 

Et ton rire charmeur qui frappe d'effroi

    Mon coeur dans ma poitrine. Mais moi, hélas

       De te regarder je ne puis plus parler

           Pas la moindre parole,

 

 

Mais déjà ma langue se brise, subtil

      Sous ma peau coule le feu, et dans mes yeux

         Plus un seul regard, et le bourdonnement

             Etouffe mes oreilles,

 

 

Une âcre sueur m'inonde toute entière

    Le tremblement me saisit toute, je suis

       Plus verte que la prairie, et je me semble

           Presque morte à moi-même.

 

 

Mais il faut tout endurer, demain, conquise,

    Sur la nef aux voiles blanches vers Argos

        Il t'emmènera, l'étranger. Plus jamais 

            Je ne te reverrai.

 

PS : Cet illustrissime poème qui a inspiré d'innombrables poètes, était bien difficile à transcrire en strophe saphique. De plus il manque la dernière strophe, juste ébauchée dans un demi vers. Je me suis permis d'en imaginer une fin possible, justifiée par d'autres passages de l'oeuvre, où Sappho, qui élevait ses élèves à la plus noble culture et les préparait au mariage, se plaint amèrement du départ - inévitable - de celles qu'elles aimait d'amour. D'où l'introduction de l'"étranger" dans le début du poème, pour rendre plausible la fin que je me suis autorisée.

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