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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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2 août 2021

DE L'ATARAXIE : Pyrrhon

 

"Ataraxie" c'est le maître-mot de la philosophie hellénistique, l'expression d'un idéal de vie : a-taraxie, absence de troubles, d'agitation, de désordre. Remarquons que le terme est privatif, ce qui s'explique aisément : troubles et désordre sont des données premières qui affectent douloureusement le sujet, lequel cherche un moyen pour y mettre fin, ou du moins en réduire les effets. Chaque école développera sa propre méthodologie en fonction de ses présupposés si bien que sous le même terme, l'ataraxie, il faut entendre des musiques très différentes.

Un seul et même terme, des lignes de force, des stratégies inconciliables. Pour le stoïcien l'ataraxie sera le fruit de la vertu : entrer en consonance avec la raison universelle, s'y soumettre en soumettant les passions, mettre sa joie dans le destin : amor fati. Pour l'épicurien l'ataraxie résulte d'une juste disposition, d'une juste pratique du plaisir, réglée par la connaissance des lois de nature. Pure immanence assumée, le bonheur sera la combinaison de l'aponie (absence de douleurs corporelles) et de l'ataraxie (absence de douleurs dans l'âme).

La conception pyrrhonienne s'écarte résolument des "éthiques" diverses qui construisent une représentation de ce que devrait être l'ataraxie, en privilégiant tel ou tel élément : la vertu au-delà du plaisir, ou le plaisir au-delà de la vertu. Ces conceptions restent prisonnières de l'opinion, qu'elle soit commune ou "philosophique". Sous ce terme d'ataraxie, déjà bien usé, il faut comprendre une toute autre version du vivre, non pas vivre en appliquant une théorie, mais en faisant éclater toutes les opinions, toutes les représentations qui ont eu cours dans la tradition. La maladie, le trouble de l'âme, c'est l'oeuvre du jugement qui distribue entre beau et laid, juste et injuste, vrai et faux - alors que nul ne dispose d'un critère pour fonder le jugement. Au regard désillusionné les choses apparaissent toutes crues, toutes nues. Tout s'inverse, se renverse dans son contraire, tout est indécidable, rien ne tient, tout est comme un embrouillamini dans le tourbillon universel.

Dans un tel monde (est-ce encore un monde ?) il serait assez ridicule de poser des normes et des critères, de légiférer au nom de la raison. Et plus encore de donner des recettes de bonheur. Toutes les morales, et toutes les éthiques aussi bien, ne visent en somme qu'à adapter l'homme aux impératifs sociaux, avec, à la marge, quelques arpents poussifs de liberté individuelle. La leçon de Pyrrhon et toute autre : si vous voulez être heureux, libérez-vous de toutes ces chaînes de pensée, ouvrez-vous à l'ouvert : si rien n'est plus ceci que cela il n'y a pas lieu de rechercher, de s'attacher, de préférer, d'ajouter du plus ou du moins à ce qui est. Le ciel ne choisit pas ses nuages il les porte également, élégamment, comme ils sont, comme ils viennent et disparaissent.

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