SATISFECIT : journal du 21 mars 2023
Une fois n'est pas coutume : je n'ai nulle tendance à fanfaronner, mais là, accordez-moi le droit de me féliciter. Lorsque j'ai entrepris la rédaction de ce blog, je croyais pouvoir toucher quelques centaines de personnes, au plus. Qui donc, pensais-je, irait se perdre dans les méandres d'une recherche abstruse, parmi les ronces et les gouffres, auprès de penseurs austères et difficiles qui ne courtisent pas le vulgaire, qui fuient le bruit et la rumeur, qui s'obstinent dans leur voie solitaire - sans compter l'âpreté de mon idiosyncrasie personnelle qui me détourne résolument des thématiques et des verbiages de la mode. Eh bien je me trompais : voici que le millionième lecteur, anonyme, inconnu mais curieux, simplement curieux ou motivé, chaleureux peut-être, s'est risqué dans les dédales de cette aventures labyrinthique.
"Tout ce qui est beau est difficile autant que rare" déclarait Spinoza pour conclure son Ethique.
J'ai beaucoup voyagé en compagnie des Antiques, chez lesquels l'esprit philosophique est particulièrement vif, matutinal, qui s'éveille à la lumière de l'étonnement originel, saisissant les questions comme des énigmes à déchiffrer, aurore déchirante qui ouvre à l'immensité. C'est l'Apeiron d'Anaximandre. C'est le Feu et la Foudre d'Héraclite. C'est l'Amour et la Haine d'Empédocle. C'est l'Apparence de Pyrrhon. C'est le Tout d'Epicure. Vraiment, j'ai été bien accompagné dans mon voyage. Cet originaire, hautement nommé et reconnu, jamais ne peut nous manquer car il est éternel : il était, il est, il sera, éternellement identique à soi.
Quant à la philosophie qui suivit, ratiocination de théologiens dévots, ellle ne m'a jamais inspiré que des baillements. Ce n'est que religion déguisée.
L'inspiration originelle revient avec Schopenhauer, qui le premier m'initia à la philosophie. J'ai beaucoup fréquenté Nietzsche, éveilleur malicieux, marteau piqueur, iconoclaste, et Freud, dont il faut garder à peu près tout.
Pour autant ma recherche ne se borne pas à faire un catalogue universitaire. A travers ces références, assez modestes et incomplètes au demeurant, c'est moi que je cherche, ou plutôt cette pensée d'énigme qui me traverse, qui ne m'appartient pas en propre, qui vient de loin et qui va loin en perforant les évidences fallacieuses du présent. Au fond nous ne saisissons jamais rien, nous sommes portés par une nécessité que nous pouvons longtemps ignorer, mais qui nous conduit et nous excède de tous côtés. Cette découverte nous rend plus humbles, plus décentrés, plus poreux : une vie plus riche se met à circuler, dans l'esprit bien sûr, mais aussi, peut-être, dans le corps. Ne rêvons plus d'un corps glorieux qui n'existe que dans le fantasme. Vivons plutôt le corps comme il est, respirant et vibrant dans la lumière et dans l'obscurité.
Alors, encore une fois, merci, grand merci à vous, chers lecteurs connus ou inconnus ! Votre attention est mon meilleur encouragement. Puissiez-vous, dans les mois qui viennent, trouver en ce jardin d'autres roses encore, avec ou sans épines !