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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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6 janvier 2026

PLENITUDE du VIDE : ETHIQUE

La pensée a réalisé tout ce qu’elle peut lorsqu’elle révèle sans reste sa caducité. C’est la butée, où elle épuise ses ressources,  tel ce paradoxe fameux de la flèche qui n’atteint jamais la cible, sous le prétexte fallacieux que l’espace peut se diviser indéfiniment. Quand la pensée trébuche c’est l’action qui tranche : votre flèche ne redoute pas les arguties, mais vole droit vers la cible.

On nous a dit : « Au début était le verbe ». Sottise, enflure anthropocentrique. Goethe dit plus justement : « Au début était l’action ». Mais cela ne suffit point. Il n’y a pas de début, et l’action n’est point celle de l’homme, mais de la nature infinie, infiniment agissante.

Je n’ai que trop pensé, embourbé dans les marécages d’une préoccupation douteuse et soucieuse, par profession sans doute, par inclination dénaturée, par mélancolie. Quand on ne sait pas ce qu’on veut, on pense, et l’on croit trouver, en cherchant, une percée. Ce faisant on tourne en rond, comme le dit l’étymologie : chercher c’est tourner autour, mais autour de quoi ? Je le sais mieux aujourd’hui : autour d’un vide.

Ce moment est essentiel, et devrait nous délivrer : ce vide est ouverture.  Quand le logos s’épuise dans le cercle de la répétition, il faut s’arrêter, suspendre la quête, s’ouvrir au vide. Ici, vertige, ici réel : en deçà du langage, l’excédant, le débordant de toutes parts, les choses en elles-mêmes, l’abîme démocritéen, la source.

La parole, quand elle n’est pas vain discours, s’énonce à partir de cette faille essentielle,  et y reconduit. « Tout vient du Tao, tout y retourne ».

Ou pour parler grec : «  Toutes choses se déploient à partir de l’Apeiron, y retournent selon l’ordre du temps ».

Ainsi le vide est-il le moment de la Vérité. Fin de la quête. Il n’y a rien en de ça, ni au-delà. La pensée a fini son travail. Le sujet, désubjectivé, se repose dans la plénitude paradoxale du vide. C’est ainsi qu’il faut entendre la voie de la sagesse : Pyrrhon, Bouddha, Lao-Tseu.

Et c’est ici, également, que peut commencer l’action : sans but, sans passion, dans le plaisir d’être authentiquement ce qu’elle est : puissance se déployant dans la joie de son accomplissement.

C’est ainsi que l’on pourra méditer, sans esprit de profit. C’est ainsi que l’on pourra jouer et créer. C’est ainsi que l’on saura parler. Le vide est la certitude intérieure d’où procède la parole et l’agir.

C’est ainsi que l’expression : « parler selon la vérité » acquiert son sens plein : faire signe,  en parlant, vers la présence paradoxale du vide. Agir, de même, en laissant advenir les choses à partir du vide.

Ce qu’est le vide nul ne le sait, et ne peut le savoir. Ce n’est pas un savoir, c’est l’évidence au cœur des choses, c’est la vérité au cœur de la parole.

Soyons amis dans cette certitude : la véritable amitié est amitié selon la vérité.

 

 

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Commentaires
Y
à notre époque marquée par les démarches projets, par les inombrables "pré-actes" (mises en projets) ainsi que les non moins inombrables "post-actes" (évaluations de toutes sortes), je pense nécessaire de faire porter l'accens sur ce qui n'est jamais vraiment traiter : l'acte! Non pas ce qu'il y a avant ni ce qui vient après, mais précisément ce qui vient pendant. Gérard MENDEL, dans son ouvrage L'ACTE EST UNE AVENTURE a bien montré celà et je pense qu'il faudrait s'y pencher au risque du vertige que vous décrivez.<br /> <br /> Bien cordialement
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