RIEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL : l'Ecclésiaste
De ma relecture de l'Ecclésiaste je retiens deux phrases capitales, au demeurant extrèmement célèbres :
"Rien de nouveau sous le soleil"
"Vanité des vanités tout n'est que vanité"
La première, par ces temps de changement perpétuel, d'accélération massive et compulsive, apparaîtra comme une incongruité, voire une absurdité. Et pourtant...Si l'on écarte en pensée l'écume scintillante des apparences on verra en effet que dans les profondeurs rien ne change, que les mêmes passions de pouvoir, de montre et de jouissance mènent la danse, que les mêmes conflits, avec les mêmes acteurs, mènent le monde : les noms changent, hier César ou Napoléon, aujourd'hui...mettez qui vous voulez. Schopenhauer dira : le même théâtre de marionnettes, le même cercle du temps, le même insondable et absurde vouloir-vivre.
Comme on dit familièrement : plus ça change plus c'est la même chose, en quoi le bon peuple montre plus de bon sens que la plupart des philosophes.
L'intérêt de la formule c'est de faire comprendre qu'il n'y rien à espérer, ni aujourd'hui ni demain, ni pire ni meilleur : eadem sunt omnia semper (les choses sont toujours les mêmes) sed aliter (mais autrement). Le costume change mais pas l'homme. L'histoire ne vise aucun perfectionnement. Elle nous enseigne que les sociétés, comme tous les vivants, naissent, se développent, rayonnent quelque temps et disparaissent. il suffit parfois de quelques années pour détruire totalement l'empire le plus puissant. Et celui qui viendra connaîtra le même sort. Ce sont les mots de l'Ecclésiaste : ce qui a été, demain reviendra, sous une forme ou une autre. Nous voilà prévenus !
A quoi sert la connaissance si la connaissance accroît la douleur ? Cette terrible lucidité ne va pas sans chagrin, même si elle apporte aussi ses lumières. C'est dire que la sagesse ne nous délivrera pas du mal d'exister, mais elle nous offre aussi quelques consolations. De ne pas espérer trop, nous évitera du moins le naufrage du désespoir.