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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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29 décembre 2007

le moi et la peau (suite)

Dans le moi, depuis Freud, on peut distinguer deux registres : le Moi-réalité, dans le sens dont nous venons de parler :constitution de la peau psychique, pare-excitation et surface d'inscription, donc possibilité d'adaptation fonctionnelle à ce qu'on appelle par commodité la réalité, tant externe qu'interne. Et d'autre part le Moi-imaginaire, dominé par le principe de plaisir, qui tend à se créer spontanément une sorte d'univers fictif, dont il est le centre, avec une dimension spontanée de mégalomanie, un sentiment erronné de toute-puissance, dont par exemple l'"enfant merveilleux" serait la belle illustration : je suis le plus beau dans le sourire de maman, je suis la merveille née de la cuisse de Jupiter, je suis dieu, pourquoi pas, comme dans le roman d'Amélie Notomb, où l'héroïne est Dieu d'abord, puis Jésus Christ, puis un prophète et enfin un apôtre plus ou moins détroné! Nous retrouvons ici ce que disait Bela Grunberger sur l'élation narcissique typique des états d'enflure du Moi, qui s'identifie à l'univers lui-même, pour retomber généralement assez vite dans l'humiliation, voire le sentiment dépressif. Ces hauts et ces bas de l'humeur narcissique sont typiques des états borderlines. Ce qui expliquerait, au moins en partie, qu'on puisse se vivre tantôt comme MOi grandiose et tantôt comme Moi déchu selon les circonstances. Il est évident qu'ici nous avons affaire à une logique très différente de celle du Moi-réalite, qui par définition est susceptible d'adaptation plus ou moins réussie. Dans la psychose il semblerait que le Moi-réalité perde beaucoup de sa puissance de synthèse- éclatement, morcellement. Dans l'état broderline le Moi-réalité reste tout à fait opératoire, mais combattu sans cesse par le délire de grandeur, les états d'enflure et les chutes dépressives.- d'où parfois la "double personnalité" et les fausses socialisations (Personnalité "as if" ou "faux self"). Dans la névrose le conflit serait plus ténu et plus supportable, dans la mesure où le problème se situerait plutôt dans l'affrontement entre le Moi et les pulsions du ça, les désirs inconscients mal refoulés.

Cette double dimension, cette double orientation du Moi a été quelquefois sousévaluée par certains auteurs qui s'en sont pris violemment au Moi de plaisir comme source de toutes les aliénations. Lacan par exemple n'hésitait pas à parler de la "structure paranoïaque "du moi. Attention à ne pas faire une guerre dévastatrice à l'imaginaire ( celle que Pascal appelait la "folle du logis") car les conséquences peuvent en être catastrophiques. A force de déconstruire le Moi de plaisir on détruit du même coup la base nécessaire du narcisssime et on plonge le patient dans la dépression. C'est pourquoi Bergeret disait que la première chose à faire quand on reçoit un dépressif en consultation... c 'est de restaurer son narcissisme!

Ces questions peuvent paraître abstruses ou absconses. Il n'en est rien. Elles sont difficiles parce que nous sommes compliqués. Ce n'est pas une raison pour simplifier au mépris de la réalité. D'où les recherches en psychiatrie et ailleurs, et ici, fort modestement, en philothérapie.GK

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