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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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20 janvier 2023

LA COLONNE ET LE CORPS : méditation

 

Je ferme doucement les yeux, je laisse venir une respiration calme qui lentement m'englobe tout entier, je me rends disponible à la montée des images, sans rien induire, sans rien conduire. Et voici qu'apparaît le spectacle d'une sorte de colonne intérieure, comme une tour vide qui s'élance vers le haut, et se ferme. Pas d'issue vers le ciel, mais un dôme demi-circulaire. Le sol, les parois, le plafond sont nus. Pas de fioritures, de peintures, de vitraux colorés. Toute la vivacité, toute la signification de l'image tient à la verticalité, au dépouillement de cet étrange édifice mental qui ne suscite aucune émotion particulière, aucune association d'idées, et qui semble se suffire à lui-même dans la simplicité explicite de sa structure. Il ne vient de rien et ne mène à rien. Il ne réfère à aucune déité, n'inspire aucune dévotion. Il ne vise pas à élever l'âme vers quelque transcendance, puisque l'orifice est bouché, si toutefois on estime que le haut de la colonne est un orifice. Mais ce n'est rien d'autre, en fait, que la courbure naturelle d'un dôme. La ligne qui monte décrit un demi-cercle et redescend. "Le chemin qui monte, le chemin qui descend, un seul et le même". Circularité du cycle dans un espace clos.

S'il y avait une issue ce serait le ciel immense et fabuleux. Mais là-bas nous ne pouvons vivre. Il ne sera jamais autre que la surface silencieuse, paillettée de nos rêves.

La colonne, telle qu'elle est, figure assez bien le corps, physique et psychique, érigé sans raideur, souple et ferme comme un arbre. Depuis la zone génitale une coulée d'énergie, chaude et fluide, monte par degrés le long du ventre vers l'ombilic, vers les poumons et le coeur, le cou, la gorge, monte vers le front, amorce une courbe à l'intérieur de la boîte cranienne, puis redescend vers la nuque, glisse entre les épaules, le long du dos, achève sa descente dans la zone sacrée et le périnée, avant de reprendre sa progression vers l'avant, selon le même itinéraire. Les Chinois de l'Antiquité appelaient cela la "petite circulation". Bien sûr on peut la pratiquer dans l'autre sens, en remontant par l'arrière et en descendant par l'avant. Ils y voyaient un exercice de longévité.

Tout au début, dans l'image initiale, il n'y avait qu'une forme vide. Puis, dans la progressivité de la respiration consciente, se construisait une composition d'organes internes, animant le tout d'une vie nouvelle, chaude et sensitive. Le sujet s'immerge complètement dans le corps vivant, sans intention, sans jugement, se contentant de conduire la respiration, accueillant les sensations comme elles viennent. Pour quelques instants féconds, l'antique séparation du corps et de l'esprit est suspendue. C'est un moment de grâce qu'il est facile de s'accorder. Il suffit de faire halte, et de respirer.

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