Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
Publicité
LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
Archives
Visiteurs
Depuis la création 1 095 501
21 novembre 2011

Du SECURITARISME : anatomie d'un symptome

 

                                                             VII

                                               DU SECURITARISHE

 

 

Pourquoi l'obsession de la sécurité quand tout un chacun, et le pouvoir y compris, sait que la sécurité totale  est impossible? Il est clair que le Bien Public, finalité essentielle du politique, implique la recherche de la sécurité, comme celle de la souveraineté. Pas d'Etat, pas de paix sociale sans sécurité. Mais la recherche légitime de la sécurité n'induit pas mécaniquement le sécuritarisme. J'ai passé de longues années à observer la vie politique, et j'ai longtemps goûté aux commodités d'une société relativement apaisée et séreine. Je constate que le climat sociopolitique s'est considérablement dégradé, qu'une sorte de gangrène ravage l'espace mental collectif, et que nos dirigeants actuels en sont hélas largement responsables : quoi de plus efficace que la peur pour bloquer le changement? Mais ce triste calcul ne conforte que ceux qui s'en servent. La manipulation peut se retourner contre ses agents, et je ne serais pas autrement étonné que le peuple finisse par trouver insupportables les atteintes réitéres à la liberté.

La sécurité ne peut se penser sans le risque. Et sans risque pas de liberté. Et que voit-on? Déjà Foucault et Deleuze, dès 1980, posaient un terrible diagnostic : société de surveillance généralisée. Voyez où nous en sommes aujourd'hui.

La sécurité est un bien relatif. Le sécuritarisme un symptôme. Mais de quoi? D'une culture de la peur. Culture des passions tristes. Doute pathologique, inquiétude diffuse, recherche éperdue de coupables, discrimination, fixation nationaliste et régionaliste, racisme, xénophobie, contrôle, surveillance, mise sous tutelle de la justice, confusion et concentration des pouvoirs, exclusion méthodique des "mauvais citoyens", suspicion, injustice sociale, stigmatisation du pauvre, du chômeur, du "fou", du déviant ou supposé tel, instrumentalisation de l'enseignement, de l'hôpital, des services publics, et pour finir un climat délétère de corruption, une ambiance de fin de règne, une décomposition du lien social.

Le symptôme est une manifestation pathologique de la force, en l'espèce le triomphe des forces réactives. Peur, haine, tristesse, ressentiment, colère : passions tristes au service d'un instinct régressif. Rétrécissement, recroquevillement, conservatisme étroit, refus de toute nouveauté, incompréhension et fixation immobiliste.

De fait on sacrifie délibérément une part de plus en plus considérable de la population aux impératifs d'une croissance exclusivement marchande. L'humanité se meurt. La marché prospère. Et encore, c'est à voir, mais ce qu'on voit croître, pour l'heure, dans le déferlement mondialisé du néocapitalisme, c'est la pauvreté!

Fondamentalement, la domination sauvage, unilatérale, incontrolée des  forces réactives témoigne d'une méfiance viscérale à l'égard de la vie, et des forces actives. Maladie de la puissance, retournement contre soi de la puissance. Mélancolisation. Victoire prévisible de Thanatos sur Eros. Ou, dans le langage d'Empédocle, de la Haine sur l'Amitié.

Que sont les forces actives? C'est la puissance vitale d'affirmation, la capacité créatrice, inventive, féconde, généreuse, prolifique et tourbillonnaire. Pas de vie sans un certain dés-ordre, plutôt, un in-ordre fondatif, une irruption, un jaillissement des forces. Un Apeiron, un "illimité" qui fait naître et croître, une "phusis", une "genesis", une génération d'in-solite, d'in-ouï, voire d'in-intelligible. En grec : A-logos précède, doit précéder Logos. Le Logos est réactif, et d'un réactif tantôt sain et mesuré (Epicure), tantôt totalitaire et mortifère. Le réactif sain se contente de mettre en mesure, en beauté et en excellence ce que la nature a spontanément fait jaillir. Le réactif pathologique prétend tout régir, contrôler, contre-rôler, enserrer dans les mâchoires de la crainte et de la haine. La sagesse, et le juste ordre politique, consistent, non à brider la nature mais à l'embellir en s'y soumettant.

Quand le réactif se déchaîne dans l'orgie mortifère, c'est l'Humanité qui sombre dans l'Hadès.

 

 

Publicité
Commentaires
G
C'est précisément le rôle de la typologie de distinguer les diverses manifestations de la puissance pulsionnelle : typologie des forces : actives, réactives, passives, à partir d'une lecture critique et d'une interprétation des symptômes. Quant au niveau généalogique, c'est la recherche des modes d'émergence de la puissance. La question est en effet de savoir s'il faut ramener toute la puissance vitale à un principe unique (Vouloir vivre de Schopenhauer ou Volonté de puissance chez Nietzsche) qui se différencierait en Eros et Thanatos, ou si ces derniers sont des opposés irréductibles. Empédocle et Freud sont dualistes, décrivant les processus selon la lutte éternelle des deux principes. (Voir la théorie tardive des pulsions). Je ne sais si on peut clarifier ce débat qui relève largement de la spéculation. Mais les conséquences du choix que l'on fera sont<br /> importantes. Il reste que dans les processus vitaux on observe une contemporanéité de la destruction et de la composition : la chenille se décompose dans le temps même où elle devient papillon.
Répondre
D
A considérer la puissance comme la source de toute vie, j'en suis d'accord à ceci près que le processus qui découle de cette énergie produit des conduites radicalement opposées, ce en quoi il paraît utile de les distinguer. En même temps, il n'est pas si sûr qu'il y ait quoi que ce soit qui puisse être saisi sous la forme d'un concept ou d'une intuition unifiant le contenu de cette puissance. Freud propose bien le dualisme pulsionnel mais en effet, pour saisir des symptômes dont les caractéristiques sont bien différentes selon les modalités expressives de la pulsion.
Répondre
G
La distinction entre puissance et pouvoir est tout à fait exacte au niveau symptomatologique et typologique. Mais plus profondément, au niveau généalogique, le pouvoir est une modalité de la puissance, (réactive et triste) s'il est bien admis que toute force, quelle qu'elle soit, est une modalité de la puissance ,s'il est bien entendu que toute expresssivité se ramène en dernier lieu (Nietzsche) à la volonté de puissance, considérée comme source absolue. Dans le pouvoir la puissance se rigidifie, se rétracte et se fige en maîtrise ou en oppression. Le politique est presque toujours et partout le régime de la force réactive rigidifiée en conservatisme, hors peut-être des moments (forts rares au demeurant) de créativité collective.
Répondre
G
Je me réjouis que vous ayez retrouvé le chemin de la philosophie et vous encourage à y cheminer de bon coeur.<br /> Quant à LF, sans commentaire...
Répondre
B
Merci Monsieur d'avoir décrassé mon département philo que j'avais quitté depuis...1962 !<br /> Ce sont vos cours qui m'ont remise en appétit sur ce sujet. J'apprécie beaucoup Empédocle. Dans le même ordre d'idées, j'ai profité de la conférence de Luc Ferry sans difficultés sur son thème de l'amour.<br /> Par ailleurs, qu'allait-il faire dans la galére du gouvernement où il fut ministre? Etrange...
Répondre
Newsletter
150 abonnés
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Publicité
Publicité