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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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10 mars 2021

DE LA DICTATURE MATHEMATIQUE

 

La quasi totalité des productions philosophiques n'est que verbiage, radotage et confusion. A se demander si l'impératif de bonne santé ne consisterait pas à fuir au plus vite les bosquets ténébreux de cette forêt impénétrable, et de courir tout nu par les pairies ensoleillées !

Mais il reste heureusement quelques esprits lumineux, fort rares, qui nous font penser selon le vrai, et danser !

"Fuyez la paideia (l'éducation traditionnelle) toutes voiles dehors !" disait Epicure. A quoi on peut ajouter sans vergogne la liste interminable des savoirs, lesquels se justifient peut-être dans des domaines précis et limités de la science et de la technique, mais qui sont sans intérêt pour la conduite de la vie. Ainsi  des mathématiques, que Platon honorait fort, croyant y voir un degré vers la contemplation du Vrai, et qui, de fait, ne nous apprennent rien sur la beauté, le bien, la santé, la vie heureuse.

Bouddha déconseillait les recherches métaphysiques : qu'importe que l'univers soit fini ou infini, mortel ou éternel, qu'il s'étende ou qu'il rétrécisse ? Outre que l'on ne peut rien en savoir de certain, les réponses que l'on se hasarderait à donner sont sans effet sur la vraie question : pourquoi la souffrance, comment supprimer ou réduire la souffrance. La vaine curiosité ne fait que distraire et embrouiller la pensée : c'est un symptôme dont la fonction inconsciente est de déplacer l'attention pour éviter les vraies questions. Vous vous inquiétez de l'évolution de l'univers, mais de vous-même qui s'en soucie ?

Quand j'étais lycéen on nous expliquait gravement que hors les mathématiques point de salut, et par un effet extraordinaire cette discipline avait acquis une sorte d'emprise universelle, ramenant les lettres et les langues au second rang - ce que je ne pouvais accepter, moi qui goûtais fort la langue grecque, la littérature française et allemande. Que me veulent-ils donc, ces mathématiciens prosélytes et doctrinaires, et qu'est ce donc que ce pouvoir extravagant ? Je me suis aperçu, au fil de la vie, que les mathématiques ne me servaient à rien, tout juste un peu d'arithmétique : j'en ai conclu qu'il suffit de savoir compter jusqu'à trois pour faire un honnête homme. Un pour le sujet, deux pour autrui, trois pour la loi, Trinité symbolique universelle.

Ce que je dis là, j'en ai bien conscience, est à l'opposé exact de la tendance moderne de tout quantifier, numéroter, numériser, et jusqu'à l'âme humaine que l'on voudrait réduire à un faisceau mobile d'algorythmes, ce qui conviendra merveilleusement à des technodictatures de demain, mais qui ne me convient pas du tout ! La philosophie dont je rêve ne se soucie pas d'utilité sociale, économique et politique : il y a assez de gens pour y prospérer - à nos dépens ! Elle ne sera pas davantage "une science universelle" comme chez Aristote ou Descartes. Laissons la science, les sciences, aller de leur train, où qu'elles nous mênent. Il nous reste ce petit carré de verdure négligé par presque tous, entre les chênes et les oliviers, le nord et le sud, qui se satisfait de sa propre mesure, ouvert pourtant à tous ceux qui en partagent le miel.

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Commentaires
N
Très beau texte qui donne envie de s'allonger dans la prairie en bas de chez moi et de regarder le ciel
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