REALISME
Epicure se définit comme un "médecin de l'âme" ce que nous traduisons logiquement par psychiatrie. Je pense qu'il est dans la logique de sa pensée d'y inscrire aujourd'hui les recherches sur le cerveau, le système nerveux et celles qui portent sur les représentations mentales. Il esquisse lui-même une psychologie voire une psychanalyse des affects et des émotions, que développera Lucrèce. Et sans doute était-il en contact avec l'école d'Hippocrate, d'après quelques fragments assez elliptiques. Ce qui compte c'est de rechercher les conditions optimales de la santé et de lutter contre la douleur inutile. A ce sujet il serait judicieux de revenir sur les effroyables ravages de la religion chrétienne qui a prétendu valoriser la douleur, la comptabiliser en vue de l'obtention de l'éternité pour l'âme pécheresse. Il en reste quelque chose dans l'attitude de certains médecins contemporains qui ont tendance à minimiser la douleur des enfants, à nier celles des adultes et à prolonger indûment celle des vieillards. Nous touchons là à un sujet brûlant qui mériterait de plus longs développements. Mais on ne rappellera jamais assez la parole du Maître qui enseigne que la douleur est un mal, même si dans certains cas il faut composer avec elle, ou la supporter. Quant à en faire l'éloge c'est proprement du masochisme pour soi, et du sadisme pour les autres.
Pessimisme ou lucidité ? Disons réalisme psychiatrique. J'aime bien la maxime de Beckett "Tous les hommes naissent fous. Quelques uns le demeurent"