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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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8 juin 2020

HABITER SON CORPS ?

 

Habiter son corps, la formule est plaisante ! Et où donc pourrait-on habiter si ce n'est ici, dans un corps qui nous situe nécessairement, irréfutablement, en un lieu et un temps strictement définis. A cela point d'échappatoire. 

Mais dire : habiter son corps, est plus une commodité de langage qu'une vérité. C'est le langage qui nous fait dire : "mon corps", alors qu'en fait je suis autant possédé par mon corps que je le possède. J'ai un corps et je suis ce corps. J'ai un corps dans la mesure où je puis décider de son entretien, de son alimentation, des exercices physiques, je puis même imaginer que je le dompte, le dresse, le guide comme un cheval, mais ces actions-mêmes nous confrontent rapidement à une limite que l'on peut bien tenter de repousser, jusqu'à la limite absolue. Et là, si on n'écoute pas le corps, c'est l'accident, la blessure, l'épuisement. En ce décours nous voyons que nous ne maîtrisons plus rien.

Certains, ne pouvant supporter cette humiliation, ou pour obéir à des injonctions d'excellence, auront recours à des drogues de diverses sortes, pour franchir la barrière. J'en conclus que le sport de compétition, dans certaines de ses formes excessives, est une aberration.

Dans mon jeune âge j'ai pratiqué avec grand plaisir divers sports collectifs : j'y étais assez bon, sans toucher à l'excellence, évitant par une sorte d'instinct de prudence, de trop solliciter mon corps. J'aimais l'ambiance des rencontres, des rivalités d'équipe, la belle camaraderie, l'effort, et les cris et les appels résonnant dans les salles, j'aimais gagner bien sûr, mais la défaite même ne m'offusquait pas, au regard de la beauté du sport.

Bien plus tard j'ai découvert les arts martiaux, et ce fut une seconde jeunesse ! Quarantaine heureuse ! J'y mis l'ardeur d'un jeune homme, le courage et la résolution d'un adolescent, et je voyais que mon corps était encore jeune, robuste, endurant, fiable. Je ne connus aucun accident, aucun épuisement alors que je ne ménageais aucun effort. Ce furent des expériences, des années magnifiques.

Vers cinquante-cinq ans je perçus qu'il fallait changer de direction, et pour parler un langage technique, laisser la voie externe pour me tourner vers la voie interne, vers une écoute attentive de l'énergie interne. Cette évolution me mènera progressivement vers le yoga, le Chi gong et la relaxation. Il ne s'agit plus de solliciter le corps vers une  expressivité maximale dans la débauche musculaire, mais de se retourner vers le centre intime, d'écouter la respiration, de lier étroitement la conscience et la posture, ou le mouvement, de manière à gagner au fil des séances le sentiment de l'unité corps-esprit. On passe insensiblement d'un régime ou la volonté s'applique à diriger le corps (le cavalier et le cheval) à un régime plus silencieux où le corps et l'esprit apprennent à cohabiter, et dans les moments heureux de la méditation, à s'unir dans le calme et la paix.

Ce sont des états rares et précieux qui ne durent guère, surtout quand il faut bien revenir à la vie ordinaire qui nous condamne au dualisme, mais ils nous enseignent que les deux formules : "j'ai un corps", "je suis mon corps" sont également fausses. L'esprit aurait tort à se considérer comme le maître souverain du corps, et il serait faux de se réduire à n'être qu'un corps. On ne peut davantage soutenir que le corps et l'esprit soient une seule et même chose (monisme). La seule formule qui convienne à peu près est de dire : non-dualisme. Ils ne sont ni un ni deux, leur liaison, incompréhensible, constitue cependant la réalité concrète de la vie.

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Commentaires
J
Bonjour Guy,<br /> <br /> en accord avec tes propos, moi c'était la planche à voile en compétition (deux fois second de Midi-Pyrénées, jamais premier, c'est tout moi - j'aurais pu mais j'avais assez prouvé).<br /> <br /> Je me suis aussi tourné vers l'intérieur, mais plus tard (la soixantaine) et pratique toujours, plutôt en accord avec le zen comme j'ai déjà dû le dire.<br /> <br /> Je regrette de n'avoir pas connu la méditation plus tôt, c'était ce qui manquait à ma vie.<br /> <br /> Je pratique aussi au quotidien un des exercices de la méthode du canadien Nadeau.
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