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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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29 juillet 2021

Journal du 29 juillet 2021

 

On me dit :" Mais que se passe-t-il donc ? Vous écriviez presque tous les jours. Nous guettions la sortie de votre article, chaque matin, et vous voilà stérile comme une vieille femme !" C'est vrai, j'écris de moins en moins. Pour l'essentiel ce que j'avais à dire est publié, soit dans mes livres, soit sur le blog. J'ai très modestement le sentiment que je ne pourrais sans doute rien y ajouter de significatif. Vanité d'auteur ? Oui, sans doute, cela est inévitable. Mais pas seulement : j'ai passé ma vie à creuser, en archéologue de l'âme, quelques questions fondamentales, et j'aurais pu, comme Schopenhauer, déclarer que je déchiffrerai, à ma manière, l'énigme de la vie, en tout cas de la mienne. Vaste projet, un peu fou il est vrai, mais si exaltant ! Ai-je trouvé ? D'une certaine manière oui, même si je suis bien en peine de formuler la réponse. En fait il n'y a pas de réponse possible, plutôt des éléments fragmentaires, mobiles et disparates, qui ne font pas même série, et système encore moins. On peut continuer à l'infini, piochant et bêchant, sauf si par raison philosophique on décrète que la quête est achevée.

Certains aspirants bouddhistes passent trois ans, trois mois et trois jours à méditer en solitaire dans une grotte, dans l'espoir d'atteindre l'illumination. Pourquoi pas quatre, cinq, ou cinquante ans ? Il y a pourtant une certaine sagesse dans ce dispositif : quel que soit le résultat auquel vous êtes parvenu, quel que soit votre état au terme de l'entreprise, il faut arrêter, il faut rejoindre le monde commun, ce samsâra que vous avez prétendu comprendre et dépasser. C'est dire aussi qu'une compréhension intégrale est impossible, il faudra se contenter de ceci, et faire avec.

De même la psychanalyse qui s'initie du désir de savoir, qu'elle dure cinq ou quarante ans doit conduire à la reconnaissance d'un impossible dans l'ordre du savoir et de la jouissance, ce qui détermine une sorte de retournement subjectif. Là aussi on peut dire : il faut bien s'arrêter, mais ce n'est pas un arrêt de lassitude, c'est l'expérience du pas-tout, c'est le moment de vérité qui modifie de fond en comble toutes les représentations.

Ce moment de vérité déchire en deux la trame du temps. Il y a l'avant, voué aux chimères de l'illusion. Il y a l'après, où le sujet, dépris, s'essaie à dire le vrai.

Oui, il vaut mieux écrire un peu moins. On répètera moins. on se resserra sur l'essentiel. Mais nous savons bien que la vérité se dérobe quand on veut la saisir. Elle se voile et se dévoile, mais jamais complètement, et quand elle se dévoile le dévoilement est encore un voile. Ne pouvant la dire, toutefois nous nous efforcerons de faire signe vers son insistante et invisible présence.

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