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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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22 juillet 2008

DU REEL V : le réel et le nirvâna

L'empereur de Chine interroge Bodhidharma, le grand sage venu des Indes :

- Dis moi, ô grand Sage, quel est l'enseignement fondamental du bouddhisme?

- Tout est vide. Il n' y a rien de sacré.

-Comment,  s'exclame l'empereur interloqué, qui es tu donc pour livrer une affirmation pareille?

-Je ne sais pas, répond le Sage.

Je raconte cette histoire célèbre pour son sel inimitable de Zen. On sait que Bodhidharma est considéré comme l'introducteur principal du bouddhisme en Chine, et secondairement comme le fondateur du temple de Shaolin. Avant tout chose il initie une nouvelle école bouddhique, méfiante à l'égard des Enseignements, ou plutôt du respect excessif et dogmatique des Enseignements. De là une nouvelle tradition d'un flamboyante richesse appelée Tchan, dont on connaît quelques représentants célèbres : Li tsi, Houang Po, entre autres, partisans d'un Eveil subit et inconditionnel à la vérité du Dharma. On mettra l'accent moins sur les pratiques rituelles et cultuelles que sur la disponibilité de l'esprit, capable dans dans une sorte de raptus soudain, de parvenir en un éclair à l'Illumination Parfaite. Inutile de jeûner, de ressasser des prières, de relire interminablment les textes ou de passer ses journées en méditation. L'essentiel est de saisir d'un coup la nature du réel, tel qu'en lui-même, au delà, ou en deça de toute conceptualisation ou idéation. Inutile de spéculer, il faut s'éveiller. D'où cette querelle entre pratiquants qui nous semblera peut-être un peu vaine : l'éveil est-il progressif (image d'un miroir qu'on polit sans cesse jusqu'à l'éclat suprême) ou subit (il n'existe pas de miroir pas plus que de moi : le comprendre c'est s'éveiller d'un coup et pour l'éternité). Pour le Tchan pas de doute : l'éveil n'est pas une question de temps. Il représente une rupture absolue dans l'ordre de la temporalité, brisant net le cercle interminable des naissances et des morts (samsâra), ou si l'on veut de la souffrance conditionnée.

Il est évidemment hasardeux, voir téméraire de faire des rapprochements entre orient et occident. Cela suppose pour le moins une certaine pratique de la tradition autre, pour tenter de se l'assimiler. J' y ai, pour ma part, consacré plusieurs années de lectures, de recherches et de pratiques psychocorporelles, sans parvenir, je l'avoue, à une compréhension absolument suffisante. Mais la pensée bouddhique m'habite au même titre que celle de Spinoza ou de Pyrrhon. Je crois saisir une intuition centrale, unifiante et lumineuse autour de laquelle je tourne sans cesse, ne trouvant dans aucune doctrine établie de formulation qui me convienne tout à fait, ce qui m'oblige, en toute logique, à créer la mienne propre.

Nos précédents articles sur le réel devraient fournir quelques points d'appui. Et d'abord ce caractère absolument subit, soudain, impréparable et imprévisible de l'événement, que ce soit une catastrophe naturelle, un trauma ou une illumination nirvânique. C'est là le point essentiel : coïncidence du réel et de la  saisie intuitive sans concept. Bien sûr cette idée ne va pas de soi. Je pense que nos esprits sont encombrés d'une conception erronnée du nirväna, que nous imaginons comme une espèce de paradis, sur terre ou dans le ciel, sans aucun trouble ni douleur, état de sereine divinité, que Bouddha lui-même qualifiait d'illusion (le monde des dieux n'est pas l'état terminal de l'éveil, mais une sorte de halte provisoire avant de reprendre le chemin). Il faudrait, dans l'appréhension du nirvâna, nous débarrasser de tous nos désirs de paix et d'accomplissement personnel, de progrès spirituel ou de félicité, pour nous mettre simplement dans un état d'accueil et de disponibilité. Ce programme est extrêmement difficile, car tout nous conditionne dans le sens inverse : recherche de la maîtrise, calcul des moyens et des fins, surévaluation de l'intelligence et des pratiques, volontarisme, rationalisme, idée de but etc). Il s'agit donc d'opérer un véritable déconditionnement de l'esprit, pour se rendre simplement capable d'une mutation. Mais rien ne garantit qu'après tant d'effort elle se produise. On peut dire qu'elle n'est pas à la mesure de l'effort. Certains y accèdent vite, d'autre laborieusement et la plupart pas du tout.

Dans la perspective que je m'efforce de clarifier, et quoiqu'il en soit des théories et des traditions, et orientales et occidentales, je pense que de parvenir à une juste intellection et intuition du réel est un pas extraordinaire, une sorte de révolution mentale dont les effets sont considérables, bien que peu visibles de l'extérieur. C'est le sens traditionnel de l'existence qui se modifie : projets et désirs passent au second plan, sans disparaître ( je ne crois pas qu'il faille honnir les désirs et chercher à les éradiquer, mais plutôt à les connaître pour n'en point être esclave), dans la structure psychique une béance se creuse qui peut accueillir l'événement sans vouloir le dominer ou le faire entrer de force dans une catégorie préalable (pensée sans concept), fin de la volonté finaliste, possessive ou dominatrice, y compris sur le plan intellectuel. Il s'installe une sorte de passive activité de l'esprit, plus enclin à la contemplation désinterressée qu'à l'activisme, sans effacer pour autant toute initiative ou action utile. L'aune d'appréfhension des choses n'est plus le désir ou le fantasme, mais cet-être-pour le réel, indescriptible, souple et sans illusion dominante. Les petits diables pourront continuer à s'agiter, de même que les fantômes ou les génies: pour l'essentiel l'esprit parvient à une sorte d'accalmie maritime et solaire, avec nuages et pluie et orages et tourbillons cela est inévitable, mais aussi, quant au fond, une sorte de tranquille assurance : je n'étais pas, je fus, je ne suis plus, que m'importe? Le sentiment de l'Aïon vient en quelque sorte habiter la plus aigüe et la plus pénétrante conscience du temps. C'est en ce sens, et en ce sens seulement, qu'il faut entendre la célèbre leçon selon laquelle nous sommes à la fois mortels et éternels.

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Commentaires
J
" Je suis une plaie ouverte et brûlante. Il n'y a pas de filtres qui retiennent ce que je ne veux pas ou veux ressentir. La souffrance, la tristesse, la joie, la sexualité, l'espièglerie, la curiosité....Tout cela est ressenti comme une blessure. Cela arrive et puis disparaît dans le néant. Il n'y a personne qui possède ces sensations. Il n'y a aucune protection de la plaie. <br /> Tant d'énergie est libérée qui était autrefois utilisée à la protection de la croyance en quelqu'un, que tout ce qui est ressenti, n'est simplement ressenti par personne. Chaque chose est vivante et vibrante, mais sans drame. La sensation est simplement la sensation. ET ALORS ? La joie est simplement la joie. La souffrance est simplement la souffrance. Elle arrive puis disparaît et il n'y a personne pour la posséder, pour aller vers elle ou la rejeter. C'est tout simplement une sensation qui se manifeste dans ce que je suis."<br /> (Unmani Liza HYDE .- Je suis la Vie même .- ed. L'Originel)
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G
beau programme de poésie mon cher nicolas, qui mérite l'attention et l'encouragement! C'est difficile de triturer le lagage, de le subvertir pour le détourner de sa fonction première au profit d'un dire d'ouverture sans "convention" ni "convenus". Faire signe sans signifier, c'est tout le problème, et sans escamoter. A bientôt. Guy
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N
bel article encore une fois mon cher ami, de la philosophie comme celle-là on en mangerait à chaque repas!<br /> la pensée sans concept, sans catégorie, j'y ai développé quelques petites notes philosophiques à ce sujet sur mes blogs, et ma poésie essaie d'en exprimer la quintessence, à travers chaque évènement quotidien, à travers chaque mouvement de pensée, il s'agit de saisir les moments sans les hiérarchiser, sans leur donner l'appât de l'illusion. Voir clair sans aucune réserve. Ce que j'appelle la lucidité.<br /> Amitiés, nicolas
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