"ANGOISSE DU MONDE"
Je m'étais fait une règle de ne pas commenter les actualités afin de sauvegarder l'esprit et la qualité de ce blog voué à la méditation sous toutes ses formes. Pour autant je ne cessse pas de ressentir les choses comme tout un chacun, de m'informer, de réfléchir, de prendre position en d'autres lieux, et de voter. Je ne mélange pas les deux genres. Ce que je livre ici me semble infiniment plus décisif que ne seraient des opinions sur le temps qu'il fait, les affaires publiques et autres farinades, pour lesquelles je n'ai aucune compétence particulière, ni de goût.
Mais voilà : j'éprouve ces temps-ci une forme nouvelle d'angoisse, qui n'est pas exactement mon angoisse privée et personnelle, relevant de mes conflits psychiques personnels, mais une sorte d'angoisse diffuse, générale, perpétuelle, rétive à toute tentative d'explication ou de solution. C'est une angoisse "du monde", une angoisse au sujet de l'évolution du monde, une terreur vague et insinuante de la catastrophe, sous deux registres principaux. Géopolitique et climatique. La première est relativement lointaine, du moins c'est ainsi que nous raisonnons le plus souvent : après nous le déluge. On espère avoir encore quelques années, et puis on verra. Inutile de préciser que ce raisonnement est débile. L'autre, le désastre géopolitique est sous nos yeux, peut-être demain nous emportera-t-il. C'est le moment de savoir ce que nous voulons vraiment, et si nous voulons la vie, à quel taux nous fixerons sa valeur. Mais la vie elle-même, que vaut-elle sans la liberté ?
Depuis quelques décennies nous jouissons dans nos pays d'une certaine liberté politique et morale, certes très imparfaite, mais effective. Cela semblait aller de soi. Mais nous voyons à présent émerger autour de nous des formes inédites de totalitarisme, ou de "démocratures" dont le projet est clairement de supprimer la liberté et de vassaliser nos Etats qui ont fait le pari de la démocratie, qui, par cela même, leur semblent une menace pour leur survie. Ces événements calamiteux nous rappellent qu'en politique rien n'est jamais définitivement acquis, et que l'Histoire de l'humanité est essentiellement tragique. A tout instant ce qui est peut se renverser en son contraire.
Héraclite ne disait pas : la paix et la guerre, mais : guerre-paix, en deux mots contraires qui en font un. Certes la paix est le contraire de la guerre, au niveau conceptuel, mais dans les faits il n'est de paix sans force armée pour la défendre. C'est cette vérité de fait que nous avons trop oubliée en rêvant de paix universelle, oubliant que d'autres se gardent bien de rêver, qui nous menacent de ruine et d'asservissement. Souvenons-nous du propos de Machiavel estimant que les hommes sont "tous de tristes sires" et qu'en dernière analyse les institutions ne tiennent que si elles sont soutenues par la force. A nous de montrer que cette force peut ne pas être tyrannique et qu'elle garantit la liberté autant que la sécurité.