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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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21 août 2007

Sur la guérison

En réponse à "Charp", avec une Leffe à l'appui!

Merci de cette interrogation passionnante sur le "guérir". D'aucuns diraient le "gai rire". Et de fait il faut tout ensemble et tous ensemble rire et philosopher. Plus sérieusement : je ne crois pas à la parfaite santé qui est un idéal trompeur, voire démagogique. Il reste toujours une part de souffrance  -ou de manque si l'on  veut - qui peut justifier un recours au médecin ou au prêtre, et surtout aux laboratoires pharmaceutiques! -  mais qui est bien, comme vous le dites une source de créativité. Du moins en principe, parce qu'une douleur lancinante et permanente n'encourage pas forcément à la création sauf si on déjà porté vers la recherche artistique ou autre. En lisant souvent la vie des créateurs je suis frappé por leur relative incompétence au bonheur. Pour citer celui qui apparaît le plus accompli et le plus harmonique de tous -Goethe- il déclare tout de go qu'il n'est rien de plus ennuyeux qu'une suite ininterrompue de beaux jours! Il est vrai que toute création un tant soi peu originale requiert une sorte d'angoisse minimale, celle que nous a vons tous ppeu ou prou devant la toile blanche ou la feuille blanche, qui exerce une sorte de fascination du vide, et un appel quasi sacré à la création.

J'ai du mal à me représenter ce que serait la parfaite ataraxie du sage, ou l'in-différence pyrrhonienne. Mais il m'arrive quelquefois de la souhaiter quand la douleur est trop vive. Je sais aussi qu'il s'agit là d' idéaux un peu théoriques, qui ne peuvent jaillir que dans l'esprit de quelqu'un qui souffre. La sagesse est ainsi le revers glorieux de la souffrance. Si je m'interroge plus avant je me vois perpétuellemnt partagé entre une nature anxieuse de poète et un idéal de philosophe qui me séduit - dans les deux sens du mot : plaire et détourner de sa route.( Di-vertir). Dans ce va-et-vient je trouve un équilibre paradoxal fait d'angoisse et de calme, de tension et de détente, et surtout une sorte d'échappatoire à ce que chaque position peut avoir d'invivable. Mais du coup je ne suis nulle part chez moi, d'où l'occurrence inouïe des thèmes de l'errance dans mes textes.

Pour en revenir au thème, la santé de l'homme a quelque chose de vertigineusement indéfinissable. Je n'envie pas la sérénité du Chat, du moins pas longtemps. Mais j'avoue que la vie d'être conscient et libre me semble souvent très difficile. Là encore nous retrouvons le thème du langage, qui nous sépare à jamais de la vie universelle et nous inscrit dans un ordre symbolique très coûteux. Tout le problème est de pouvoir vivre sur les deux plans : celui de la réalité sociale, conventionnelle, artificielle, normée et contraignante tout en ayant accès à cette vérité entrevue du hors-social, du hors-langage qui fait tout le prix de la vie. Le bonheur du créateur ne peut être celui du consommateur, et c'est là que le fossé se creuse tragiquement, aujourd'hui, entre les deux ordres. Il n'en est que plus urgent de continuer dans la route que nous nous sommes tracée, même si le prix à payer est parfois lourd. Pour ma part je ne rêve plus de guérison, au sens médical, et selon la définition de l'OMS. Je me contenterai volontiers d'une humeur paisible traversée d'éclairs. La poésie est la fois souffrance et beauté. Toute la question est de trouver un rythme personnel, un mouvant équilibre, dans une sorte de danse cosmique!  "Chevaucher le vent" disent les Taoïstes.

Cette conversation à distance et en public virtuel me comble d'aise! Dommage que vous n'habitiez pas ici, pour les café_philo et les ateliers! Mais c'est déjà beaucoup d'échanger de la sorte GK

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