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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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25 avril 2026

ESSAIS de POETOLOGIE (6) - De la métaphore (2)

 

DE LA METAPHORE (2)

 

 

Dans le silence de l'âme, soudain, une vive impression, une couleur, un son, une qualité sensible fait irruption, s'impose dans l'immédiateté, s'offre comme une grâce imprévue, miraculeuse. C'est un instant magique, vite perdu si l'attention ne le recueille, ne le prolonge dans la sensation recueillie. Et c'est, pour le poète, le don divin d'un mot, d'un bout de phrase, d'un fragment de vers, d'une association verbale, d'une tonalité et d'un rythme que rien ne préparait, que rien ne laissait présager, et qui se donne sans effort, sans intention, vibrant de sa flèche dorée dans le coeur réceptif. Et c'est toujours une surprise car jamais la pensée consciente et laborieuse n'aurait pu élaborer cette trouvaille. "Le don des dieux" disait Valéry. Plus simplement, plus prosaïquement, le don de la perception gratuite et désintéressée.

C'est ainsi que je comprends le mot de Gilles Deleuze expliquant que l'oeuvre d'art s'origine d'un percept - non d'un concept.      

"Rouge le parc flamboie"... J'ignore ce que cela vaut, mais l'expression s'est imposée comme une évidence, comme la transposition immédiate, en mots et rythme, en couleur et image, d'une perception soudaine, irruptive, de la fulgurance indicible du soir d'automne. J'imagine aisément qu'Homère, au spectacle de la lumière naissante, ait vécu dans sa chair l'évidence de "l'aurore aux doigts de rose". Il est ainsi de multiples poèmes qui s'ouvrent sur l'offrande de la merveille. 

Plus difficile est la suite, si les mots ne viennent plus, si le dieu s'abstient de souffler, d'inspirer, d'enthousiasmer. Car ce début est un don, mais aussi une exigence : la promesse d'une beauté dont seule la prémisse a été dévoilée. Le poème, en son entier se doit de faire vibrer plus avant la sensation éveillée, de susciter, par les ressources de l'art, l'intuition, et de la porter à son acmé.

Ce que je trouve remarquable, dans cette expérience, c'est la méta-phore, la transposition miraculeuse de la sensation en mots, et parfois en mots justes, c'est l'absence d'intention, une certaine qualité de silence, une sorte de vacuité spirituelle, et qu'elles seules nous mettent en présence de la beauté, qu'elles seules puissent, sans effort, sans intention, se laisser féconder, que le silence engendre de lui-même les mots du poème, avec en plus la sensation de justesse, d'équivalence, de transposition heureuse.

Il est en nous de secrètes ressources, des forces de symbolisation dont l'origine nous est inconnue, la puissance incontrôlable, les effets imprévisibles. Pensées nous viennent, pensées s'en vont. Le mieux est d'apprendre à écouter, paisiblement, ce que les dieux obscurs ont à nous dire.

 

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