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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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30 janvier 2012

De l'INTUITION en PHILOSOPHIE

Toute philosophie digne de ce nom repose sur une intuition centrale que le penseur a saisie comme vérité de son être. Lorsque Schopenhauer invente le concept de « vouloir-vivre » il exprime ce qu’il a découvert comme vérité de son être. C’est en quoi son intuition est éternellement vraie, indubitable et incontestable. Mais en tant que penseur il fait plus, il généralise son idée, l’extériorise, en fait une clé pour résoudre l’énigme du monde. « J’ai vu que la vie était une grande énigme, et j’ai décidé de consacrer la mienne à la résoudre ». Tout comme Champollion devant la pierre de Rosette, Schopenhauer sera le déchiffreur, considérant les choses visibles comme des représentations, ou, si l’on veut, comme des textes de rêves nocturnes dont il est possible de faire l’interprétation. Le vouloir-vivre sera la clé qui ouvrira la porte des mystères. Ou, comme il dit ailleurs : la voie secrète qui donne accès au cœur de la forteresse. Quoi qu’on puisse penser de ce projet il restera comme un monument de pensée. C’est en quoi il est indéboulonnable.

L’intuition est une vision, comme l’indique l’étymologie : intueri : voir. Mais c’est un voir qui dépasse le voir ordinaire, qui se contente en général d’errer d’objet en objet, au gré de la fantaisie ou de la nécessité. L’intuition est une vision de la totalité. C’est ainsi que Démocrite, par exemple, voit le tourbillon universel générant les mondes, les terres et les mers, les astres et les vivants dans l’immensité du vide. Ce qu’il a vu nous pouvons le voir à sa suite, le contempler à notre tour. Quels que soient les progrès de l’astrophysique contemporaine et à venir, cette intuition conserve son extraordinaire pouvoir de fascination, échappant sans peine à toutes les réfutations ponctuelles.

J’ai vécu, j’étais encore un enfant, une expérience bouleversante en contemplant le ciel d’été, immense, vibrant de mille lumières stellaires, sublime, grandiose et accablant. Je me souviens encore de l’émotion indicible qui m’a saisi alors, me précipitant dans une sorte d’allégresse mystique, entre exaltation et terreur. Pris de panique, je me réfugiai dans la grange, et de longs moments je restai comme hagard, hésitant entre terre et ciel, comme incapable de reprendre pied dans la vie ordinaire. J’avais fait sans le savoir l’expérience du sublime de terreur. Et sans le savoir j’étais né pour la philosophie.

Plus tard je rencontrai la belle expression de Lucrèce : « voluptas atque horror », et j’y reconnus instantanément la teneur de cette émotion ancienne, si souvent retrouvée depuis. Lorsque les Anciens nous parlent du Tout je me sens en immédiate affinité, je reconnais l’intuition fondamentale, je retrouve l’émotion fondatrice.

Ainsi fortifié par la contemplation je n’ai pas été bien longtemps égaré par les constructions fallacieuses de la religion. J’avais cette paisible certitude de la divinité de ce monde-ci, de l’immensité sublime de la nature, de la vérité immanente des choses. Ce sentiment fonde la poésie, cette évidence donne à la philosophie son assise inébranlable. Il ne me restait plus qu’à lite les Atomistes pour savoir quelle serait  dorénavant ma vérité.

Je ne crois pas que l’on puisse accéder à l’essence intime des choses, mais cela n’a pas d’importance. Il suffit de se positionner correctement dans le monde sensible, de s’accepter comme fils de la nature, et d’agir pour le mieux. Laissons le reste aux faiseurs de fable.

 

 

 

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