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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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31 janvier 2012

Sur la MORT d'un AMI

« Tous ceux qui ont eu la possibilité de se procurer, grâce à ceux qui les entourent, le sentiment de complète sécurité, ont vécu ainsi les uns avec les autres avec le plus de plaisir, possédant la garantie la plus solide, et, après avoir eu en partage l’amitié dans sa plénitude, ils n’ont pas gémi, comme si son sort était digne de pitié, sur la mort de celui qui avait, avant eux, fini sa vie ». (Maxime capitale,  XL).

Est-il juste de pleurer celui qui fut heureux ? Ce n’est pas sur lui que l’on pleure mais sur soi-même, d’avoir perdu un ami très cher. Cette perte nous la vivons comme irrémédiable. Elle l’est. Mais c’est à nous- mêmes que nous devons réfléchir en considérant la nature de notre attachement.  Nous avons le sentiment, en perdant un ami, de nous perdre nous-mêmes, ou du moins une partie de nous-mêmes, et de la sorte nous sommes confrontés à notre propre mort. Il en va de même de la vieillesse qui nous dépèce pièce par pièce, emportant chaque jour quelque morceau de notre être. Et, à la fin nous ne sommes plus qu’un fade compendium de chairs molles, à moins que notre esprit ait su gagner la pleine sérénité, et conserver en gratitude le souvenir heureux des jours passés. Ce qui se perd d’un côté peut se gagner de l’autre. Il est possible, si la maladie nous épargne, et la dégénérescence mentale, de se resserrer sur l’essentiel et de goûter la saveur d’un présent qui a tous les caractères d’un bien immortel.

« Soyons en sympathie avec nos amis non en gémissant, mais en méditant » (Sentence vaticane, 66).

C’est l’image d’un homme jeune, rayonnant de beauté et de générosité que je veux garder en mémoire, veillant sur la pérennité, l’incorruptibilité de son souvenir. Il m’est agréable de penser que nous fûmes auprès de lui, et lui auprès de nous, goûtant la douceur de l’amitié dans sa plénitude. Aussi ne faut-il rien regretter. Ce n’est pas à nous de juger des circonstances de sa mort, supputant à l’envi les conditions, les raisons, les circonstances, démêlant  opiniâtrement et faussement les hasards et les mobiles. Nous ne saurons jamais, et cela aussi il faut l’accepter.

Epicure lui-même fut frappé par le sort en perdant son ami Métrodore, auquel il consacra un ouvrage (perdu), qu’il mentionne expressément dans son testament, et dont il célèbre le courage devant les souffrances et la mort. Il y eut, avant Montaigne et La Boétie, cet exemple d’amitié philosophique indéfectible, qui se continue bien après la mort, et se transfigure en figure exemplaire.

On ne saurait critiquer la juste douleur de l’endeuillé. Laissons faire le temps qui dissipe les chagrins, mais laissons, dans le temps même, se préserver l’image de celui qui fut des nôtres, et dont le rayonnement continue de nous inspirer. Dans le deuil il importe de faire une séparation décisive : nul ne peut faire que ce qui a eu lieu n’ait pas eu lieu, mais notre esprit peut conserver, garder vivante  l’image lumineuse de celui qui fut.

 

 

 

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Commentaires
G
Merci, chers amis, pour ces contributions si belles, émouvantes et profondément senties. Je pense en effet que nous sommes trop souvent dans une sorte de silence alors qu'il faudrait dire notre affection quand les amis sont bien vivants et proches de nous.Trop de pudeur, de convention, de retenue, et vient un moment où il est trop tard pour la franchise et l'expression simple et directe. C'est alors que nous pouvons éprouver un stérile regret. En effet vivons, et sachons mieux dire notre plaisir à vivre au milieu de nos amis!
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M
Merci Cher GK, que de finesse et de justesse dans vos propos. En vous lisant, je pensais à cette « drôle » d’amitié qui unissait Sartre et Camus, en dépit de leur engagement politique différent et on en peut plus divergent. D’un côté, l’auteur de la « Peste » né à Alger dans une famille plutôt modeste, et de l’autre côté J.P Sartre issu d’une famille alsacienne, protestante et bourgeoise. A ce niveau là, leur plus grand point commun est sans doute le fait qu’ils n’ont tous les deux jamais connu leur père. <br /> <br /> En revanche, sur le plan intellectuel, la situation était assez frictionnelle entre les deux hommes, l’un défendait le modèle soviétique, pendant que l’autre dénonçait ses atrocités. <br /> <br /> Camus disparut prématurément dans des circonstances tragiques que nous connaissons, à cette nouvelle Jean- Paul Sartre fut extrêmement peiné. <br /> <br /> Que se passait-il donc ? Pas grand-chose juste ceci. Au-delà de leurs clivages politiques, l’auteur de « l’Etre et du Néant » venait de perdre quelqu’un d’essentiel : comme lui un combattant pour la liberté. Dans l’absolu, cela se traduisait dans une aspiration identique irriguée çà et là par des chemins très différents. Qu’importe ! <br /> <br /> Que pouvons nous dire cher GK sinon que de ce type d’amitié on n’en sort pas indemne, car trop personnelle, trop intime, trop jubilatoire pour être dévoilée ou décryptée à tout prix et malmenée assurément. N’est-ce pas le Directeur des Temps modernes qui écrira aussi ces quelques mots : <br /> <br /> « Mon cher Camus, Beaucoup de choses nous rapprochaient, peu nous séparaient. Mais ce peu était encore trop ». Il est donc URGENT de vivre, à défaut de les DIRE ces moments là rares et précieux.
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D
La tristesse qui peut saisir l'homme découvrant avec effroi la perte irrémédiable de cet autre qu'il côtoyait et dont il appréciait la justesse du propos, la poésie, la tonalité, la sensibilité n'est pas non plus sans rapport avec le sens d'une amitié qui n'a peut être pas été réellement pensée comme telle,et placée psychiquement comme telle. La mort d'un ami, oui, mais savons-nous vraiment qui sont nos amis et ce qu'est l'ami en vérité ?<br /> <br /> <br /> <br /> La douleur est aussi cette découverte définitive que nous vivions un rapport décisif à la pensée, à la vie, aux questions essentielles sans avoir pu reconnaître qu'en cela nous étions des amis, heureux de nous rencontrer dans le jardin rare et précieux de la philosophie que nous avions en partage.<br /> <br /> Avions-nous seulement conscience de vivre pleinement une amitié féconde parce que philosophique, parce que nourrie de cette source commune, de cette énigme qui nous traverse et qui a scellé notre rencontre sur le terrain choisi de la libre pensée ?<br /> <br /> <br /> <br /> N'aurions-nous pas souhaité dire à cet autre disparu : "tu es mon ami, je suis ton ami car nous avons le sens de la vérité en partage et ce lien est plus fort que la mort, plus fort que la tristesse qui alourdit le pas."<br /> <br /> <br /> <br /> La mort ne nous prive-t-elle pas trop souvent de ce "dire" faute d'avoir conscience de l'amitié véritable ? Ne nous prive-t-elle de la belle amitié stellaire dont parle Nietzsche ayant dramatiquement oublié que sur terre nous étions réellement des amis ?
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