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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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9 mars 2026

MOITIE DE LA VIE : Poème de Hölderlin

 

               MOITIE DE LA VIE 

 

       Avec des poires jaunes, penche, 

       Et plein de roses sauvages,

       La campagne dans le lac.

       Vous, cygnes gracieux

       Et ivres de baisers,

       Trempez la tête

       Dans l'eau sainte et sobre.

 

      Malheur à moi, où prendrai-je,

      Quand c'est l'hiver, les fleurs, et où

      La clarté du soleil

      Et ombres de la terre ?

      Les murs se dressent

      Muets et froids, dans le vent

      Grincent les girouettes.

 

Hölderlin, autour de 1803, poème publié, avec huit autres, sous le titre : "Chants de nuit".

Ce court poème d'allure impressionniste, semble avoir plus fait pour la réputation tardive du poète que le restant de son oeuvre, jugée souvent obscure et inaccessible. Celui-ci parle de lui-même. On rêve avec lui au bord de ce lac de montagne, on se laisse bercer par la mélodie de l'âme : les cygnes plongent la tête dans l'eau "sainte et sobre" : heilignüchtern, mot composé qui allie le saint (heilig) au sobre (nüchtern), littéralement, à jeun. Sobriété junonienne, à l'opposé de l'exaltation dionysienne. Dans l'élément "eau" retourne l'ardeur du feu et se calme le coeur. Mais la seconde strophe, une antistrophe pourrait-on dire, réveille la douleur, le sentiment de délaissement : murs "sans parole" - sprachlos - froids, décrivant le cercle tragique de l'enfermement et de l'aphasie. Prémonition ? Anticipation de ce que sera le destin du poète ? Plus profondément, on peut penser qu'au delà de la dimenson autobiographique, Hölderlin expose la condition de l'homme moderne, a-theos, rendu à la froidure d'un espace sans direction, sans boussole et sans repère.

Le dernier vers pose un problème insoluble au traducteur : "klirren die Fahnen". Fahne, au sens strict, c'est le drapeau. Mais "klirren" évoque un grincement métallique. On ne peut dire qu'un drapeau grince, ou cliquète. "Girouette" est un sens dérivé de Fahne". Il m'a semblé conforme à la résonance du vers de traduire : "grincent les girouettes". Ce que d'ailleurs d'autres traductions ont proposé avant moi.

Traduire c'est trahir, mais essayons du moins de rendre en notre langue quelque chose de la musicalité, sans altérer le sens, au plus près de l'original.

       

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Commentaires
R
Merci pour vos travaux, M. Karl.
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A
Merci pour votre recommandation, je vais essayer de me procurer cet ouvrage. Son nom ne m'est par ailleurs pas inconnue, j'avais déjà lu un article très intéressant de cet auteur : https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2016-1-page-31.htm<br /> <br /> Bref, vos indications sont tout à fait intéressantes et j'espère trouver dans cet ouvrage quelques éclaircissements. Merci.
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X
N’ayez pas peur du poète en sa noble colère, sa lettre<br /> <br /> Frappe à mort, mais l’esprit rend les esprits vivants. <br /> <br /> <br /> <br /> Holderlin
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G
Permettez-moi, cher monsieur, de vous recommander le livre de Françoise Dastur : Tragédie et Modernité, un excellent travail sur la pensée de HOlderlin,. On y voit comment il considère le modèle grec qui part uu feu du ciel pour aller vers la maîtrise de la forme, et finit par perdre son génie.Le moderne à l'inverse, à l'aise dans la composition, doit retrouver le feu du ciel (Apollon), s'y régénérer, puis conquérir la sobriété junonienne, créant ainsi un art nouveau, original, qui ne soit pas une duplication du grec. Retour au Vaterland (le pays du Père), et non pas la Heimat, terre maternelle, qu'il faut quitter pour l'étranger, et en revenir pour conquérir le "propre". Cette dialectique ouvre à la compréhension des hymnes tardifs, les plus beaux qu'il soit donné de lire.<br /> <br /> J'ai lu Alter, et Berteaux, et Härtling. Les trois sont remarquables.<br /> <br /> Merci pour votre appréciation encourageante de mon blog. C'est toujours une émotion puissante de rencontrer un esprit qui partage l'amour de la beauté et de la vérité.Bien à vous.
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A
Je me suis souvent interrogé sur cet aspect dans l’œuvre et la réflexion de Hölderlin, à savoir ce qu'il nomme l'enthousiasme et la sobriété. Il semble que ce soit là un développement décisif et comme un effet de balance : lui qui se compara à Tantale pour avoir reçu des dieux plus qu'il n'en pouvait, avait-il d'autre choix qu'une forme de retrait sous peine de se voir céder ?<br /> <br /> A moins que le sobriété soit un dépassement, un au-delà de l'enthousiasme ou une forme de souveraineté de ce qui, jeune et inexpérimenté, ne peut que nous déborder ? Mais en même temps, ce débordement n'est-il pas ce qu'il y a de plus proche, de plus "adéquat" pour exprimer le fond même de la vie ? Et j'ajouterai encore : malgré la sobriété conquise, la poésie de Hölderlin n'a-t-elle jamais continué d’être toute animée par cet enthousiasme ?<br /> <br /> <br /> <br /> J'ai plusieurs fois essayé de m'atteler à ses essais mais je crains que mes lacunes ne soient trop importantes pour arriver à en saisir toute la portée ainsi que la complexité. Ce qui m fait dire encore une chose : mon intuition me dit que ce qui a fait basculé Hölderlin dans cet état de trouble (que je ne peux pour ma part me résoudre à qualifier de folie), bref, cela tient autant de ce trop-plein de lumière que de son obsession à mettre à nu la vérité, d'expliquer "rationnellement" l'intuition poétique... L'un comme l'autre l'ont épuisé dans leur quête respective ; et dans ces deux domaines il se sera montré le plus grand et aussi le plus subtil.<br /> <br /> <br /> <br /> Sinon avez-vous lu la biographie écrite par André Alter ? C'est le plus bel ouvrage qu'il m'ait été donné de lire sur Hölderlin. On sent que l'auteur est traversé du même souffle qui animait la poésie de Hölderlin, tout son ouvrage en est merveilleusement imprégné... Bref, je vous le conseille sans retenue :<br /> <br /> http://www.champ-vallon.com/andre-alter-holderlin-le-chemin-de-lumiere/<br /> <br /> <br /> <br /> PS : Sinon je viens ponctuellement consulter votre blog (ainsi que celui d'un certain Parménide, que j'ai découvert en venant ici) et c'est toujours un grand plaisir de vous lire. Il est bien rare que l'on puisse lire quelqu'un avec qui l'on se sent autant d'affinités dans les idées, dans l'intuition... Une des rares qualités d'internet en ces temps d'aliénation et de repli !<br /> <br /> <br /> <br /> Voilà, cela faisait un moment que je souhaitais vous laisser un mot et c'est maintenant chose faite.<br /> <br /> A bientôt.
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