Passage - Passeurs
Nous ne sommes que passage. Pyrrhon citait abondamment ce vers d'Homère qu'il affectionnait : « Comme est la nature des feuilles, ainsi celle des hommes ». On peut s'offusquer, se juger déprécié et maudit, tant on se réclamait de l'être, qui nous échappe, et pour le dire tout net, de la permanence et de l'immortalité. Mais quoi, notre régime, comme de toute chose sous le soleil, c'est le « pas Tout », le « jamais Un », le transitoire, la passagèreté.
N'étant que passage nous mettrons notre gloire à nous affirmer passeurs. De ce que nous avons reçu en partage nous ferons le tri : rejetons, oublions tout ce qui pèse, tout ce qui nous tire vers le bas, tout ce qui nous diminue – et tant de choses que nous avons aimées, tant de livres, tant de pensées fécondes et fécondantes, portons les plus haut encore, diffusons les, faisons les croître et prospérer ! A défaut d'être des créateurs, des inventeurs, des musiciens d'énigme, au moins soyons passeurs, tisserands de cordes de lumière, d'une rive à l'autre, maîtrisant l'effroi des abîmes dans un coeur courageux !