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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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11 octobre 2025

LA JOIE d' ECRIRE

 

C'est toujours une fête : m'asseoir à mon fauteuil, ouvrir mon ordinateur, allumer la première pipe du jour, la plus savoureuse, la plus goûteuse, la plus odorante et confortante, puis regarder rapidement les nouvelles des amis, lire leurs articles, flâner de ci de là, respirer un bon coup - et puis voilà, le travail commence ! Souvent je ne sais pas du tout de quoi je vais écrire, j'ai rarement un projet défini, sauf lorsqu'une question existentielle me taraude, et que je veuille clarifier. Parfois je traîne de la sorte un problème plusieurs jours de suite, attendant le moment où je me sente assez avancé pour le traiter avec méthode dans un nouvel article. Mais je ne fais jamais de plan, je me lance tête baissée, j'enfourche mon sujet et je cavale à la hussarde, indifférent au but, à la conclusion, indifférent à tout sauf à la phrase que je suis en train d'écrire. Le bon archer ne vise pas, il tire, et de la sorte il atteint forcément son but, qui n'est pas de tuer l'adversaire, mais de tirer. 

Pour démarrer il me faut une phrase, ou un bout de phrase, une locution qui sonne, venue je ne sais d'où, et qui exprime quelque chose d'essentiel pour moi, tel que je suis en ce moment. Tant que cette apparition quasi divine n'a pas lieu, je suis en silence, j'attends, je rêvasse, je me rends disponible, et surtout, je n'écris rien. Je me méfie de toute production forcée, intellectuelle et universitaire. Je ne fais pas de traité, de somme philosophique, de dissertation, et à dire vrai mon écriture primesautière, hachée et décousue est aux antipodes de la sage écriture classique de la philosophie telle qu'on l'enseigne et la pratique dans les Facultés. Je m'abandonne aux démons et aux anges, je vaticine, je folâtre sans autre but que de m'étirer de toutes mes fibres, de bailler et de me débattre comme un beau diable dans les bosquets fleuris de mon imagination. Et s'il m'arrive d'examiner avec sérieux tel auteur ou telle pensée, c'est encore pour en tirer quelque miel, de quoi dynamiser mon énergie. Rien de scolaire là dedans, mais une humeur, tantôt grave et mélancolique, mais plus souvent allègre, espiègle et virevoltante.

C'est la joie qui pousse à écrire, c'est la joie qui soutient l'écriture et la mène à son terme. Au bout d'une heure ou deux je sens fléchir l'inspiration, je suis comme le cheval qui flaire l'avoine, et je sais qu'il faut songer à finir. Parfois la conclusion me fait problème, je ne trouve pas la bonne formule qui sache clore. Là aussi je fais silence, attendant la manne divine. J'ai conscience que la conclusion est extrêmement importante, qu'une fin bâclée ruine immanquablement le texte, fût-il excellent par ailleurs. Parfois c'est une citation bien venue qui s'impose d'elle-même, le plus souvent c'est un raccourci incisif, un apophtegme inattendu, dans tous les cas il faut dire quelque chose de l'ordre de la vérité. Car en dernier ressort c'est la vérité seule qui importe.

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Commentaires
O
Il y a une ferveur patiente en attente d’inspiration, cette grâce gratuite, qui vient ou ne vient pas, de Dieu, évidemment, qui n’existe pas. Et l’on préfère dire « le divin », présence flottante d’un « je ne sais quoi, d’un presque rien » mais essentiel, sans risquer la faiblesse que nous avons de vouloir personnaliser, ce qui inclinerait à l’idolâtrie.
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