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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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9 mars 2011

PSYCHOLOGIE et METAPHYSIQUE

Notre psychologie moderne est bien décevante! Pour avoir sondé, de longues années durant, tous les arcanes de la psyché, je mesure à grands frais les apories du savoir, les impasses de la perlaboration, les fractures de la théorie. Car enfin, à quoi mène cette laborieuse exploration, si ce n'est à l'embarras du vivre, à ce Freud appelait "le malheur banal". Cela démontre en tout cas l'insuffisance de toute science quant à la question métaphysique et éthique. Cette leçon ne laisse pas d'avoir un côté positif, car enfin la science n'est jamais qu'une mythologie revisitée, et qui n'a pas la puissance suggestive et poétique des mythologies traditionnelles. Il en résulte notamment un désarroi grandissant chez nos contemporains qui plaçaient tous leurs espoirs dans la psychothérapie, et qui  s'en détournent avec dépit, renvoyés à leur incertitude existentielle, plus amers peut-être d'avoir cru et d'avoir été trompés. La psychologie rejoint de la sorte le destin des religions de l'espoir, toutes deux disqualifiées pour duperie. De fait il n'existe aucun remède à la difficulté de vivre.

La position tragique consiste précisément à révéler l'impossible, en nous invitant à en faire notre sagesse. L'impossible n'est un malheur que pour celui qui s'obstine dans la voie de l'espoir. Sa vraie leçon c'est : fin de la quête. L'intelligence intervient pour placer la frontière : ni trop près, ni trop loin, à la juste jonction du désir et du réel.

                       "N'aspire pas, mon âme, à la vie éternelle

                       Mais épuise le champ du posible" (Pindare).

La psychologie nous enseigne tout au plus à vivre parmi les hommes, à gérer nos émotions, à trouver une relation satisfaisante avec nos proches, à nous inscrire coorrectement dans l'ordre symbolique. Ce n'est pas rien. Pour beaucoup cela peut suffire, à défaut de véritable philosophie. Mais demeurent les redoutables questions de fond : qu'est ce qui peut fonder l'existence du sujet, que se passe-t-il pour lui, une fois reconnue sa fondamentale solitude, sa séparation accomplie, sa liberté affirmée? Ici commence l'interrogation métaphysique. Et pour le sujet une forme de questionnement, de travail résolument originaux. La psychologie mène à l'extrême le principe d'individuation, poussant le sujet dans l'extrême de sa solitude existentielle, dans la reconnaissance assumée qu'il est seul à être soi, seul à décider pour soi, seul à choisir et à affirmer ses valeurs. Cette solitude est source d'angoisse, et cette angoisse à son tour doit être assumée. Mais à terme cette position est intenable, avec le risque d'une rechute dans quelque forme nouvelle d'aliénation. Sauf à faire un autre saut, dans la totale liberté d'une affirmation métaphysique.

Pour ma part je ne puis me contenter de l'inscription symbolique. L'homme est un habitant de la cité, mais plus fondamentalment un habitant de la terre, de la planète et de l'univers. Zoon politikon, certes, mais aussi, et d'abord, zoon physikon. Je méprise les idéologies qui inventent une coupure radicale entre l'homme et l'animal, entre la cité et le cosmos. "Cosmopolitès" c'est encore une formule qui a du sens, à la prendre à sa racine. Je veux inscrire le sujet dans la physis en même temps que dans la cité. Grâce à quoi on pourra combattre ceux qui déclarent que l'homme est un dieu pour l'homme, et qui font de l'Humanité la seule divinité, avec les conséquences funestes que l'on sait.

La culture est un régime particulier de la nature, un certain niveau de complexité naturelle, qui s'enracine dans la nature, en développe certaines possibilités originales, mais continue indéfiniment à en dépendre, puisqu'il n'existe qu'un seul ordre de fait, un seul réel qui est tout le réel : surface absolue qui englobe tout et qui est tout.

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PS : j'utilise, à défaut de mieux, le terme de métaphysique, mais il va de soi que pour moi il n'existe pas de "méta" -physique. Rien avant, rien après. Physique de part en part. Mais à parler de physique je risque d'être mal compris.

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Commentaires
T
Merci pour votre texte. Brillant et bien écrit, cela me rejoint beaucoup. Contrairement à plusieurs personnes, je ne réussi pas à me contempter de la réponse symbolique ; je vis donc dans un tourbillon de question sans réponse, limité à ma propre perception et aux principes métaphysiques encore peu développé en psychologie.
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