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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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18 février 2026

QUE CHERCHONS-NOUS ?

L'autre nuit je rêvais de château, mais la singularité de ce rêve tenait au fait que j'errais à la recherche d'un château dont j'avais oublié la situation exacte, et pire encore, le nom. Je savais toutefois que cette destination se situait quelque part dans le nord-est de l'Alsace mais cela ne suffisait pas pour y parvenir. Je m'adresse à toutes les personnes que je rencontre, mais, évidemment, faute de données plus précises, personne ne peut me fournir de renseignements valables. Si bien que j'erre interminablement par les routes et les chemins. Bien entendu je ne trouverai pas ce que je cherche.

Je sais ce que cherche/je ne sais pas ce que je cherche

Ce que je cherche a un nom/je ne connais pas ce nom

Ai-je jadis connu ce nom : l'ai-je oublié ?

Ce nom colle t-il à la chose / de quelle chose ce nom est-il le nom ?

L'absence du nom crée un trou dans le savoir / c'est ce trou qui motive la recherche

D'où un paradoxe de la plus haute importance : nous cherchons quelque chose qui existe de manière vague et voilée, suffisante à mobiliser toute notre énergie, tout notre désir de savoir, sans savoir quelle est la nature de cette chose, si même elle existe, sous quelle forme et sous quels cieux. Et supposant que l'on trouve quelque chose, comment saurons-nous si c'est la bonne, ou si c'est une chimère, une illusion, un rêve ?

Ce que nous cherchons a le statut de la métaphore : faute de savoir exactement quel est l'objet de la recherche on se donnera un tenant-lieu, un représentant, un quasi-objet qui pourra fonctionner, et faire fonctionner, comme s'il était le vrai objet. Il arrive parfois que ce quasi-objet révèle brutalement son inanité, plongeant le sujet dans la sidération du vide. Un tel qui poursuivait inlassablement des objectifs politiques, assoiffé de pouvoir et de renommée, s'aperçoit soudain qu'il y a perdu sa vie, que ces ambitions ne sont que fumée et poursuite du vent. Imaginons qu'il soit doué de quelque intelligence : il se détournera, il se retirera, il se resserrera sur sa vie privée, il cultivera son jardin. Peut-être, mais la chose n'est évidemment pas sûre, sera-t-il ainsi au plus près de sa vérité personnelle, plus près en somme de ce mystérieux "objet" du désir ? Je dis "objet" parce que la langue l'impose, mais ce n'est nullement un objet, et comme l'indique le rêve ce quelque chose là est impossible à situer (dans l'espace et le temps), et plus encore impossible à nommer ou à définir.

Ce qui motive structurellement le désir, comme trou dans le savoir, n'a pas de nom, pas d'identité repérable, ce qui n'empêche pas qu'il occupe une place décisive dans la psyché, éminente quoique voilée.

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