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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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17 mars 2025

SUR DIONYSOS...encore !

 

On n'en finit jamais avec Dionysos : comme dans la légende il ne cesse de mourir et de renaître, ce dieu né de Zeus (Dio) et d'une mortelle (Séléné), lui-même à la fois mortel et immortel, ce qui, soit dit en passant, met à mal le principe de tiers exclu sur lequel repose notre raison. Sa mère Séléné avait supplié Zeus de se révéler à elle dans sa majesté nue : elle fut foudroyée instantanément. Dionysos est fils du feu, actif, insaisissable, polymorphe, agile, trompeur, mourant et renaissant, comme le feu.

Héraclite disait : "la foudre gouverne toutes choses".

Le feu est l'élément qui traverse les frontières, efface les oppositions, abolit les formes, détruit le vieux monde et contribue puissamment à la naissance du nouveau. C'est ce que manifestent violemment les Dionysies, ces fêtes orgiaques où l'on voit transgressées toutes les limites. Et d'abord l'opposition traditionnelle de l'homme et de l'animal, dans une sorte d'ensauvagement collectif : les Bacchantes qui courent, frénétiques, ivres et délirantes, vers la forêt, chassent, équarrissent et dévorent crus des agneaux, des biches, des cerfs et autres. Dionysos lui-même est volontiers représenté en bouc (tragédie = chant du bouc, Dionysos est le père de la tragédie, son visage est représenté sur le front de la scène), ou en taureau (peut-être une survivance du mythe crétois, le minotaure ? Un devenir-animal, une abolition de la différence, la plus sacrée, celle qui fonde l'humanité, un retour périodique à la nature, avec ce qu'elle comporte de sauvage, de cruel et de terrible. Dionysos symbolise la destitution de l'individualité, immergée dans  les cycles impersonnels de la nature. En s'identifiant au dieu, en se perdant en lui, le Bacchant s'abandonne, dans le délire mystique, à une puissance qui le dépasse infiniment.

Tantôt Dionysos est représenté comme un vieillard, vénérable et barbu, tantôt comme un enfant entouré de ses jouets divins : le miroir, le dé, la toupie. Les deux extrêmes de la vie, qu'il faut penser ensemble, un et le même. Dans le miroir l'enfant-dieu voit la totalité du monde. Et la toupie représente bien le mouvement universel, sans début et sans fin. Jouer aux dés le sort des mortels, n'est ce pas le privilège divin ? Décidément notre Dionysos est fin métaphysicien !

Et ce n'est pas tout ! Est-il homme ou femme ? La virilité se manifeste notamment par la force, l'agressivité, la cruauté. Euripide disait : "le plus doux et le plus terrible". Il présente des traits féminins, il est enjôleur et séducteur, d'ailleurs son culte est d'abord soutenu par les femmes, les Ménades et les Bacchantes. Et à certains égards on peut estimer que ce culte est aussi une sorte de protestation féminine contre l'ordre de la cité, qui est l'ordre des mâles. Il faut rappeler toutefois qu'en tête du cortège, au son des flûtes et des tambourins, on exhibait un grand Phallos : symbole de la génération, signe visible de la puissance invisible qui gouverne le monde.

Ambiguïté, ambivalence, transgression des catégories binaires qui organisent la vie civile, le principe dionysien introduit de l'Autre, du hors norme. Dans "Les Bacchantes" Euripide fait revenir Dionysos d'Asie. Il est à la fois d'ici (Thèbes) et d'ailleurs. Ses attributs se distribuent en une série de contraires qui défient la logique : mortel-immortel, homme-animal, mâle-femelle, vieillard-enfant, génération-destruction. Dans cette figure extraordinaire, les Grecs ont concentré à peu près toutes les virtualités de l'âme humaine, délivrant de surcroît une formidable leçon de sagesse : vous n'en avez pas fini avec Dionysos, vous pouvez toujours croire vous en être débarrassés, mais il est toujours présent, et toujours encore il fait le voyage qui le ramène d'Asie, pour nous transporter, lui, le dieu du vin, et nous faire boire à la source de la vérité.

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" Ses attributs se distribuent en une série de contraires qui défient la logique "<br /> <br /> <br /> <br /> Voila enfin quelqu'un de bien.
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