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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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4 août 2025

VERITE ET BEAUTE

 

L'écrivain, le vrai, plus que quiconque est au plus près de la réalité, ce qui le met en demeure de rendre compte de la réalité, de la manifester dans son oeuvre. C'est sa grandeur, et sa fragilité, car dans cette entreprise il prend le plus grand risque. Mais l'oeuvre n'est pas exactement un miroir, c'est plutôt un compromis entre deux tendances, l'une qui va au devant de la réalité, dans une tentative risquée de la dévoiler, l'autre qui exige de la composition, de l'ordre, de la lisibilité, parce qu'une oeuvre d'art n'est pas un simple compte-rendu. Disons : vérité et beauté ; la vérité est contenue, dans les deux sens du terme, dans la mise en oeuvre artistique. Le chaos extérieur et intérieur est par là maîtrisé, du moins pour l'essentiel, et la volonté de vivre sauvegardée.

L'écrivain qui ne peut plus écrire est en danger. Il a perdu cet écran protecteur que  lui assurait la beauté, et le voilà face à face avec la réalité brute, plus démuni qu'aucun autre de n'avoir pas de rapport vivant avec les choses et les êtres. La belle solitude de la puissance créatrice se referme sur lui, s'étiole, se transforme en enfer. D'où le suicide de tant de beaux artistes, poètes ou romanciers.

"Nous avons l'art pour ne pas périr de la vérité" disait Nietzsche. Mais c'est là ne considérer qu'un seul aspect de la question : l'art comme illusion bénéfique, protection et sauvegarde (la dimension apollinienne). Mais l'art est aussi révélation, exploration, présentation de la vérité, et parfois du tragique à l'état pur (voir les Bacchantes d'Euripide). Le grand art réussit l'exploit de présenter le tragique dans la figure, dans les plis de la beauté. Le spectateur distrait ou naïf ne voit que l'apparence idéalisée du drame, l'esprit pénétrant saisit directement la vérité tragique tout en appréciant la beauté de la forme.

L'homme occupé aux affaires d'argent et de pouvoir ne saurait comprendre tout cela. Pour lui l'artiste est un plaisantin qui fait la roue sur une estrade. Comment pourrait-il, ce triste philistin, comprendre le risque inhérent à la création artistique, cet enjeu fatal, ce danger, et cette grâce ? Ce n'est que dans les affaires d'amour qu'il peut expérimenter quelque chose qui y ressemble, dans le jeu sérieux de l'amour. Cette indication n'est pas gratuite : pour l'artiste vérité et beauté sont des affaires d'amour.

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