De la Nostalgie
Nostos : le retour. Algie : la douleur. Nostalgie c'est d'abord le mal du pays. "Heimweh" ou bien "Sehnsucht nach der Heimat". Douleur de celui qui est éloigné de l'objet d'amour, que ce soit un pays, une femme, un amant, un idéal chéri, une passion, une foi intense. Sensation de perte et de déperdition. "Un seul être me manque et tout est dépeuplé" (Lamartine). En quoi la nostalgie s'apparente au deuil, à l'exil, à l'ostracisme, à la solitude, au délaissement, à la mélancolie enfin. Orphée pleure Eurydice, Ulysse regrette amèrement Ithaque et sa chaste Pénélope, Du Bellay évoque langoureusement "la douceur angevine", en s'ennuyant ferme à Rome, à la cour pontificale, entre les cardinaux et les secrétaires papaux. Déchirement de celui qui éprouve une distorsion insoutenable du temps, figé dans le passé et pourtant horriblement présent dans cette Douleur chère et impitoyable qui présentifie paradoxalement l'absence, ou l'absent su le mode lancinant de la déchirure. Figement temporel, immobilisation, répétition, piétinement, ressassement. Quelque chose d'obsessionnel s'attache à ce sentiment souvent fort ordinaire, mais qui peut prendre des dimensions inouïes, et parfois mortifères. L'objet qui manque dans l'espace et le temps d'ici délègue sa toute-puissance à cette horrible douleur qui elle est bien présente, taraudante, cet "aiguillon" qui change en prison le monde où je suis, et en exil ce corps et cette âme qui se languissent d'amour.