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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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26 octobre 2021

LE VIDE ET LA FORME

 

La forme est le vide

Le vide est la forme

Par vide il faut entendre le caractère impermanent, insubstantiel, relatif de toute "chose", aussi bien physique, physiologique ou mentale. Nulle part et en aucun lieu nous ne rencontrons quelque chose qui aurait la fixité, la fermeté, la substantialité de l'être. Ni être ni non-être, mais des processus, des mouvements, des évolutions, des apparitions et des disparitions. Toute forme est comme l'eau qui échappe à la prise, poursuivant de son mouvement propre la dérive universelle. Percevoir cela conduit à une forme de détachement général, de liberté, surtout si l'on applique la vision de la vacuité à sa propre personne : le moi est vide - ce qui ne signifie pas qu'il soit inexistant. il est passage comme tout le reste.

Le vide est la forme parce que le vide n'est pas un non-être, ou un néant, mais qu'il se manifeste dans l'univers des formes, pénétrant toutes les formes. De toute forme je ne peux dire ni qu'elle est ni qu'elle n'est pas. Si le vide est constitutif, la forme est le mode de son apparaître.

Faut-il conclure à l'identité du vide et de la forme ? Je ne le pense pas, le verbe être utilisé dans les deux propositions signale une correspondance plutôt qu'une identité. Si je dis "la forme est le vide" j'exprime non une équivalence, mais un mouvement de pensée (analytique) qui va de la forme vers le vide, je suis invité à me détourner du sens commun et de la perception commune pour saisir intuitivement le caractère fluent, impermanent de la forme. Cette phrase a valeur d'injonction, elle propose un modèle d'analyse dont la finalité est d'ouvrir l'intelligence à la vérité. L'autre phrase "le vide est la forme" a pour objet de dissoudre la tentation nihiliste qui affirmerait le non-être univresel, en signalant sans ambages que le monde où nous sommes est une collection indéfinie de formes dans lesquelles le vide est omniprésent. Nous sommes dans les formes, formes nous-mêmes, et c'est dans ce monde-ci qu'il faut comprendre et assumer la corrélation infrangible du vide et de la forme.

Cette subtile dialectique peut s'éclairer par une autre sentence en trois temps :

Au début les montagnes sont des montagnes

Puis les montagnes ne sont plus des montagnes

A la fin les montagnes sont des montagnes.

Le début désigne la perception commune : on voit des choses, on croit spontanément à la réalité des choses.

Puis vient le moment analytique : on décompose, inspecte, on voit se dissoudre l'apparence, on soupçonne, on découvre le vide.

Enfin on revient à la forme, mais ce n'est plus la même. Ce sont à nouveau des montagnes, mais ce n'est que très lointainement qu'elles corrrespondent à ce qu'elles étaient dans le premier temps. Dans la forme je vois le vide mais ce vide est bien une forme, rendue à sa perceptibilité, analysée, emportée dans le jeu du changement universel.

 

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Commentaires
G
Merci chère Hyacinthe pour ce mot chaleureux qui souligne à point nommé un certain retour à l'écriture... car enfin écrire c'est s'adresser à l'Autre, et si l'Autre répond c'est merveilleux !
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H
C'est une grande joie de découvrir et lire vos 2 derniers textes .Merci cher Guy
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