ATOMOS IDEA : DEMOCRITE
ATOMOS IDEA : démocrite
Qu’est-ce que l’atome ? « Atomos idea ». Comment comprendre cette expression ? Et quelles conséquences pour la pensée ?
Atomos, ici, est un adjectif : Indivisible
Idea : aspect premier, apparence (à partir d’un radical qui signifie voir). Rien, dans cette définition, ne signale une référence au corps, à la matérialité des corps. L’atome est l’œuvre du voir spéculatif, d’une vision intellectuelle. Mais pourquoi « indivisible » ? Il faut poser l’indivisibilité comme la limite au-delà de laquelle l’élément perd sa qualité propre en se dissolvant dans l’indéterminable. Nous sommes là dans une difficulté du langage : on aimerait parler de « forme », comprendre l’idea comme « forme », mais cette indication a le grand désavantage de convoquer la fixité, de figer l’atome dans une sorte d’être immuable et permanent, alors que pour Démocrite tout est mouvement. Tout sauf l’immobilité, la pérennité des idées platoniciennes.
Trois termes essentiels définissent ce mouvement des atomes :
Rhusmos : un mouvement rythmé, une cadence, un flux, ou si l’on veut, une coulée, une coulure : le trait de la plume et de l’encre sur le parchemin, ou le tracé du pinceau sur la toile. On peut parler de forme ou de figure à condition de les penser dans leur jaillissement et leur développement.
Diatigè : le contact. Traçant une lettre on met en contact des lignes avec d’autres lignes, des mots avec d’autres mots, combinaison féconde
Tropos : tour, façon de se tourner : des boucles, des allers et des retours, des cercles et des droites, variations et piétinements, géométrie dans l’espace.
De tout cela il faut conclure que Démocrite ne pose pas une théorie corpusculaire, une physique des particules, mais qu’il décrit le traçage de l’écriture. L’Atomos idea serait une lettre et la suite infinie des lettres constituerait le lexique insommable du Tout. Ce que nous croyons savoir du monde se résume à un discours, rien qu’un discours qui fait parler les astres, où nous n’entendons en retour rien que notre pathétique quête de sens. Il faut bien, pourtant, admettre qu’il y a « quelque chose » que notre science échoue à connaître, et que l’atome figure en dernier ressort, comme ce moins que rien qui n’est pas rien, réel indivisible.