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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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17 août 2007

Corrolaire à la proposition précédente

Lorsque se déclare une dépression la tendance narurelle et immédiate est de lui chercher une cause. Ce qui se présente à l'esprit ce sont bien sûr les événements récents qui ont exercé un effet dévastateur : perte d'un emploi, divorce, insécurité financière, conflits perdurants etc. Cela est relativement valable pour une dépression réactionnelle, telle que nous en vivons à peu près tous suite aux aléas de la vie. Mais en général cela ne dure pas. Après quelques semaines, si les circonstances sont favorables, l'élan vital reprend le dessus. Mais il est des cas de dépression sans cause identifiable, qui semblent surgir du néant, que rien n'annonce et qui sont souvent bien pires, voire indélogeables. Dans ce cas on va chercher désespérément des causes dans le passé, la petite enfance, les premiers traumas. Mais la recherche s'épuise vite dans une sorte d'incertitude hagarde: tout est cause et rien n'est cause. Rien qui permette d'identifier un processus radicalement morbide ou traumatique. Et alors là, que valent toutes nos théories   psychanalytiques ou autres? C'est la raison médicale elle-même qui semble prise en défaut.

En effet : la dépression est-elle bien une conséquence pour laquelle il faudrait trouver une cause? Que vaut ici le principe de causalité? N'est ce pas encore une illusion de notre raison que de penser : pas d'effet sans cause, pas de cause sans effet? Les psychoses ont elles une cause? Plusieurs causes? Quand on n'en trouve aucune on invoque la plurifactoricité : enfance perturbée, abandon précoce, traumas scolaires, amour malheureux, on secoud le cocotier et on obtient un cocktail de causes toutes aussi vides et satisfaisantes les unes que les autres.

Réfléchissons en envoyant promener le principe de causalité qui soutient la nosographie classique. Qu'obtenons-nous? Une certaine forme d'incertitude comparable à celle dont parle la physique quantique. Une forme d'imprévisibilité, une figure de hasard, ou si l'on veut, de réel. ET ce serait là une belle leçon pour la psychanalyse qui veut tout ramener à la logique du signifiant, qui idolâtre le symbolique et s'imagine que tout est langage. Eh bien non, Messieurs, la dépression n'est pas langage! En tout cas ne se ramène pas au langage et à ses pompes (funèbres?). La dépression a précisément une charge de réel que rien ne peut évacuer, ni la symbolique, ni l'imaginaire, ni le social, ni le politique. Ce sont là illusions de rationalistes aux petits pieds, qu'ils soient sociologues, psychologues ou philosophes! Le poids du réel, c'est le corps, et cela ne se ramène pas à une névrose de transfert ou à un Oedipe mal ficelé.

Plutôt que de cause on pourrait évoquer une potentialité biologique ou psychotique. Mais une potentialité c'est une virtualité, non une prédictibilité. Tel évoluera vers la tragédie, et tel autre non. Quel aura été le rôle respectif de l'éducation, des circonstances, des faiblesses neuronales, des maladresses médicales? Impossible à dire. Il n' y a que les faits. Les explications n'ajoutent qu'à la confusion. A la question : pourquoi telle pathologie psychique? le mieux est de garder un silence prudent vu l'état de nos non-connaissances actuelles. Ce qui est sûr en revanche c'est qu'aucune explication unilatérale n'a la moindre valeur.

Plutôt que de nous perdre dans le labyrinthe des causes cherchons d'utiles moyens de traitement. "Soyons médical d'abord" dit fort justement mon généraliste. En d'autres termes, plutôt que de rivaliser d'ingéniosité avec la nature cherchons à corriger ses plus criantes insuffisances. GK

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