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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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23 juin 2021

DE LA CONNAISSANCE DE SOI

 

Je me demande s'il existe quelque chose qui justifie la quête, le travail du désir, ou le travail de la connaissance. Les uns recherchent les biens - richesses, renommée, pouvoir. Les gagner c'est les perdre, ce qui est souffrance. D'autres, plus rares, recherchent la connaissance, qui est à la fois joie et douleur. Au total je doute que la connaissance apporte un vrai soulagement, à défaut d'apporter la joie. Aucune méthode, à ce jour, n'a pu supprimer la souffrance : pour cela il faudrait renverser l'ordre des choses, ce qui est impossible.

La connaissance se développe selon deux axes : connaissance du  monde, connaissance de soi. La première est l'oeuvre des sciences, la seconde de la psychologie et de la philosophie, parfois distinctes, parfois confondues. On peut faire un rapport entre les deux types de connaissance, comme font les Grecs : "connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux". Mais cette injonction repose sur un postulat que nous ne partageons plus : la continuité d'essence de la nature (le cosmos) et de l'homme, ou, si l'on veut, du macrocosme et du microcosme, si bien que par l'étude de l'homme on se donne l'accès au tout. Et même aux dieux, puisque les dieux sont également issus de la nature, et bien qu'immortels, ont une parenté dissymétrique avec les humains. Les trois éléments  - monde, dieux, hommes - sont inclus dans la vaste sphère de la nature, formant une unité substantielle perdurante.

Cette belle unité est définitivement perdue.

La connaissance de l'univers est impossible au non-spécialiste, et le spécialiste, en règle générale, se voit cantonné dans un secteur de recherche délimité. La vue d'ensemble est quasi impossible. Sans compter les ruptures et les innovations qui entraînent la ruine de paradigmes anciens, ou leur relativisation, au profit de nouveaux qui vieilliront de même.

La connaissance de l'univers est à la fois passionnante et indifférente. Passionnante pour l'esprit qui s'élève à la contemplation du Tout ; indifférente, car qu'il y ait 90 milliards de galaxies, ou 100, ou même 10000, qu'est ce que ça change pour nous, qui sommes de toute manière écrasés par l'immensité, voués à végéter dans un minuscule recoin d'une pauvre galaxie excentrée, promise à l'extinction. Si les Anciens pensaient tirer une leçon d'harmonie et de justice de la contemplation des astres, nous voyons plutôt, nous autres, qu'il n'y a nulle harmonie dans l'univers, mais plutôt une agitation perpétuelle, une violence colossale, des naissances et des morts d'étoiles par milliers, renouvellements et destructions, instabilité maximale. Au total l'univers nous inspire un mélange d'émerveillement et de terreur : nous ressentons le hors-norme, l'im-mense (le sans mesure), l'incommensurable comme un accablement. Que sommes-nous dans l'infinité du Tout ?

Si l'univers ne fournit aucune norme et si les dieux se taisent, autant que les étoiles, l'homme est seul, ou plutôt il ne se soutient que d'être un animal social, voué à la dictature du langage et des déterminations qui s'en suivent. "Connais-toi toi-même et tu connaîtras les liens qui te tiennent" - sauf qu'il faut sans doute renverser la proposition : "connais les liens qui te tiennent et tu pourras peut-être te connaître toi-même". Les liens sont premiers, tissés avant même la naissance par le groupe familial, et le sujet s'y trouve pris, qu'il le veuille ou non. Sans compter ceux qui vont suivre... Toute la question est de savoir si le sujet se choisit objet du désir d'autrui, s'il se révolte, se met à l'écart, ou s'il parvient à modifier ces liens à son propre avantage. Ce qui définit le sujet c'est le mode, actif ou passif, résigné ou inventif, par lequel il se fait reconnaître dans le monde.

De toutes les manières, la connaissance, quel que soit son objet, est forcément lacunaire. On ne peut faire le tour de rien, et de soi-même encore moins. La chose est ouverte aux deux bouts, se perdant dans une antériorité infinie où les causes remontent à d'autres causes, à l'infini, et s'ouvrant vers un avenir indéterminable, où le nécessaire, le probable, le contingent, l'aléatoire font une danse mystique, inquiétante et jubilatoire : alè theia (en deux mots) la danse divine.

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Commentaires
X
La seule justification c'est surtout le plaisir du voyage, de la découverte, de l'exploration. Il s'agit surtout de se dégourdir l'esprit comme on se dégourdit les jambes en ballade. <br /> <br /> Quant aux dieux, aux esprits ou aux démons rien n'est impossible, il y a différentes plantes pour différentes choses mais il faut oser sortir de sa zone de confort et être capable de gérer le retour et les changements philosophiques qui peuvent apparaître.
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G
Pourrais-tu, cher ami, être plus explicite ? Que veux-tu dire au juste ?
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M
Vers la vérité cela inclut le divin
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