Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
Publicité
LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
Archives
Visiteurs
Depuis la création 1 095 293
26 mai 2025

Du BEAU

 

 

'"Il nous faut honorer le beau, les vertus et les choses de ce genre s'ils procurent du plaisir ; mais s'ils ne le font pas il faut leur dire adieu". (Epicure : "De la fin", cité par Athénée)

Le beau est susceptible de procurer du plaisir, et c'est à ce titre qu'il mérite notre considération. Il est subordonné à la fin générale de la "nature" (suivre la voie du plaisir, éviter la douleur), qui préside à l'éthique comme vie bonne et et belle. On remarquera la différence éclatante avec la thèse de Platon qui place le Beau au sommet de la dialectique ascendante, dans le Banquet notamment, comme Idée Intelligible, en relation avec les Idées du Vrai et du Bien. Gravir les échelons de la beauté, de la beauté d'un seul corps, puis des corps, d'une âme, puis des âmes, des vertus et des lois, tel est le parcours de l'amant-philosophe appelé à quitter le plan sensible pour s'élever par degrés jusqu'au faîte de la contemplation. Alors le néophyte accèdera à la félicité des Bienheureux. Rien de tel chez Epicure : le beau s'écrit en minuscule, il n'est pas une essence éternelle, il ne mène à aucun accomplissement spirituel, à aucune béatitude métaphysique, il est une qualité des choses et des situations, qui peut s'apprécier ou non selon les circonstances. Il ne possède aucun caractère sacré, ne garantit nulle élévation de l'âme, et s'il nous ravit tantôt, il peut aussi bien nous tromper par de fallacieuses promesses. "Le beau est une promesse de bonheur" écrivait, je crois, Stendhal. Mais Valéry objecte : "le beau est ce qui désespère". Ambivalence indépassable, le beau apportant une satisfaction qui peut séduire, conforter, ou leurrer. C'est à ce titre qu'Epicure se méfiait de la poésie au motif que les poètes répandent des idées fausses sur l'univers, les dieux et les hommes, propageant de fallacieuses conceptions mythologiques, entretenant la terreur ou d'absurdes espérances d'immortalité. Pourtant le même Epicure soutient que le sage "sera plus charmé que les autres hommes par les spectacles" (DL,X, 121). C'est que le spectacle tragique ou comique est infiniment proche de la réalité, exposant les vicissitudes humaines avec la plus grande rigueur. Quand le beau expose le vrai il ajoute le plaisir esthétique au plaisir de la connaissance. 

Platon voulait que l'on définisse le Beau en soi. Qu'est ce que beau? demande le Socrate platonicien à Hippias, lequel n'est guère embarrassé, déclarant que "le beau c'est une belle fille". A quoi Socrate rétorque qu'il ne veut pas un exemple mais une définition universelle. Hippias n'est pas en reste et énumère successivement  : une belle cavale, une belle lyre, un belle marmite, ou les dieux, ou l'or, ou tout ce qu'on voudra. Il est de bon ton, dans les Universités, de moquer le brave Hippias qui, décidément ne comprend rien, se vautre dans le sensible au lieu de concevoir l'idée du Beau en soi et d'en donner la définition. Mais cette définition on l'attend depuis vingt-cinq siècles, et on l'attendra indéfiniment ! Et comment définira t-on le sec, l'humide, le chaud et le froid, et qualités du même genre? C'est se donner bien du mal, alors que tout un chacun sait parfaitement quand il est au sec et quand ses chaussettes sont  trempées ! Non, par le chien, cet Hippias n'est pas un idiot ! Il refuse tout simplement de séparer la qualité sensible de la chose à laquelle cette qualité est substantiellement liée. Une belle marmite, comme une belle fille d'ailleurs, n'est pas une marmite en soi plus de la beauté en soi, c'est une belle marmite, voilà tout!

Avez-vous déjà rencontré une qualité qui ne soit qualité d'un objet, qualité pure, qualité en soi, flottant toute nue dans le ciel intelligible? 

Les Chinois, à ce que déclare François Julien, ne s'encombrent pas à définir le beau : ils font de beaux poèmes.

Il ne faut pas hypostasier, c'est toujours à nouveau une procédure captative, qui sent son dévot. Retour aux choses mêmes, dans la floraison et la décomposition. Il en va de la beauté comme des vertus, qualités ambivalentes. A nous de savoir juger et choisir.

 

 

Publicité
Commentaires
P
Pour éloge d'Epicure : Bravo !!!<br /> <br /> Pour du Beau : Bravo !!!
Répondre
J
Épicure aurait pu écrire les paroles de la chanson du Pâtre Grec. "Nous avons toute la vie pour nous amuser. Nous avons toute la mort pour nous reposer..." Le titre de la chanson ? "La philosophie". Georges Moustaki était bien le plus philosophe de tous les chanteurs Français. Ma parenthèse, hélas d'actualité, n'était pas négligeable, dans une discussion philosophique. De plus, le spectacle que nous offre la chanson poétique nous aide à nous rapprocher de la passion du Beau.
Répondre
G
De toute manière Kant déplaçait la question, hors de la métaphysique, en cherchant à définir le beau à la fois comme expérience sensible et comme concept (problématique) Je pense également que ce qui est déterminant c'est l'impression subjective : pas d' expérience du beau sans une émotion de plaisir.Ce qui est remarquable c'est que le plaisir esthétique se déroule aussi bien au niveau de la sensation, de l'émotion et de l'intellect : un plaisir global qui touche,les sens,ravit le coeur et séduit l'intelligence. Reste à voir le rapport qu'il peut entretenir avec le désir, et là les choses sont volontiers ambiguës.. Selon les uns il calme le désir en suspendant la volonté (Schopenhauer), selon d'autres il exacerbe les passions. C'est là que la sentence d'Epicure prend tout son sens.
Répondre
S
Je veux bien choisir et juger entre ces différentes « positions » philosophiques mais je ne peux pas juger ou pré-juger au sens de la conscience commune du beau. Pour autant, j’aime l’idée chez Kant qu’un « jugement » de goût sans apport de connaissance soit universel. Ainsi, cela voudrait dire qu’il existerait une universalité de l’état subjectif provoquée par le plaisir liée à la beauté de la nature, plaisir strictement désintéressé. Je crois qu’il s’agit là d’une expérience intrinsèquement solitaire en dépit de son caractère ou process universel car dans cet état de solitude avérée, l’esprit ne cherche aucune comparaison avec le jugement d’autrui (snobisme de l’art ou de la culture). La beauté de la nature suscite et provoque le libre jeu des facultés humaines, comme l’eau vive d’un ruisseau qui caresse la pierre ou des guirlandes de fleurs éprises de l’ombre des saules et des osières sans aucune détermination préalable.
Répondre
D
Kant s'est essayé à la paradoxale définition du beau dans la Critique du jugement : "Le beau est ce qui plaît universellement sans concept". En le distinguant de l'agréable, en évitant le piège du relativisme mais dans le même temps, en indiquant cette aporie indépassable que constitue l'impossible conceptualisation du beau, celui-ci reste une exigence de la raison au milieu des choses, au coeur de l'expérience qui devient chez l'homme sensible et raisonnable une expérience esthétique qu'on ne saurait ramener sans amoindrissement à la sensation immédiate et brute. La dualité de l'homme se concentre dans l'expérience du beau et avec elle, c'est l'homme comme paradoxe qui devient curieusement tangible.
Répondre
Newsletter
151 abonnés
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Publicité
Publicité