LE CHASSEUR IMMOBILE : poiétique
Il a couru tant d'années le chasseur, tant d'années
Et le voici, sans bouger, au bord du précipice
Seul face à la mer immense
Face au ciel, à ses navires de nuages à l'infini
Il est seul. Il a laissé dans un temps hors du temps
Sa nostalgie. Et tant d'espoirs, de tentations, mais sa fierté jamais.
Il regarde le ciel, la mer, tout est neuf, inchangé
Et tout en bas, au fond du gouffre immesurable
Une douce plage de mousse, des baies rouges en éventail.
"Sauterai-je?" - Il hésite, il souppèse.
Lourde est la destinée des mortels, si lourde la conscience!
Le ciel, les beaux nuages comme bestiaire de l'étrange
Jamais, jamais il ne pourra s'y fondre, s'y dissoudre,
Et la mer, si lointaine, quel génie bienfaisant pourrait donc l'y porter?
Il est seul, immobile
Il ne peut ni marcher, ni sauter, ni voler
Et revenir - ah, plutôt se fracasser la tête!
Rocher de glace, stupeur muette
Il est là, seul et droit!
En cet instant le temps se fige en cristal pur
Et le désir épouse le destin!
(Guy Karl : tous droits réservés, comme pour tous les textes de ce blog)