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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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3 avril 2024

PRESQUE RIEN

 

 

 

Une scène de cinéma : une cantatrice célèbre, au sommet de sa carrière, se découvre un cancer qui va l'emporter sous peu. Bien sûr le médecin lui propose une chimiothérapie. Elle refuse : « Pourquoi m'infliger un traitement qui me ferait gagner tout au plus quelques semaines, pourquoi perdre ces beaux cheveux qui font ma grâce et ma jeunessse ?». « Mais alors, que ferez-vous ? » Elle montre du doigt une armoire basse, et dit : « J'écouterai tous ces arias magnifiques en dégustant un excellent vin, et le reste du temps je regarderai par la fenêtre le mouvement du monde ».

 

Je ne semble pas souffrir, pour l'heure, d'un cancer ou de quelque maladie scélérate, mais cela ne change rien à la chose, qui est l'imminence du trépas. Quelques jours, quelques semaines, quelques mois, ou même quelques années, le résultat, comme le voyait notre cantatrice, est rigoureusement le même. Nous sommes tous des morts en sursis, ou comme dit Epicure, des citadelles sans murailles. Aussi, ce programme musical, dégustatif et contemplatif me semble-t-il de la meilleure veine. Lorsque toute action dans le monde devient impossible, quand le corps refuse l'effort et que la pensée se retourne infailliblement vers l'origine, alors la méditation se fait d'elle-même nécessaire et facile. Quand on ne peut courir il faut s'asseoir. Alors peut commencer une tout autre histoire, où le sujet, sans plus s'agiter ni s'éparpiller, se replie sereinement sur son centre vide et laisse se dénouer les entraves et les nœuds du vouloir. Verra-t-on alors la lumière céleste, l'immensité du ciel ou les affres des enfers – ou alors, ne verra-t-on rien du tout ? Je pencherais plutôt pour le rien, le presque rien, ombres fumeuses et simulacres, presque rien tournoyant dans le rien.

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