VAG - ABONDAGES
Ce n’est pas assez de dire que le moi est passage et passagèreté. C’est une passoire où s’engouffrent tous les drames de l’histoire, et plus encore les tumultes du pulsionnel et de l’organique. On peut toujours se targuer d’être ferme, assuré, inamovible, ce ne sont là que turpitudes d’un esprit illusionné. Je sens en moi des variations perpétuelles qui me font douter de mon identité, mais nullement de ma singularité dont ce sont des marques indubitables. Ne me demandez pas : qui es-tu ? car je l’ignore moi-même, faute de trouver un seul élément qui ne soit vent, turbulence et tourbillon.
La situation serait intenable si je ne disposais de cet outil formidable de l’écriture qui, au long de ces années d’errance, m’a donné de quoi inscrire dans la mobilité du temps, une marque, un signe, constituant jour après jour un alphabet problématique. Ce n’est pas un miroir, encore moins une clôture qui garantirait l’unité du moi, lequel est définitivement effeuillé. C’est une activité symbolique totalement déconnectée du reste, qui a sa propre logique, son temps et sa signification propres. Quant aux bénéfices que l’écrivant en retire ils sont à peu près nuls.
D’aucuns écrivent pour oublier, d’autres pour se souvenir. On veut témoigner, attester. Quelques-uns croient qu’en écrivant ils vont soigner leurs blessures, ou repousser la mort. Mais l’écriture n’est pas une thérapie.
Naufragés approximatifs
Nous sommes d’eau, assurément,
Flottant, roulant,
Coulant, gorge brûlée de sel,
Soudain resurgissant,
Turgescents comme un cri vers le ciel,
Ni d’ici ni d’ailleurs,
Déshabités des clameurs de ce monde,
Nous errons, nous roulons,
Une île parfois brille comme un soleil
Entre mille marées
Quand le vent d’est déchire les murailles,
- Et parfois, ô merveille
Une plage miraculeuse accueille l’égaré
La brise berce doucement son sommeil
Pour un instant qui vaut l’éternité.